Le Forum Catholique

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images/icones/carnet.gif  ( 991330 )« Léon XIV : De petits signes qui confirment les premières impressions » par Vistemboir2 (2025-08-26 22:20:26) 

Traduction de l’article de Gaetano Masciullo, Correspondant de Remnant en Italie, paru le 26 août 2025 sur le site The Remnant sous le titre : « Leo XIV: Small Signs that Confirm Initial Impressions ? »
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Une réduction du magistère vert, libéré de l'idolâtrie écologique, et la centralité du Christ dans la prédication. La miséricorde est un don de la grâce, mais pas sans conditions. De nombreux petits signes qui donnent bon espoir. Pendant ce temps, le pape Léon XIV reçoit le cardinal Burke. Sur la table, l'avenir de la messe de la tradition catholique ?

Plus de cent jours après le début de son pontificat, de nombreux signes semblent confirmer ce qui a été dit, analysé et prédit jusqu'à présent concernant la figure du pape Léon XIV, tant du point de vue de la gouvernance que du magistère.

En matière de gouvernance, il est apparu clairement que le pape Léon XIV est un homme qui évite l'autoritarisme et la précipitation. Son « esprit américain » transparaît ici, le distinguant des Européens et des Sud-Américains, habitués à un style de gouvernance plus centraliste, despotique ou démocratique, c'est-à-dire écoutant et imposant la volonté de la majorité. Prévost, au contraire, est un homme à l'écoute de toutes les parties, consulte volontiers, accepte les conseils et évalue soigneusement les différentes solutions et approches. Ainsi, le mot « synodalité » revêt pour le premier pape augustinien et américain une signification très spécifique, bien différente de celle de François, jésuite et argentin. C’est pour cette raison qu’il a finalement été choisi au Conclave : un « homme d’unité » – et les attentes jusqu’à présent n’ont pas été déçues.

Ainsi, la vieille devise curiale « cunctando regitur mundus » – « C'est en retardant que l'on gouverne le monde » – semble à nouveau pertinente. Jusqu'à présent, le pontificat de Léon XIV a été un règne de réflexion et d'écoute, probablement ralenti par les inévitables exigences du Jubilé (qui durera jusqu'au 6 janvier 2026), ainsi que par son penchant naturel pour la méthode et l'ordre. Il a également été entravé par un environnement curial fortement bergoglien, qui craint que la situation ne lui échappe et qui désire voir le pape Léon agir principalement comme une « marionnette médiatique », laissant la véritable gouvernance de l'Église à des dicastères qui œuvrent en coulisses. À ce risque s'ajoute, comme chacun sait, sa confiance peut-être excessive dans la Curie elle-même.

Malgré l'absence de réformes ou d'actes de gouvernance significatifs, le pape Léon XIV a bénéficié d'une large approbation parmi les catholiques. Cet élément ne doit pas non plus être sous-estimé : le pape Bergoglio bénéficiait lui aussi d’une large approbation à ses débuts, mais parmi les non-catholiques, notamment les athées et les progressistes. Ceux-ci espéraient voir s’asseoir sur la Chaire de Pierre l’homme qui démantèlerait enfin l’Église catholique dans son ordre hiérarchique et sacramentel, tout comme les Carbonari l’avaient espéré au lendemain de l’élection du pape Pie IX. Pourtant, l’Histoire reste, et restera toujours, entre les mains de Dieu, et non des hommes, ni de Satan.

L'approbation que le pape Léon XIV reçoit parmi les catholiques, y compris les jeunes, est un autre signe d'espoir. En effet, aujourd'hui, l'Église a davantage besoin d'espoir que de cohésion. Non pas tant de l'espoir d'une fin de crise, mais d'espoir au sens théologique du terme. Les hommes et les femmes de notre temps ont besoin d'un guide, voire d'un père, capable d'orienter leur désir vers le véritable bien, vers ce trésor « que la mite et la rouille ne détruisent pas ».

Rencontre avec le cardinal Raymond Leo Burke

Parlant d'espoir et d'écoute, le pape Léon XIV a reçu en audience privée, le 22 août, le cardinal Raymond Leo Burke, figure emblématique du monde traditionaliste catholique et, comme le Saint-Père lui-même, Américain. Comme cela a été rappelé à d'autres occasions, nous savons que Burke et Dolan ont joué un rôle important dans l'accession de Prevost à la Chaire de Pierre. On ignore ce qu'ils ont dit, mais on peut émettre quelques hypothèses plausibles.

Tout d'abord, il ne faut pas oublier que le cardinal Burke était l'un des prélats directement et publiquement visés par François, en raison de ses critiques des contradictions et des graves erreurs inhérentes à son magistère – tant pis pour la synodalité tant vantée ! Bergoglio a décidé de révoquer le « piatto cardinalizio » – c'est-à-dire l'allocation et l'appartement subventionné du Vatican – du cardinal américain, le considérant comme une figure agissant contre l'Église (lire : contre François).

Selon certaines sources, cette décision a même été annoncée lors d'une réunion avec les chefs de dicastère, où François a exprimé son mécontentement face à la position prétendument « clivante » du cardinal.

Il est donc normal de s'attendre à ce que l'une des questions abordées ait été la restauration de son prestige et de sa dignité à un homme qui, loin d'avoir divisé l'Église catholique, est devenu – avec d'autres prélats éminents – le porte-parole influent d'une partie importante des fidèles, qui n'attendent rien de moins du Saint-Siège que la sauvegarde de l'identité, de la doctrine, de la morale et de la liturgie catholiques.

Deuxièmement, il est fort probable que la question de la messe traditionnelle ait également été abordée, de même que le Motu Proprio « Traditionis Custodes » de François, qui interdit de fait depuis quatre ans la célébration de ce rite par les prêtres. Ce document, comme l'ont démontré des preuves publiques, était entaché de graves irrégularités imputables non seulement à François lui-même, mais aussi à son entourage toujours en activité au sein du Dicastère pour le Culte Divin.

La tragédie de Judas Iscariote nous rappelle que la miséricorde divine est gratuite, mais jamais inconditionnelle

Un autre signe, modeste mais positif, est apparu lors de l'audience du 13 août : réfléchissant sur la trahison de Judas, le Pape a rappelé que Judas Iscariote s'était exclu du salut de son propre chef, confirmant ainsi l'enseignement constant de l'Église et la doctrine solennelle du Concile de Trente. « Il aurait mieux valu pour cet homme qu'il ne fût jamais né » – des paroles divines qui ne laissent place à aucune ambiguïté ni à aucun jugement suspendu : Judas est damné.

Avec sobriété et fermeté, le pape Léon XIV a réaffirmé une vérité dérangeante pour les oreilles modernes, mais nécessaire à la compréhension de la grandeur de la miséricorde divine, certes gratuite, mais jamais inconditionnelle. Le contraste avec l'approche incertaine de son prédécesseur, marquée par un scepticisme et un agnosticisme typiques du néo-modernisme, est évident. Ainsi, le pontife américain ramène la prédication au cœur de l'Évangile : le salut n'est pas un automatisme, mais un don qui exige liberté, repentance et conversion. Rappelons l'enseignement du Catéchisme du Concile de Trente :

« Personne ne peut nier que c'est une vertu de s'affliger au moment, de la manière et au degré requis. Gérer ainsi sa douleur relève de la vertu de pénitence. Certains éprouvent une douleur sans commune mesure avec leurs crimes. […] D'autres, au contraire, cèdent à une telle mélancolie et à un tel abattement qu'ils abandonnent tout espoir de salut. […] Tel était certainement l'état de Judas qui, se repentant, se pendit, perdant ainsi corps et âme. La pénitence, donc, considérée comme une vertu, nous aide à réguler avec modération notre sentiment de douleur. »


Le christocentrisme aussi dans le Magistère « vert »

Par ailleurs, à l'occasion de la réunion des évêques de la Conférence ecclésiale de l'Amazonie, tenue à Bogotá du 17 au 20 août, le pape Léon XIV a adressé un télégramme d'encouragement et d'orientation pastorale, signé par le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État du Vatican. Un message remarquable : tout en employant deux concepts chers au vocabulaire bergoglien – « respect des peuples qui y vivent » et « protection de notre maison commune » – il leur donne néanmoins un sens difficilement conciliable avec l'éco-idolâtrie manifestée par le gouvernement précédent, qui a placé l'homme au service de la Terre, oubliant au contraire que la vérité est tout autre : Dieu a créé tout ce qui existe en plaçant l'homme à son sommet, comme seigneur et gardien, et non comme serviteur ou gendre.

En d'autres termes, la relation juste qui devrait exister entre l'homme et le reste de la création est analogue à la relation que Dieu entretient avec l'humanité. Dieu est au service de l'homme, mais il n'en est pas l'esclave. De même, l'homme est le gardien de la création, mais il n'en est pas le serviteur. Dans le langage divin, la seigneurie s'exerce toujours par la justice et l'amour.
« Dans cette doctrine pérenne, il est également évident qu’il existe le droit et le devoir de prendre soin de la « maison » que Dieu le Père nous a confiée en tant qu’intendants bienveillants, afin que personne ne détruise de manière irresponsable les biens naturels qui parlent de la bonté et de la beauté du Créateur, ni, encore moins, ne s’y soumette comme esclave ou adorateur de la nature. Ces réalités nous ont été données pour atteindre notre fin, qui est de louer Dieu et ainsi obtenir le salut de nos âmes (cf. saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, 23). »
images/icones/fleur.gif  ( 991336 )un texte révélateur : le fait et les suppositions par Luc Perrin (2025-08-27 12:59:50) 
[en réponse à 991330]

C'est typiquement l'effet mozette et j'espère que les suppositions qui forment 98% du texte entreront dans les faits cet automne.

Le fait : "Malgré l'absence de réformes ou d'actes de gouvernance significatifs, le pape Léon XIV a bénéficié d'une large approbation parmi les catholiques."

Pratiquement tout le reste, sauf quelques citations d'homélies, relève de suppositions, de souhaits, de conjectures.

Léon XIV suscite d'énormes attentes, on le voit, mais faute de grain à moudre, les moulins à vent continuent à tourner sans produire de farine.

Formons le voeu que de la réflexion du Saint-Père et des informations qui remontent jusqu'à lui depuis quelques mois, le Pape puisse être un artisan de paix - et qu'il suscite une masse d'artisans de paix - dans le monde qui en a tant besoin, spécialement dans l'horreur du génocide des Palestiniens qui ensanglante atrocement la Terre Sainte, les menaces de guerre presque quotidiennes venant de l'empire OTAN-UE, mais aussi ad intra pour guérir les plaies réouvertes sans raison par certaines mesures et paroles de son prédécesseur.

"Heureux les artisans de paix car ils seront appelés fils de Dieu"
Mathieu 5, 9 (version AELF).

images/icones/bravo.gif  ( 991339 )Entièrement d'accord avec vous par Pétrarque (2025-08-27 13:48:16) 
[en réponse à 991336]

Je me suis fait exactement les mêmes réflexions en lisant l'article.

Il est évidemment bien trop tôt pour apprécier l'orientation du pontificat de Léon XIV. Se bercer d'intuitions et de suppositions est parfaitement stérile.

Je trouve le pape extérieurement plutôt sympathique et modeste, ce qui tranche nettement avec ce que nous avons subi avec son prédécesseur, mais j'attends ses actes.

Des nominations épiscopales, des textes et des directives doctrinales restaurateurs, et, avant toute chose, la restitution de la vraie messe, du vrai catéchisme et l'abandon des erreurs de Vatican II.
images/icones/1n.gif  ( 991346 )La vraie messe et le vrai catéchisme... par Joseph Dastros (2025-08-27 16:31:02) 
[en réponse à 991339]

...peut-on être moins polémique dans le vocabulaire employé ?
images/icones/fleur.gif  ( 991354 )Je veux bien être moins polémique, cher Joseph...... par Pétrarque (2025-08-27 21:37:25) 
[en réponse à 991346]

...mais je pense surtout aux enfants qui vont grandir sous le pontificat qui commence.

Que vont-ils recevoir de l'Église, s'ils vivent en dehors des quelques communautés qui maintiennent sa Tradition, ou qui, a minima, ne la négligent pas complètement ?

Je ne peux m'empêcher de songer à tout ce dont j'ai été privé, à l'instar de millions de mes semblables, lorsque j'étais gamin...

De vraie messe, point.

De vrai catéchisme, point.

Des horreurs, du vide, des pitreries et de la délinquance liturgique érigées en norme, et un pseudo-catéchisme d'apostasie et d'impiété.

Rien de polémique, vraiment. Des faits...

Si Léon XIV pouvait rétablir cette justice-là et commencer - enfin ! - de tourner la funeste page que ses prédécesseurs ont ouverte il y a 65 ans, nous aurions - enfin ! - de vrais motifs de nous réjouir.

images/icones/fleche2.gif  ( 991358 )Vocabulaire encore par Joseph Dastros (2025-08-27 22:04:19) 
[en réponse à 991354]

Je suis d'accord avec vous, sauf sur l'utilisation du mot "vrai" en particulier sur la messe. Une messe célébrée comme habituellement en France reste une messe valide (donc une vraie messe), même avec ses défauts de missel et de respect des rubriques. Et, pour être clair, je ne souhaite à aucun enfant de n'avoir pas accès à une forme traditionnelle.

Pierres vivantes n'existe plus, peut-être que là la notion de faux catéchisme avait du sens. Que le catéchisme actuellement enseigné soit lacunaire, voire gravement lacunaire est une chose, mais qu'il soit faux je n'irai pas jusque là.
images/icones/coeurbrise.gif  ( 991361 )Désolé par Pétrarque (2025-08-27 22:28:07) 
[en réponse à 991358]


Une messe célébrée comme habituellement en France reste une messe valide (donc une vraie messe)



Je ne sais pas.

Si vous le dites...

Je suis très loin d'en être persuadé.

Le peu que j'aie - Dieu merci - à en subir à l'occasion me persuaderait plutôt du contraire, dans au moins 5 cas sur 10.



Que le catéchisme actuellement enseigné soit lacunaire, voire gravement lacunaire est une chose, mais qu'il soit faux je n'irai pas jusque là.



Je ne crois pas que le catéchisme actuel, dans la plupart des diocèses, diffère de beaucoup de ce que le soviet de secteur cherchait à m'imposer lorsque j'étais catéchiste en paroisse, dans les dernières années de l'autre siècle, et où l'explication du Credo était jugée intégriste.

Un parcours minable dans une malette en plastique où l'on ne trouvait aucune des connaissances nécessaires au salut, et où, même si les insanités de Pierres Vivantes étaient certes révolues, il était bien difficile de trouver le matériau d'un vrai catéchisme.

Autrement dit d'un catéchisme en bonne et due forme, qui transmette la foi catholique.

J'aurais même tendance à penser que - exception faite d'endroits privilégiés - c'est peut-être même encore pire aujourd'hui.
images/icones/bravo.gif  ( 991411 )Entièrement d'accord avec vous Pétrarque par Jean-Paul PARFU (2025-08-30 13:00:18) 
[en réponse à 991361]

Et avec le choix de votre vocabulaire.

Vous n'avez pas à vous justifier !
images/icones/5b.gif  ( 991539 )Le souci par Adso (2025-09-02 14:24:04) 
[en réponse à 991411]

c'est que cette époque d'enfants gâtés, qui permet d'avoir de la bonne cuisine traditionnelle, a produit toute une génération de jeunes ado, bientôt adultes, qui ânonnent bêtement sans comprendre, ce qu'on leur a fourré dans la tête, sans savoir, avec une insolence qui fait qu'honteusement, leurs parents sont obligés d'en venir à la gifle devant le manque de décence dans le propos...
(Expérience à un mariage cet été, il est vraie, encouragée par des clercs un peu frappés !)

Donc, oui, le terme "vrai" ne recouvre pas une réalité universelle, et ne doit pas être une étiquette étendard de certitudes orgueilleuse (car l'orgueil et le commencement... ou l'histoire de la poutre et de la paille !)
images/icones/hein.gif  ( 991667 )Célébrée comme habituellement par NLC (2025-09-04 09:38:27) 
[en réponse à 991358]

Dites-vous.

Or justement, une des caractéristiques majeures de la messe actuelle, c'est qu'il ne se trouve pas 2 endroits où elle est célébrée pareil, et ce n'est pas le moindre de ses défauts.
En déplacement, lorsque l'on assiste à une messe Paul VI, c'est comme dirait Forrest Gump (!) "comme une boite de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber". Au point que dans une proportion non négligeable de cas, on en vient à douter de sa validité, ce qui n'est pas, vous en conviendrez, une bonne disposition pour assister à la messe. De là à la qualifier systématiquement de fausse, il y a un pas.
 ( 991533 )Vrai catéchisme ? Vraie messe ? par Roger (2025-09-02 14:02:48) 
[en réponse à 991354]

Qu’entendez vous par là?
N’acceptez vous pas le texte de 1992? En quoi serait il faux ?

La liturgie de Paul VI serait elle fausse ? Il me semblait que la FSSPX la qualifiait de déficiente ou d équivoque mais pas de fausse (mais je me trompe peut être )
images/icones/iphone.jpg  ( 991670 )Vous l’avez vu souvent utilisé dans les paroisses? par Vincent F (2025-09-04 09:42:23) 
[en réponse à 991533]

Le catéchisme de 1992 ?

C’est plus souvent Pires Vivantes.
 ( 991671 )Bizarre par Roger (2025-09-04 10:01:27) 
[en réponse à 991670]

Que savez vous du fonctionnement des paroisses ordinaires ?

Et reconnaissez vous la validité d’un catéchisme publié par Jean Paul II ?

images/icones/iphone.jpg  ( 991684 )Certainement plus que vous par Vincent F (2025-09-04 12:06:50) 
[en réponse à 991671]

Evidemment que je reconnais le CEC publié par Jean Paul II.
Ça devrait vous sauter aux yeux.
images/icones/carnet.gif  ( 991673 )Pierres vivantes par Réginald (2025-09-04 10:36:19) 
[en réponse à 991670]

n’est plus utilisé dans les paroisses depuis environ 30 ans. Vous auriez besoin d’un petit aggiornamento… Pour la catéchèse des adultes, c’est généralement le Catéchisme de l’Église catholique (1992) qui est devenu le texte de référence.En France, le Texte national pour l’orientation de la catéchèse (2006) précise d’ailleurs que tout parcours doit se référer explicitement au CEC.
images/icones/neutre.gif  ( 991674 )Ça c'est la théorie par Semetipsum (2025-09-04 11:11:29) 
[en réponse à 991673]

dans la pratique, pour l'avoir constaté un Vendredi Saint dans ma paroisse géographique, les dames catéchistes sont venues vers 15h15 avec les enfants alors que je faisait un chemin de Croix, et il n'a même pas été question de la Passion...
Je ne connais pas le support de catéchisme destiné aux enfants dans les paroisses.
On peut faire référence au CEC sans en exposer forcément l'intégralité. Les éditeurs et auteurs peuvent avoir beaucoup d'imagination...
images/icones/fleche2.gif  ( 991678 )Se référer au CEC est largement insuffisant. par Pétrarque (2025-09-04 11:38:07) 
[en réponse à 991673]

Est-ce que, oui ou non, tous les enfants catéchisés dans les paroisses conciliaires apprennent, avant d'arriver à la Première communion, le Credo, le Notre-Père et le Décalogue ?

Je n'ose même pas parler des commandements de l'Eglise et du Confiteor...

Je n'ose même pas songer à la notion de péché originel ni aux fins dernières...
images/icones/carnet.gif  ( 991685 )malheursement par Réginald (2025-09-04 12:16:06) 
[en réponse à 991678]

non. Mais cela n'est pas conforme à ce que demande l’Église.
images/icones/iphone.jpg  ( 991687 )Et pourtant par Vincent F (2025-09-04 13:25:43) 
[en réponse à 991685]

L’âge de la première communion a souvent reculé pour ne pas vider les cors de catéchisme.
images/icones/carnet.gif  ( 991690 )Mais par MJP (2025-09-04 14:00:37) 
[en réponse à 991685]

C'est toléré par l'ordinaire du lieu.

Au nom des principes de Vatican II : ne pas condamner.

Sauf la tradion bien sûr !
images/icones/iphone.jpg  ( 991692 )Toléré ? par Vincent F (2025-09-04 14:15:34) 
[en réponse à 991690]

J’aurais dit recommandé, voire imposé.
images/icones/4a.gif  ( 991693 )Je suis d'accord, et c'est regrettable... par Pétrarque (2025-09-04 14:18:09) 
[en réponse à 991685]

C'est la foi qui est attaquée, et cette attaque est de fait tolérée par ceux qui en sont les premiers défenseurs, les évêques.

Cette attaque, cette défiance pour la Vérité, cet affaiblissement dans l'annonce de l'Evangile et l'affirmation de la doctrine, tout cela ne vient pas de l'extérieur de l'Eglise, mais bien de l'intérieur, de son sein même, avec l'assentiment des évêques, qui, pour la plupart, ne font rien pour changer les choses.

C'est exactement, avec les complaisances pour le communisme dans les années 70 et la tolérance pour beaucoup de déviations actuelles, ce que Jean Madiran dénonçait dans L'Hérésie du XXe siècle.

Pour faire le lien avec un autre fil - car tout se tient - c'est pour cela que le chantage de ces mêmes évêques pour amener les prêtres traditionalistes à concélébrer pour signifier la soi-disant "communion" me fait doucement rire.

Avant de donner des leçons de communion, qu'ils commencent donc par assurer la transmission de la foi et par assurer la digne célébration de la liturgie dans leurs diocèses.

Le reste viendra par surcroît.
images/icones/carnet.gif  ( 991700 )oui par Réginald (2025-09-04 17:00:39) 
[en réponse à 991693]

Je ne nie pas qu’il existe de graves manquements dans l’Église, parfois venant de l’intérieur même. C’est une souffrance réelle que vous exprimez, et que beaucoup partagent. Mais ces manquements ne changent pas le fait que l’évêque demeure le principe visible de communion dans son diocèse.

Or la question qui nous occupe n’est pas de savoir si les évêques sont irréprochables (nous savons tous qu’ils ne le sont pas), mais bien de savoir si un prêtre peut, en toute circonstance, refuser de concélébrer avec son évêque. Même dans une Église blessée, la messe chrismale conserve toute sa valeur comme signe d’unité. Et c’est précisément en temps de crise que ce signe est le plus nécessaire.
images/icones/2b.gif  ( 991703 )Invention moderne par ptk (2025-09-04 17:23:13) 
[en réponse à 991700]

la messe chrismale ne mérite pas tant d'ennuis.

Que l'évêque se contente de bénir les saintes huiles lors de la messe in cena Domini et cesse d'importuner le bon peuple avec ces simagrées.

Si les diocèses formaient des communautés unies de fidèles autour de leurs prêtres et de prêtres autours de leur évêque ça se saurait.
images/icones/2e.gif  ( 991704 )La Messe chrismale : Un condensé des débilités conciliaires par ptk (2025-09-04 17:41:25) 
[en réponse à 991703]


Schola Sainte Cécile



La messe chrismale : de la catéchèse sacramentelle à la célébration ecclésiologique. Tradition, réforme et rupture
13 avril 2025 par Abbé Jean-Pierre Herman
Nous remercions M. l’Abbé Herman, professeur de liturgie, de nous partager cet article.

Sommaire
I. Introduction
II. Le rite traditionnel : une articulation eucharistique forte
III. La réforme de 1955 : un tournant catéchétique
III.I. Tableau comparatif synthétique
IV. La réforme postconciliaire : une célébration ecclésiologique recentrée sur le ministère
IV.I. Tableau comparatif tripartite
V. Une surcharge rituelle étrangère à la tradition
VI. L’urgence de retrouver la source
VII. Bibliographie
VII.I. 1. Sources liturgiques et historiques
VII.II. 2. Études historiques et critiques
VII.III. 3. Théologie liturgique et mystagogie
VIII. Notes de cet article sur la messe chrismale
Introduction
La messe chrismale n'existe pas alors.
La consécration du saint Chrême et la bénédiction des autres huiles se fait dans la messe pontificale in Cœna Domini.
Parmi les rituels liturgiques majeurs de l’année, la messe chrismale occupe aujourd’hui une place majeure dans la vie liturgique des diocèses. On la présente comme l’une des manifestations les plus significatives de la plénitude du sacerdoce de l’évêque et du lien intime qui l’unit à ses prêtres[1]. Elle est le moment où l’Église sanctifie les huiles destinées aux sacrements et, dans sa version postconciliaire, où le lien entre le sacerdoce ministériel, le peuple de Dieu et le mystère pascal est publiquement manifesté. Les prêtres y renouvellent solennellement les promesses de leur ordination, et l’évêque y incarne visiblement l’unité du presbyterium.

Toutefois, il convient de rappeler que le terme « messe chrismale » n’est apparu qu’avec la réforme de 1955. Jusqu’alors, la liturgie romaine ne comportait qu’une seule célébration le Jeudi saint : la messe in Cœna Domini, au cours de laquelle l’évêque procédait à la bénédiction des huiles. Les sources anciennes, comme le Sacramentaire Gélasien[2], présentent plusieurs formulaires liturgiques liés à ce jour, mais, comme l’a démontré Hermann Schmidt, il ne s’agissait pas de messes distinctes, mais d’un seul ensemble rituel[3]. Le Sacramentaire Grégorien[4], un siècle plus tard, ne propose qu’un seul formulaire pour la bénédiction des huiles[5]. L’Ordo romanus I confirme cette tradition d’un rite unique[6] qui se maintiendra avec des enrichissements symboliques notables, admirablement décrits par Durand de Mende dans son Rational ou Manuel des Divins Offices[7] et reprise dans le pontifical romain de 1595[8], jusqu’à la réforme du XXe siècle.

L’intention de Pie XII, dans la réforme de 1955 (Maxima Redemptionis nostræ mysteria[9]), était de faire de cette messe une catéchèse sacramentelle. En isolant la bénédiction des huiles du cadre de la messe du soir, le pape voulait souligner que toute grâce sacramentelle découle du Sacrifice du Christ. Toutefois, cette réforme, bien que respectueuse de la structure canonique traditionnelle, a ouvert la voie à des évolutions plus radicales. Avec la réforme postconciliaire, la messe chrismale est devenue une célébration ecclésiologique, centrée non plus sur la grâce sacramentelle, mais sur la communion entre l’évêque, ses prêtres et le peuple.

Le rite traditionnel : une articulation eucharistique forte
Pontificale Romanum de Jean Burchard, édition de 1497 : la préface consécratoire du saint Chrème dans la forme traditionnelle héritée de saint Grégoire le Grand.
Pontificale Romanum de Jean Burchard, édition de 1497 : la préface consécratoire du saint Chrème dans la forme traditionnelle héritée de saint Grégoire le Grand. Elle a lieu dans la messe de la Cène de l’évêque le Jeudi Saint.
Dans le rite traditionnel, tel qu’il a été codifié au sein du Pontificale Romanum de 1595, la bénédiction des saintes huiles ne constitue pas une célébration indépendante, mais s’inscrit avec solennité au cœur de la messe in Cœna Domini. Loin d’être un ajout marginal, elle est profondément intégrée à l’offrande eucharistique. Cette insertion manifeste une vérité liturgique et théologique fondamentale : toute sanctification dans l’Église, y compris celle des instruments sacramentels, découle directement du sacrifice du Christ rendu présent à l’autel.

Les trois bénédictions – de l’huile des catéchumènes, de l’huile des infirmes et du saint chrême – s’articulent autour du Canon romain. Cette structuration n’est pas arbitraire : elle exprime que le mystère de la Croix et de l’Eucharistie est la source unique de toute grâce. En bénissant les huiles dans le cadre du sacrifice eucharistique, l’Église confesse que le Christ, prêtre et victime, communique sa vie divine à travers les sacrements que ces huiles servent à conférer.

Le rite lui-même est d’une richesse symbolique remarquable. Il comprend :

le souffle du ministre sur les huiles, évoquant l’action vivifiante de l’Esprit Saint à la création et à la résurrection ;
les onctions dans le vase du chrême, marquant l’intimité du lien entre l’huile et la grâce sanctifiante ;
l’encensement des vases sacrés, qui signifie la montée de la prière et la consécration de ce qui est destiné à Dieu ;
le chant solennel du O Redemptor, hymne théologique et contemplative qui magnifie l’œuvre rédemptrice du Christ dans les sacrements ;
et la triple acclamation Fiat, reprise par le clergé, signe liturgique d’un assentiment communautaire à l’invocation du Paraclet.
L’épiclèse qui précède la consécration du saint chrême – Emitte, quaesumus, Domine, Spiritum Sanctum Paraclitum – établit un lien explicite avec la Pentecôte : l’huile chrismale est sanctifiée par l’Esprit, comme les Apôtres le furent dans le Cénacle. Ce lien montre que le ministère sacramentel de l’Église continue l’œuvre du Christ dans la puissance de l’Esprit Saint, à travers le sacrifice eucharistique. La liturgie ancienne conserve ainsi une cohérence mystagogique profonde, enracinée dans la théologie du mystère pascal.

La réforme de 1955 : un tournant catéchétique
Pontificale Romanum de Clément VIII - édition parisienne de 1683. Il n'existe pas de messe chrismale.
Pontificale Romanum de Clément VIII – édition parisienne de 1683. La consécration des saintes huiles se fait au cours de la Messe de la Cène, au cœur du mystère de la Rédemption, qui célèbre l’institution de la divine Eucharistie, de laquelle découle tous les autres sacrements du salut. Il n’existe pas de messe chrismale.
La réforme liturgique promulguée par Pie XII en 1955 introduit une modification significative de la tradition : elle détache la bénédiction des huiles de la messe in Coena Domini et institue une messe distincte, dite messe chrismale, célébrée le matin du Jeudi saint. Cette nouveauté rompt avec l’antique coutume romaine où l’unité du sacrifice eucharistique et de la consécration des huiles témoignait de manière symbolique que les sacrements tirent leur efficacité du mystère de la Croix.

Toutefois, malgré cette autonomie nouvelle de la messe chrismale, la structure interne de la célébration demeure proche du modèle tridentin : les bénédictions des huiles continuent d’être insérées à la fin du Canon romain et après la communion. Ce maintien partiel de la structure vise à préserver la signification sacramentelle des gestes, tout en les rendant plus intelligibles à l’assemblée des fidèles, désormais davantage impliquée dans la vie liturgique.

La finalité de cette réforme n’est plus d’abord de manifester la dépendance des sacrements à l’Eucharistie, mais de mettre en lumière la diversité et la beauté de la vie sacramentelle de l’Église, dans une visée plus pédagogique que mystagogique. Il s’agit de faire apparaître clairement, dans une optique pastorale, le lien entre les huiles et les différents sacrements qu’elles servent à conférer : baptême, confirmation, ordination, onction des malades.

Néanmoins, cette réforme entraîne une simplification notable des rites :

les gestes riches et symboliques sont en grande partie réduits ou modifiés ;
les oraisons traditionnelles, longues, typiquement théologiques et souvent denses, cèdent la place à des textes plus brefs, au vocabulaire plus accessible, mais parfois moins évocateur ;
l’ensemble de la liturgie gagne en clarté, mais perd la densité mystique qui caractérisait le Pontifical tridentin.



La réforme postconciliaire : une célébration ecclésiologique recentrée sur le ministère

La réforme liturgique promulguée en 1969, dans le sillage du Concile Vatican II, apporte une transformation profonde de la messe chrismale, tant dans sa structure que dans sa théologie. L’intention pastorale qui la sous-tend est claire : faire de cette célébration une manifestation visible de l’unité du presbyterium autour de l’évêque, en insistant davantage sur la dimension communautaire et ministérielle du sacerdoce. Mais ce recentrage entraîne un glissement théologique significatif : la messe chrismale cesse d’être une théophanie eucharistique de la grâce sacramentelle, pour devenir avant tout une mise en scène ecclésiologique du ministère.

La messe chrismale est désormais conçue comme une célébration autonome, pouvant être anticipée à un autre jour de la Semaine sainte, ce qui rompt avec l’antique intégration liturgique au Jeudi saint, jour du mystère sacerdotal par excellence. Les bénédictions des huiles, la plupart du temps, ne sont plus insérées dans le Canon de la messe, ni situées après la communion, possibilité toujours offerte par les rubriques, mais déplacées à un moment distinct, après l’homélie, sous la forme d’un « rite des huiles » détaché de la prière eucharistique. Cette modification n’est pas simplement fonctionnelle, elle fait courir le danger de dissocier les sacrements de l’autel qui en est pourtant la source ontologique.

Une innovation majeure s’ajoute à cette restructuration : le renouvellement solennel des promesses sacerdotales par les prêtres. Cet élément, totalement absent de la tradition liturgique antérieure, constitue une nouveauté radicale introduite sans précédent historique ni enracinement rituel. Son insertion dans la liturgie s’inscrit dans une perspective postconciliaire de valorisation du ministère presbytéral, perçu comme participation collégiale à la mission de l’évêque.

Bien que ce geste ne soit pas le cœur de la célébration, il en devient un moment fort, souvent mis en valeur dans la pratique pastorale contemporaine. Il marque un basculement : la liturgie ne célèbre plus uniquement l’action du Christ dans ses sacrements, mais aussi l’engagement subjectif des ministres eux-mêmes.

Ce recentrage a des conséquences visibles dans le déroulement du rite. La liturgie de la parole est enrichie de textes à portée catéchétique, soulignant la mission prophétique, sacerdotale et royale du peuple de Dieu, tandis que les bénédictions des huiles, bien que conservant des structures anciennes, sont simplifiées dans leur mise en œuvre. Le souffle, les onctions dans les vases, les acclamations comme le Fiat, le chant du O Redemptor : tous ces gestes sont soit abrégés, soit rendus facultatifs, soit tout simplement omis. La densité symbolique et théologique du rite s’en trouve appauvrie.

En somme, la réforme postconciliaire déplace le centre de gravité de la messe chrismale : de l’union sacramentelle des huiles au sacrifice eucharistique, on passe à une célébration de l’Église ministérielle et de la communion presbytérale. L’attention ne se porte plus d’abord sur l’origine du sacrement – le Christ prêtre offrant son sacrifice – mais sur la structure humaine de l’Église et la vie pastorale de ses ministres. La messe chrismale devient alors le miroir d’une Église qui se contemple elle-même, plutôt que d’une Église qui reçoit tout de son Seigneur par l’autel.


Une surcharge rituelle étrangère à la tradition

Au-delà de ces modifications proprement liturgiques, la messe chrismale est devenue un condensé de l’ecclésiologie conciliaire : fête du peuple de Dieu, expression de la communion entre l’évêque et ses prêtres, renouveau des ministères, et, dans certains diocèses, même renouvellement des promesses diaconales.

Parmi les voix critiques les plus éclairées concernant cette mutation, celle de Mgr Léon Gromier mérite une attention particulière. Cérémoniaire pontifical et grand connaisseur des rites romains, Mgr Gromier dénonça avec fermeté la réforme de la Semaine sainte de 1955, qu’il qualifia de « subversion de la tradition romaine sous prétexte de restauration »[10].

Concernant la messe chrismale, il pointait une double contradiction : d’une part, la dislocation du lien entre le sacrifice eucharistique et la consécration des huiles, et d’autre part, l’introduction de structures nouvelles sans fondement traditionnel. Il critiquait notamment l’idée d’une messe distincte pour la bénédiction des huiles, affirmant que « jamais dans la tradition romaine, on n’a séparé la chrismation du cœur même du Sacrifice de la messe »[11]. Pour lui, toute tentative de faire de cette messe un événement ecclésial autonome risquait de transformer un acte de sanctification sacramentelle en une manifestation institutionnelle, perdant ainsi le sens profond du rite.


Annibale Bugnini justifie cette transformation :

L’idée de faire de la messe chrismale une ‘fête sacerdotale’ fut une intuition du pape… Un élément nouveau et séduisant vint s’y ajouter en 1965 : la concélébration eucharistique…[12]

Dans cette optique, la messe chrismale fut repensée comme une célébration collective du ministère ordonné. Selon Bugnini, la liturgie devait devenir l’image vivante du mystère de l’Église et rendre visible la communion du presbyterium autour de l’évêque. Ainsi, les éléments strictement sacramentels furent peu à peu entourés de symboles nouveaux, principalement orientés vers la mise en valeur de l’unité ecclésiale et de l’identité du clergé diocésain.

Ce changement s’est accompagné d’une véritable surcharge rituelle et symbolique. Les bénédictions des huiles sont insérées dans un développement liturgique complexe, incluant désormais : le renouvellement des promesses sacerdotales, les éventuels engagements des diacres, des processions avec les huiles, des acclamations chantées par l’assemblée, des présentations en style narratif des ministères dans le diocèse, et des gestes d’hommage collectif à l’évêque. Loin de constituer un enrichissement homogène, cette accumulation de signes crée une concurrence symbolique, dans laquelle le mystère sacramentel est souvent éclipsé par la célébration de l’ecclésiologie conciliaire.

Bugnini lui-même en décrit la réception contrastée :

Les liturgistes les plus sévères accueillirent le fait avec mauvaise volonté. Ils se résignaient à contrecœur à dire adieu à la liturgie, vieille de plusieurs siècles, qui brodait la Missa chrismatis autour de la consécration des huiles.[13]

L’introduction du renouvellement des promesses sacerdotales, rite, nous le rappelons, totalement inédit dans la tradition romaine, renforça cette orientation communautaire et affective.

Bugnini affirme :

Le renouvellement des engagements sacerdotaux en ce jour particulier est un geste fort, attendu, presque nécessaire, pour réaffirmer publiquement le lien entre le prêtre et son évêque, et la fidélité à leur mission.[14]

Dans plusieurs diocèses, cette pratique est étendue aux diacres, qui renouvellent eux aussi leurs engagements liturgiques. Ce développement, non prévu par les rubriques, brouille la hiérarchie des ordres et tend à transformer un rite sacerdotal en simple fête de la communauté chrétienne locale. Le sens sacramentel se trouve ainsi enfoui sous une avalanche de gestes et de discours pastoraux.

À cela s’ajoute le contenu des homélies épiscopales, souvent éloignées de toute explication doctrinale sur les sacrements et leur efficacité. Beaucoup d’évêques choisissent d’orienter leur prédication vers des bilans pastoraux, des appels à l’unité diocésaine ou des exhortations communautaires, reléguant ainsi la dimension sacramentelle à l’arrière-plan. La messe chrismale devient alors un exercice de communication ecclésiale, parfois politique, au détriment de la mystagogie et de la catéchèse liturgique.

Cette surcharge nuit gravement à la lisibilité sacramentelle du rite. Ce qui devait être une catéchèse sacramentelle, selon l’intention de Pie XII, devient une célébration institutionnelle et identitaire. Le rite, au lieu de manifester la dépendance des sacrements envers le sacrifice du Christ, tend à exprimer avant tout une auto-célébration de l’Église locale et de ses ministres. La parole liturgique se fragmente en discours multiples, souvent anecdotiques ou circonstanciels, perdant de vue l’unité profonde de l’action sacrée centrée sur le Christ et sa Croix.

Bugnini insiste lui-même sur ce tournant :

Il valait la peine de sacrifier une préférence traditionnelle […] afin de mettre en lumière la communion visible du presbyterium autour de son évêque, dans une liturgie pleinement adaptée aux temps nouveaux.[15]

Cette déclaration résume la logique de la réforme : abandonner la symbolique sacramentelle héritée de siècles de tradition pour faire place à une nouvelle rhétorique liturgique, fondée non plus sur le mystère, mais sur la visibilité ecclésiale du rite : au lieu d’une pédagogie de la grâce, on assiste à une emphase sur la communion affective, parfois au détriment de la doctrine. La parole liturgique se fragmente en discours multiples, souvent anecdotiques ou circonstanciels, perdant de vue l’unité profonde de l’action sacrée centrée sur le Christ et sa Croix.

L’urgence de retrouver la source

Le glissement de la messe chrismale, d’une épiphanie sacramentelle centrée sur le sacrifice du Christ vers une célébration communautaire à fonction identitaire, reflète une évolution profonde de la théologie liturgique contemporaine. Ce déplacement n’est pas purement formel, mais touche au cœur même de la liturgie : sa finalité, son langage, et sa structure théologique.

Alors que Pie XII, dans une volonté claire de réforme pédagogique, souhaitait offrir aux fidèles une liturgie profondément eucharistique et catéchétique, les réformes postconciliaires ont progressivement substitué à cette logique une conception horizontale de la liturgie. Celle-ci se présente désormais comme une manifestation de la communion ecclésiale, centrée sur l’évêque et son presbyterium, au détriment de la catéchèse des sacrements.

Josef Ratzinger — futur Benoît XVI — notait avec justesse :

Ce qui était autrefois tourné vers Dieu s’est peu à peu replié sur la communauté. L’autocélébration de la communauté a remplacé l’acte d’adoration.[16]

Ce repli s’exprime particulièrement dans la messe chrismale moderne, où la prédication épiscopale ne porte plus sur la nature et la puissance des sacrements, mais sur des préoccupations pastorales, des bilans diocésains ou des appels à la synodalité. L’évêque devient moins le ministre sacramentel du Christ que l’animateur visible d’une communauté en chemin.

Le liturgiste Mgr Klaus Gamber, dans ses écrits prophétiques, dénonçait déjà cette évolution :

Au lieu de s’interroger sur le développement organique de la liturgie, on a introduit de nouveaux rites nés dans les bureaux, coupés de toute tradition vivante, orientés davantage vers une idéologie que vers la foi.[17]

Ainsi, ce que Pie XII avait conçu comme une liturgie catéchétique, centrée sur la grâce sacramentelle dérivant de l’unique sacrifice du Christ, a été peu à peu transformé en manifestation symbolique d’une communion ecclésiale conçue avant tout comme visible, participative et ministérielle. L’effacement progressif du lien entre Eucharistie et sacrements, la dilution du langage théologique dans les oraisons, et l’inflation des gestes symboliques fondés sur une ecclésiologie horizontale ont vidé le rite de sa densité mystagogique.

Il est temps de redonner à la messe chrismale sa portée originelle : celle d’un acte sacramentel inséré dans le sacrifice du Christ, source de toute onction et de toute sanctification. Le rite traditionnel en offre une expression sobre, majestueuse, doctrinalement rigoureuse et spirituellement féconde. Le restaurer, ce n’est pas revenir en arrière : c’est rétablir un lien vital entre les sacrements et leur source eucharistique, entre l’action liturgique et la rédemption du monde.

Servir la vérité liturgique, c’est honorer le mystère pascal du Christ, célébré dans son Église avec fidélité, sobriété et foi.

Bibliographie
1. Sources liturgiques et historiques
G DURAND, Rationale divinorum officiorum, éd. A. Davril & T. Thibodeau, Turnhout, Brepols, 1995.
Pontificale Romanum (éd. 1595-1596), rééd. Libreria Editrice Vaticana.
Sacramentaire Gélasien, éd. H. Wilson, The Gelasian Sacramentary, Oxford, 1894.
Sacramentaire Grégorien, éd. Dag Norberg, Paris, CNRS, 1985.
Ordo Romanus I, éd. M. Andrieu, Les ordines romani du haut Moyen Âge, vol. III, Louvain, 1951.

2. Études historiques et critiques
H. SCHMIDT, Die Formularien der Chrisammesse in den alten römischen Sacramentarien , Ephemerides Liturgicae, t. 71, 1957, p. 733-736.
L. GROMIER, Commentaires sur la réforme de la Semaine Sainte, in : Ephemerides Liturgicae (divers articles, années 1951-1962).Ephemerides Liturgicae (divers articles, années 1951-1962).
A. BUGNINI, La réforme de la liturgie 1948-1975, trad. fr. P.-M. Gy, Cerf, 1998.
K. GAMBER, La Réforme liturgique en question, trad. fr., DMM, 1992.
J.-F. Thomas, La liturgie : art sacré, théologie et vie mystique, Via Romana, 2017.

3. Théologie liturgique et mystagogie
J. LECLERCQ, La Semaine Sainte dans la liturgie romaine, Solesmes, 1951.
L. BOUYER, Le Mystère pascal, Cerf, 1945.
P. GUERANGER, L’Année liturgique. Le Temps de la Passion et la Semaine Sainte, Solesmes.
J. RATZINGER (Benoît XVI), L’esprit de la liturgie, trad. fr., Ad Solem, 2001.
J. HANI, Le symbolisme du culte chrétien, L’Âge d’Homme, 1995.

Voir aussi : le La réforme de la Semaine Sainte de 1955 – 5ème partie – La messe du Jeudi Saint & le Mandatum

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Notes de cet article sur la messe chrismale
Notes : (↵ reviens au texte)
Institutio Generalis Missalis Romani, citée par G. TORNAMBE, « Évolution des rites de la Missa chrismatis« , Revue des sciences religieuses, 90/1 (2016), p. 81–103.↵
Sacramentarium Gelasianum, éd. H.A. Wilson. Oxford : Clarendon Press, 1894↵
H. SCHMIDT, « Formularia liturgica Feria V in Cena Domini : Considerationes criticæ », Ephemerides Liturgicæ, 71 (1957), p. 733–736.↵
Sacramentarium Gregorianum, éd. L.C. Mohlberg. Rome : Herder, 1960↵
H. SCHMIDT, OP.CIT.↵
M. ANDRIEU, Les Ordines Romani du Moyen-Age, I-V, Spicilegium Sacrum Lovaniense 11, 23, 24, 28, 29 ), Louvain, 1931-1961.↵
Rational ou Manuel des Divins Offices de Guillaume Durand, évêque de Mende au treizième siècle, ou, Raisons mystiques et historiques de la liturgie catholique, 4 vol. , Nabu Press, 2010↵
Pontificale Romanum, editio Clementina (1595–1596).↵
Maxima Redemptionis nostræ mysteria, décret de la Sacrée Congrégation des Rites, Rome, Vatican, 16 novembre 1955.↵
L. GROMIER, Conférence sur la réforme de la Semaine Sainte, prononcée à Paris, 1960. Reproduit dans Una Voce, n° 117, 1981, p. 3.↵
Ibid.↵
A. BUGNINI, La riforma liturgica (1948-1975), Edizioni Liturgiche, Roma, 1983, p. 334.↵
Ibid., p. 335.↵
Ibid., p. 336↵
Ibid., p. 337.↵
J. RATZINGER, L’esprit de la liturgie, Ad Solem, 2001, p. 91.↵
K. GAMBER, La réforme de la liturgie romaine, Sainte-Madeleine, 1992, p. 67).↵

images/icones/carnet.gif  ( 991705 )À force de déplacer le débat, par Réginald (2025-09-04 17:57:21) 
[en réponse à 991703]

on finit par ne plus débattre du tout. Je vous laisse donc le dernier mot.
images/icones/1a.gif  ( 991706 )Un prêtre attaché par ptk (2025-09-04 18:01:10) 
[en réponse à 991705]

au rite catholique romain ne peut que récuser cette invention absurde qu'est la Messe chrismale.

Si l'évêque veut réunir ses prêtres autour de lui qu'il les invité à déjeuner.
images/icones/iphone.jpg  ( 991683 )Je voulais être indulgent par Vincent F (2025-09-04 12:04:50) 
[en réponse à 991673]

Vous auriez été plus proche de la réalité si vous aviez écrit que Pire Vivante n’est même plus utilisée depuis 30 ans. Maintenant c’est coloriage et collage de papier.

Quant à la catéchèse des adultes, inconnue au bataillon.
images/icones/1v.gif  ( 991715 )Petit rappel sur ce livre par Adso (2025-09-05 10:17:35) 
[en réponse à 991673]

Je suis un peu paresseux, j'ai demandé à dame Hya :)

Le catéchisme Pierres Vivantes, publié en France en 1981, a suscité un débat intense au sein de l'Église catholique, mais il n’a jamais été officiellement déclaré hérétique. Voici un résumé des principaux problèmes soulevés :

???? Origine et intention
Pierres Vivantes n’était pas un catéchisme au sens strict, mais un recueil de textes bibliques destiné à accompagner les parcours catéchétiques pour les enfants de 8 à 12 ans 1.
Il visait à renouveler la pédagogie catéchétique après le Concile Vatican II, en utilisant des méthodes actives et en mettant l’accent sur l’expérience de vie des enfants.
⚠️ Critiques principales
Critique doctrinale :

Le cardinal Joseph Ratzinger (futur Benoît XVI) a dénoncé une grande pauvreté doctrinale, notamment l’absence de distinction claire entre les textes bibliques et leur commentaire1.
Le plan du livre commençait par l’Exode plutôt que la Création, ce qui traduisait une vision théologique centrée sur l’histoire humaine plutôt que sur Dieu lui-même 1.
Critique pédagogique :

La méthode active utilisée, bien qu’innovante, reposait sur une confiance excessive dans la critique biblique moderne, parfois au détriment de la clarté doctrinale pour les enfants 1.
Critique ecclésiale :

Le Vatican n’a jamais donné une approbation canonique formelle à Pierres Vivantes, ce qui a alimenté les tensions entre Rome et les évêques français 2.
Des groupes traditionalistes ont accusé le texte de déformer la foi catholique, et ont demandé l’intervention directe du pape contre les évêques français 2.
✅ Révisions et conséquences
Une seconde édition a été publiée en 1985 pour répondre aux critiques du Vatican.
Finalement, Rome a demandé un catéchisme universel, ce qui a conduit à la publication du Catéchisme de l’Église catholique en 1992.
???? Conclusion
Pierres Vivantes n’est pas hérétique, mais il a été jugé insuffisant sur le plan doctrinal et pédagogique par Rome. Il représente une tentative de réforme catéchétique qui a échoué à trouver un équilibre entre innovation pédagogique et fidélité au magistère.
images/icones/fleche3.gif  ( 991677 )J'entends par là... par Pétrarque (2025-09-04 11:35:13) 
[en réponse à 991533]

...une messe dans laquelle un fidèle puisse avoir entière confiance, partout et toujours. Donc la messe traditionnelle.

Le catéchisme de 1992 n'est pas un outil catéchétique utilisable en paroisse avec des enfants.

Les contenus utilisés dans les paroisses ne sont pas, dans la plupart des cas, de vrais catéchismes, dans la mesure où il ne dispensent pas de façon complète, satisfaisante et catholique les trois connaissances nécessaires au salut.

Une messe de Paul VI qui n'est pas célébrée dans un sens pleinement catholique (c'est à dire, malheureusement, dans beaucoup de cas) est effectivement fausse, avec les doutes inhérents sur sa validité.

images/icones/carnet.gif  ( 991721 )Réflexions attentistes par le torrentiel (2025-09-05 11:21:01) 
[en réponse à 991330]

Bonjour à tous,

Cet article est intéressant et me donne envie de proposer des réflexions à deux niveaux.

1. Un pontificat en différence d'attitudes et de spiritualité.

a) La synodalité.

Le pape Léon XIV semble pratiquer "le synode comme écoute et non comme parlote. Ce que j'ai retenu de plus intéressant de la lecture du livre de mon ami René Poujol, "le Synode, c'est maintenant" récemment publié aux éditions Salvator, c'est la méthode de la "conversation dans l'Esprit", où chacun commence par donner son point de vue dans un premier tour de table; dans un second tour, on reprend ce que l'autre nous a dit et qui nous a interpellés positivement et dans un troisième tour, on recherche un consensus.

On pourra dire que cette méthode est commune aux Francs-maçons et à pas mal de groupes de parole au sein du milieu associatif. On peut également ne pas être dupe du fait que le synode est ordonné à une redistribution du pouvoir au sein de l'Église, qui lutte en interne un peu comme s'il n'y avait plus que du pouvoir à partager au sein d'une institution qui n'est plus guère audible et devrait donc avoir d'autres priorités: celle de communiquer ou d'évangéliser. Les milieux traditionalistes ont perçu dès l'époque de Jean Madiran que le synode était l'aboutissement du néoconciliarisme. Le rapport Sauvé avait tenté d'introduire l'agenda d'un Vatican III dans une Église qui n'a pas mordu à l'hameçon, car on ne transforme pas plus facilement la foi avec des affaires de moeurs qu'on ne recouvre de bonnes moeurs parce qu'on a retrouvé la foi. L'agenda de Vatican III n'a pas pris dans l'Église. Mais plus besoin de Vatican III si le synode devient un concile permanent.

Or le synode est avant tout une méthode de la "conversation dans l'Esprit" qui vise à développer une qualité d'écoute et donc de silence peut être retournée contre le but initial de ceux qui ont brandi le synodalisme comme un militantisme avec des schémas cachés de réforme de l'Église. L'écoute s'impose, car "marcher ensemble sous la conduite de l'Esprit" n'implique pas que nous ayons toujours des décisions à prendre. S'écouter pour se connaître et cheminer ensemble est bien plus important. Léon XIV semble être adepte de cette manière de pratiquer la synodalité comme écoute plutôt que comme méthode de discernement. Et ce n'est pas étonnant: François était jésuite quand Léon est augustinien. Le jésuite pèse le pour et le contre pour choisir parfois douloureusement, mais toujours rationnellement en ayant conscience de ce qu'il gagne et de ce qu'il perd. Il n'est pas dans l'"aussitôt" qui a fait quitter leur barque et leur père aux fils de Zébédé. Le disciple de saint augustin est dans une écoute intérieure qui le prédispose à accueillir la parole émanée non de son colloque singulier avec sa conscience, mais du silence. L'écoute de Dieu qui émane du silence et le tutoiement de la conscience se font extérieurs à la conscience elle-même. Ce n'est plus elle qui se parle, c'est Dieu qui lui murmure ou l'interpelle. De cette écoute peut naître une véritable rencontre avec les personnes, car cette écoute n'est pas projective. Est-ce cette écoute que le pape Léon a pratiquée dans son ministère péruvien là où il semblait souvent que François qui aimait le silence dans la liturgie et lui donnait une grande place, développait une "théologie confuse" où le Christ était davantage le frère universel que le Fils de Dieu et s'échauffait de l'idée de fraternité comme si l'envers de la fraternité n'était pas le fratricide, comme si le péché originel venant à se concrétiser n'était pas le meurtre d'Abel par Caïn et comme s'il allait de soi que tous nos frères ne peuvent que penser comme nous. Confusion qui fait que les jésuites sont des ennemis du scrupule, comme l'a montré Pascal avec une ironie mordante dans les Provinciales, Pascal dont François a voulu redorer le blason dans un partage littéraire dédié et qui n'était pas sans qualité.

b) La remise en ordre de l'écologie.

François assurait que l'écologie intégrale incluait l'humanisme intégral. Lors de son "intronisation", il avait insisté sur la dimension franciscaine de l'homme comme "gardien de la Création". Mais peu à peu, la maison commune avait fait céder le pas à l'homme en raison duquel elle existait. François avait beau parler de "la fin dans le monde", l'impératif écologique l'avait éclipsée. Il semble que Léon XIV rompe avec "l'éco-idolâtrie" bien nommée par cet article et qui provoque une inversion du regard où l'homme borne ses ambitions à la terre où il abaisse ses regards plutôt que d'élever ses yeux au ciel ou vers le ciel, comme les disciples regardant Jésus les quitter à l'Ascension, lorsqu'Il monte vers ce ciel d'où Il attirera tout à Lui, selon la promesse qu'Il a faite.

c) Attraction dans un salut qui n'est pas automatique, mais suppose une inflexion de l'homme se convertissant pour accepter ce salut et désirer le mettre en oeuvre en menant le plus dur des combats qui est le combat spirituel. Léon XIV s'est déclaré prisonnier des Romains à la manière de saint Jean Damascène au premier jour de sa prise de fonction, ce qui a fait dire à Philippe de Villiers qu'il allait s'"abandonner à sa fonction". C'était bien vu. L'exemple invoqué par cet article sur la manière dont le pape traite la figure de Judas isscariote rappelle à bon escient que "le salut n'est pas automatique", que "Judas sest exclu du salut de son propre chef", selon l'idée augustinienne traditionnelle qui n'est pas sans susciter d'autres questions que "Dieu qui nous a créés sans nous ne peut pas nous sauver sans nous". Et l'article de citer le Catéchisme de saint Pie X qui est un manuel de pondération dans la repentance et dans la pénitence: « Personne ne peut nier que c'est une vertu de s'affliger au moment, de la manière et au degré requis. Gérer ainsi sa douleur relève de la vertu de pénitence. Certains éprouvent une douleur sans commune mesure avec leurs crimes. […] D'autres, au contraire, cèdent à une telle mélancolie et à un tel abattement qu'ils abandonnent tout espoir de salut. […] Tel était certainement l'état de Judas qui, se repentant, se pendit, perdant ainsi corps et âme. La pénitence, donc, considérée comme une vertu, nous aide à réguler avec modération notre sentiment de douleur. »La modération de la vertu grecque s'est transportée au centre de la romanité catholique.


2. Ce qui ne laisse pas d'être déroutant chez Léon XIV, c'est qu'il dit avec fermeté des mots tendres, et cela dès les premiers mots de son discours très écrit prononcé à la loggia de la chapelle sixtine, un discours si écrit que le P. Gilles routier, accompagnateur du synode et correspondant de "Radio canada", pouvait dire de lui qu'il connaissait bien: "C'est un homme qui pense avant de parler", au contraire de son prédécesseur qui semblait souvent parler avant de réfléchir.

Il y a quelque chose de sévère dans la présentation et dans la tenue de Léon XIv. Le hiératisme de Benoît XIV avc quelque chose de l'athlétisme de Jean-Paul II. En lui semblent se joindre la fermeté de "l'athlète de Dieu" et l'humilité de "l'humble ouvrier de la vigne du Seigneur" comme se définissait Benoît XVI, qui n'a jamais trouvé ses marques dans sa fonction de successeur de JeanPaul II, comme il n'est pas certain que Léon XIV trouve les siennes en tant que successeur de François, s'il n'impose pas sa personnalité au-delà d'une rupture avec le style de son prédécesseur. Car François avait semblé faire intégrer à l'Église qu'il serait une sorte de pape de la fin du monde, soit que celui-ci fût dans les derniers temps, soit qu'il n'eût plus besoin d'un homme exerçant la fonction pontificale.

Enfin, il n'est pas jusque dans son écriture que Léon ne semble manier deux veines: une veine douce, jusqu'à l'évidence de la spiritualité, qui fait de Dieu un compagnon de l'homme au jour le jour (et du reste, cet article donne comme une évidence que "Dieu est au service de l'homme"). Aux jeunes, il semble donner des "pensées du jour" comme autant de routines spirituelles permettant de manier avec facilité un chemin dont par ailleurs, il souligne l'escarpement qu'il développe dans sa seconde veine littéraire. C'est cette ligne de crête qui semble être la marque ou le clivage de Léon. Pourra-t-il montrer ce qui chez lui domine, de la souplesse ou de la raideur?