"« Je n’ai pas encore eu l’occasion de m’asseoir avec un groupe de personnes qui défendent le rite tridentin. Une occasion se présentera bientôt, et je suis sûr qu’il y aura des occasions pour cela. Mais c’est aussi une question dont je pense, peut-être avec la synodalité, que nous devons discuter. C’est devenu un sujet tellement polarisé que les gens ne sont souvent pas disposés à s’écouter. J’ai entendu des évêques m’en parler, ils m’en ont parlé, et ils m’ont dit : “Nous les avons invités à ceci et à cela, et ils ne veulent même pas entendre.” Ils ne veulent même pas en parler. C’est un problème en soi. Cela signifie que nous sommes dans l’idéologie. Maintenant, nous ne sommes plus dans l'expérience de la communion ecclésiale."
« Le 18 novembre [1978], à l'initiative du cardinal Siri, il |[Jean-Paul II] reçoit l'archevêque, qui se déclara prêt à “accepter le concile à la lumière de la Tradition”, selon une formule utilisée par le pape Wojtyla lui-même le 6 novembre : “Le Concile doit être compris à la lumière de toute la sainte Tradition et sur la base du Magistère constant de la sainte Église.” Le pape se dit satisfait et ne fait du problème de la célébration de l'ancienne messe qu' « une question de discipline ». C’est alors que le cardinal Franjo Seper, appelé par le pape, s'exclame : “Attention, Saint-Père, de cette messe ils en font un drapeau !” » (pp. 536-537).
"Il me faut dissiper d’entrée de jeu un malentendu, de manière à n’avoir pas à y revenir : je ne suis pas un chef de mouvement, encore moins le chef d’une Église particulière. Je ne suis pas, comme on ne cesse de l’écrire, “ le chef des traditionalistes”. On en est arrivé à qualifier certaines personnes de « lefébvristes », comme s’il s’agissait d’un parti ou d’une école. C’est un abus de langage.
Je n’ai pas de doctrine personnelle en matière religieuse. Je me suis tenu toute ma vie à ce qu’on m’a enseigné sur les bancs du séminaire français de Rome, à savoir la doctrine catholique selon la translation qu’en a faite le magistère de siècle en siècle depuis la mort du dernier apôtre, qui marque la fin de la Révélation."
"Par la franchise et l'ouverture de ses débats, le Concile a mis fin à ce que l'on pourrait qualifier de rigidité du système. Nous entendons par “système” un ensemble cohérent d'enseignements codifiés, des règles de procédure précisées de manière casuistique, une organisation détaillée et très hiérarchisée, des moyens de contrôle et de surveillance, des rubriques régissant le culte – tout cela est l'héritage de la scolastique, de la Contre-Réforme et de la Restauration catholique du XIXe siècle, soumis à une discipline romaine efficace. On se souviendra que Pie XII aurait déclaré : “Je serai le dernier pape à maintenir tout cela.”" (Yves Congar, La crise dans l’Église et Mgr Lefebvre, Éditions du Cerf)
"Moi, N…, j’embrasse et reçois fermement toutes et chacune des vérités qui ont été définies, affirmées et déclarées par le magistère infaillible de l’Eglise, principalement les chapitres de doctrine qui sont directement opposés aux erreurs de ce temps.[…] Je reçois sincèrement la doctrine de la foi transmise des apôtres jusqu’à nous toujours dans le même sens et dans la même interprétation par les pères orthodoxes ; pour cette raison, je rejette absolument l’invention hérétique de l’évolution des dogmes, qui passeraient d’un sens à l’autre, différent de celui que l’Eglise a d’abord professé. Je condamne également toute erreur qui substitue au dépôt divin révélé, confié à l’Epouse du Christ, pour qu’elle garde fidèlement, une invention philosophique ou une création de la conscience humaine, formée peu à peu par l’effort humain et qu’un progrès indéfini perfectionnerait à l’avenir."
Si donc, par suite des circonstances, en matière morale, dans la discipline ecclésiastique, ou même dans la formulation de la doctrine, qu’il faut distinguer avec soin du dépôt de la foi, il est arrivé que, sur certains points, on se soit montré trop peu attentif, il faut y remédier en temps opportun d’une façon appropriée.
De tous côtés s’installe la division, se manifestent les colères, de l’orgueil, de l’injustice. Des « traditionalistes » un temps d’accord sur les vérités claires et essentielles de la foi mettent leur honneur à soulever des « problèmes », à raison avoir sur des questions d’importance lointaine pour la vie quotidienne des fidèles. Les intelligences s’estiment traditionalistes mais les cœurs ne le sont plus si jamais ils l’ont été. La charité fraternelle est, elle aussi, une richesse de la Tradition.
« Le danger est grand de se confiner dans un traditionalisme de combat, de concevoir les vérités de la foi comme une occasion de lutte, de coups et de victoire, de considérer la théologie dogmatique comme un arsenal de guerre ou même trop exclusivement comme le moyen de l’illumination de l’intelligence dans l’oubli des yeux du cœur assoiffé d’espérance, avide de goûter les trésors de gloire que renferme l’héritage de Jésus-Christ. Grand est le risque d’accommoder les vérités de Jésus-Christ et les membres de Jésus-Christ à ses propres goûts ; saint Paul nous a appris où cela pouvait conduire.
« La présence des fidèles à notre messe traditionnelle n’est pas une finalité, la foi aux vérités dogmatiques ne l’est pas non plus ; ce qui compte c’est la foi qui opère par la charité et conduit à la charité pour Dieu et à la charité fraternelle. Les institutions chrétiennes, la catéchèse, la théologie ne doivent pas seulement conduire les âmes aux portes d’entrée de l’amour surnaturel ; elles doivent faire progresser dans le domaine illimité des ascensions dans les profondeurs et les altitudes de l’amour de Dieu, dans le dulcor charitatis. Nul ne saurait s’y enfoncer s’il est en désaccord avec ses frères. « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas ». Entendons saint Paul nous dire « Du moment qu’il y a parmi vous jalousie et discorde, n’êtes-vous pas charnels et votre conduite n’est-elle pas tout humaine ». Un « traditionalisme » qui a perdu la charité est-il encore traditionnel ? »
Cité par le Combat de la Foi
et par Lecture et Tradition, N° 98,
novembre-décembre 1982, pp. 7-8.
"Système d'idées générales constituant un corps de doctrine philosophique et politique à la base d'un comportement individuel ou collectif"
Je trouve que cela s'applique parfaitement à la Foi catholique.
2. Si quelqu’un soutient que la prévarication d’Adam a été préjudiciable à lui seul, et non à sa postérité ; que la sainteté et la justice dont Dieu l’avait doué, et qu’il a perdues, il les a perdues pour lui uniquement, et non pas aussi pour nous ; ou que, souillé par le péché de désobéissance, il n’a transmis à tout le genre humain que la mort et les peines du corps, sans lui transmettre le péché, qui est la mort de l’âme, qu’il soit anathème, puisqu’il contredit ces paroles de l’Apôtre : Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort ; et ainsi la mort est passée dans tous les hommes, en celui dans lequel ils ont tous péché [Rm 5, 12].
17 juin 1546, 5e session, Décret sur le péché originel
Écoutez Dieu.
Car enfin, si l’homme n’avait jamais été corrompu, il jouirait dans son innocence et de la vérité et de la félicité avec assurance. Et si l’homme n’avait jamais été que corrompu, il n’aurait aucune idée ni de la vérité, ni de la béatitude. Mais, malheureux que nous sommes, et plus que s’il n’y avait point de grandeur dans notre condition, nous avons une idée du bonheur et ne pouvons y arriver, nous sentons une image de la vérité et ne possédons que le mensonge, incapables d’ignorer absolument et de savoir certainement, tant il est manifeste que nous avons été dans un degré de perfection dont nous sommes malheureusement déchus.
Chose étonnante cependant que le mystère le plus éloigné de notre connaissance, qui est celui de la transmission du péché, soit une chose sans laquelle nous ne pouvons avoir aucune connaissance de nous‑mêmes !
Car il est sans doute qu’il n’y a rien qui choque plus notre raison que de dire que le péché du premier homme ait rendu coupables ceux qui, étant si éloignés de cette source, semblent incapables d’y participer. Cet écoulement ne nous paraît pas seulement impossible, il nous semble même très injuste. Car qu’y a‑t‑il de plus contraire aux règles de notre misérable justice que de damner éternellement un enfant incapable de volonté pour un péché où il paraît avoir si peu de part qu’il est commis six mille ans avant qu’il fût en être. Certainement rien ne nous heurte plus rudement que cette doctrine. Et cependant, sans ce mystère le plus incompréhensible de tous nous sommes incompréhensibles à nous‑mêmes. Le nœud de notre condition prend ses replis et ses tours dans cet abîme. De sorte que l’homme est plus inconcevable sans ce mystère, que ce mystère n’est inconcevable à l’homme.
(Source : https://www.penseesdepascal.fr/Contrarietes/Contrarietes14-moderne.php)