Le Forum Catholique
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( 992548 )
11 octobre 1963, Joseph Slipyj fait un discours historique au Concile par Ludwik (2025-10-11 05:19:00)
Libéré après 18 ans d'emprisonnement, et arrivé en Italie la veille de la deuxième session du Concile.
C'est alors un homme épuisé, brisé physiquement.
Les Soviétiques l'ont libéré, comptant sur un décès prochain après de longues années de prison, de déportation et de mauvais traitements.
Au Vatican, nombreux sont ceux qui souhaitent le voir dans une cellule de moine, interdit de prise de parole publique, etc.
Avant même le Concile, les relations entre le Vatican et l'URSS avaient été rétablies. Pour l'Église moscovite (qui avait absorbé l'Église ukrainienne au pseudo-concile de Lviv en 1946...), cela signifiait que Rome rejetait et abandonnait l'Église ukrainienne.
Et tout le monde sait qu'il y a eu des négociations en coulisses sur la libération du Patriarche et sur la façon dont ce dernier devrait se comporter.
Le 11 octobre 1963, donc, Joseph Slipyj prononce un discours historique qui fut fortement applaudi.
La structure du discours est connue par les notes du Métropolite Hermaniuk :
- Remerciements et gratitude au Tout-Puissant
- Rappel de l'histoire de la participation des métropolites de Kiev aux différents conciles œcuméniques
- Considérations dogmatiques
- Demande au Concile de rétablir le patriarcat de Lviv-Kiev
Les Pères furent intéressés par la première partie du discours. Mais la demande de rétablissement du patriarcat eut une importance immense pour les Ukrainiens.
Le long chemin pour rétablir l'Église de Kiev dans ses droits commençait, parsemé d'embûches. Mais Joseph Slipyj réussit l'essentiel, il reconstitua son Église en diaspora. La dota d'une structure de gouvernement, soigna particuliérement l'éducation, furent construits la basilique Sainte-Sophie à Rome,l'université catholique ukrainienne Saint-Clément à Rome, etc.
Le 23 décembre 1963, il fut rétabli dans ses droits d'archevêque majeur de l'Église ukrainienne (dont les droits canoniques sont égaux à ceux des patriarches), ceci après une enquête. Son argumentation est particulièrement intéressante :
Deux éléments furent retenus :
- En 1596 : la bulle de Clément VIII affirmait le droit du métropolite de Kiev de nommer les évêques indépendamment, sans l'accord du pape.
- 1807 : la bulle de Pie VII qui rétablissait la métropole de Halytch (Lviv), en lui assurant les mêmes droits qu'au métropolite de Kiev.
Remarques :
1) Rome a toujours refusé jusqu'à ce jour le titre patriarcal au primat de l'Église ukrainienne pour de sinistres raisons de diplomatie avec les Moscovites.
Mais l'Église ukrainienne l'a pris et commémore à la liturgie son patriarche.
Le titre patriarcal est une revendication qui peut paraître accessoire pour des Latins, habitués à une hypercentralisation romaine, où une seule et même personne est le chef de l'Église universelle car évêque de Rome, mais aussi patriarche d'Occident, primat d'Italie, etc.
Pour une Église locale, cette dignité n'est pas une breloque, mais une reconnaissance et une organisation canonique spécifique de l'Église.
2) Il est tragique de voir que l'Église ukrainienne, détruite par Moscou, soit privée de sa dignité historique sous la pression de son bourreau sur Rome.
3) Le pseudo-concile de Lviv, 1946, convoqué par Staline et organisé par le NKVD, qui "annula" l'union de Brest, est toujours reconnu comme canonique par Moscou... Staline, nouveau Constantin, n'est-ce pas ?
4) Le patriarche Slipyj n'hésita pas à agir comme tel ; ainsi, en 1977, il sacra trois évêques secrètement, sans l'accord du pape. Ce qui provoqua un vif mécontentement des autorités romaines. Les sacres ne furent reconnus que bien plus tard (dans les années 90).

( 992551 )
Trois petites remarques par Jean-Paul PARFU (2025-10-11 10:39:54)
[en réponse à 992548]
1) Je n'ai pas d'objection concernant votre message sur le discours de Mgr Slipyj, à ceci près qu'il aurait refusé de signer la demande de condamnation du communisme proposée notamment par Mgr Lefebvre, expliquant qu'ayant trouvé refuge à Rome, il ne pouvait mettre, par ce geste, en difficulté le Vatican.
Je note, par contre, au passage, que Mgr Slipyi a sacré évêques des prêtres sans l'autorisation de Rome, ce qui fut certainement une bonne chose, sachant que Rome a ensuite (vraisemblablement sous Jean Paul II) reconnu ces consécrations épiscopales.
2) Vous opposez les icônes aux représentations picturales religieuses au sein de l'Eglise l'Occident (ou Eglise latine).
Luc Perrin vous a en partie répondu sur ce point. J'ajouterai que l'icone est une représentation codifiée et donc stéréotypée de la peinture religieuse. Ce faisant, il y a une sorte de dissociation entre le religieux et le réel. En Occident, au contraire, des peintres comme Giotto et Fra Angelico, par exemple, ont parfaitement lié, ce me semble, le religieux et la réalité. Et que dire d'une sculpture comme la Piéta de Michel-Ange qui n'a pas d'équivalent en Orient.
3) Enfin, vous faites la promotion de l'arcane. Mais il y a avec l'arcane, un danger gnostique et ésotérique. A l'inverse, c'est vrai, la position de l'Eglise en Occident encourt le risque de laïcisation, risque que nous expérimentons depuis en gros Vatican II.

( 992555 )
3 petites réponses par Ludwik (2025-10-11 13:44:33)
[en réponse à 992551]
1) Je ne suis pas au courant de ce refus de signer une demande de condamnation du communisme.
Vos sources m’intéressent.
Ceci dit, concernant cette question du communisme, j’ai bien plus confiance en Sa Béatitude Joseph Slipij qu’en Mgr Lefebvre :
le premier a passé dix-huit ans en déportation, sans espoir d’en sortir vivant, et fut victime directe de l’Ostpolitik.
Je vous rappelle que s’il avait accepté de devenir orthodoxe, le siège de métropolite de Kiev lui était offert : il n’aurait pas eu à subir tout cela…
Rappelez-moi combien d’heures d’interrogatoire Mgr Lefebvre a subies devant le NKVD, et combien d’années de prison il a supportées ?
2) Vous m’avez lu trop vite.
J’écrivais que les dernières manifestations d’un art essentiellement chrétien se retrouvaient à l’époque gothique.
Je souscris entièrement à ce qu’ont écrit le professeur Perrin et Signo sur ce point.
Par ailleurs, l’art roman est tout à fait superposable à l’art byzantin.
Concernant Fra Angelico, il est certainement l’un des derniers — et le meilleur — iconographes occidentaux.
En outre, la codification de l’art sacré permet d’éviter le naturalisme : il me semble que c’est là un avantage immense.
3) Concernant la discipline de l’arcane,
je ne pensais pas à l’arcane sur le plan doctrinal, mais sur celui de la liturgie.
Les derniers débats sur cette question, chez vous, ont eu lieu — à ma connaissance — lors des discussions sur la possibilité de radiodiffuser les messes, puis de les téléviser.
J’espère qu’un plus savant que moi pourra répondre plus précisément à ce sujet.

( 992558 )
Naturel / Surnaturel par Candidus (2025-10-11 15:10:55)
[en réponse à 992551]
C'est une distinction qui vous est chère. Ne pourrait-on pas reprocher à l'Occident d'avoir confondu dans son expression artistique, les dimensions naturelle et surnaturelle, contrairement à l'Orient qui veille à les distinguer, notamment par la sublimation, la transfiguration, des sujets de son iconographie ? Je crois d'ailleurs que c'est un des reproches que formulent les orientaux.

( 992560 )
Un article du distric US de la FSSPX par Ludwik (2025-10-11 18:53:24)
[en réponse à 992551]
De 2019, très éloigné de ce que vous semblez insinué.
Ici
Sa Béatitude était dans la minorité au Concile, quel rôle y a t il joué ?
Je n'ai rien trouvé dans ses mémoires, sinon qu'il était très opposé à l'ostpolitik.
Le Pr Perrin en sait il plus ?
PS: JP Parfu n'a pas répondu sur ses sources, était ce une pure calomnie ? un souvenir imprécis ?

( 992572 )
Sur la question de l’arcane et autres sujets par Signo (2025-10-12 09:40:58)
[en réponse à 992551]
J’avais expliqué
ici pour quelles raisons je considérais la discipline de l’arcane, tout comme en général les marques de sacré, indispensables dans la liturgie chrétienne pour que le mystère chrétien soit pleinement communiqué aux fidèles.
Concernant le soi-disant risque de gnosticisme ou d’ésotérisme, il va vraiment falloir arrêter de faire de ces termes un épouvantail à hérésie. Dans ses ouvrages
Gnôsis et
Mysterion, Louis Bouyer et bien d’autres théologiens du XXe siècle également ont bien montré que les termes de gnose et de mystère sont au cœur de la Révélation chrétienne; ils se trouvent d’ailleurs en toutes lettres dans les épîtres pauliniennes. Pour le comprendre il faut revenir à l’étymologie et à l’approche théologique de l’Eglise antique. Quand les Pères de l’Eglise dénonçaient la « pseudo-gnose », c’est à dire « la gnose au faux nom », c’était précisément parce que les hérétiques gnostiques avaient inventé une fausse gnose par opposition à une gnose véritable, qui est cette
connaissance mystique de Dieu révélée par le Verbe éternel dont parle S. Jean dans ses épîtres.
Concernant l’iconographie, la « dissociation » dont vous parlez n’existe pas, c’est une mauvaise interprétation de votre part que vous êtes d’ailleurs seul à faire, l’icône représente, sous une forme symbolique et hiératique codifiée par une tradition, l’homme transfiguré et déifié par la grâce. Contrairement à l’art occidental qui a tendance à le représenter sur un plan purement naturaliste, ce qui abouti à la représentation d’un monde naturel enfermé sur lui-même au lieu d’être ouvert sur le monde invisible. Même Mgr Lefebvre était conscient du problème, je me souviens avoir entendu dans l’un de ses sermons ou conférences une critique des fresques de La Chapelle Sixtine allant dans ce sens…