CHAPITRE XXIV
(SUITE DU PRECEDENT)
Tibère avait son serpent familier qui le suivait partout et ; qu’il nourrissait lui-même de sa propre main, manua sua. Pendant sa retraite à Caprée, il lui prit un jour fantaisie de revoir Rome. Il n’était plus qu’à sept milles de cette capitale, lorsqu’il demande son serpent pour lui donner à manger, quum ex consuetudine manu sua cibaturus.
Or, le serpent avait été dévoré par les fourmis ; et l’oracle consulté, ayant déclaré cet accident de mauvais augure, l’empereur prit le parti de retourner immédiatement à Caprée (Sueton., in Tiber., c. 72. Néron portait comme talisman une peau de serpent liée autour du bras (Camerar., ubi suprà.) Mieux que cela : «Plusieurs médailles de Néron, dit Montfaucon, attestent que ce prince avait pris le Serpent pour patron»(Antiq. expliquée, lib. I.) Il faut ajouter : et pour protecteur.
Ainsi, à Rome, sur les murs de la maison d’or de Néron, le voyageur lit encore l’inscription qui menace de la colère du Serpent quiconque se permettrait de déposer des ordures près de la demeure impériale.
A l’exemple des empereurs, les dames romaines avaient aussi des serpents familiers. Tantôt elles se les passaient autour du cou en guise de colliers ; tantôt elles jouaient avec ces reptiles qui, pendant les repas, montaient sur elles et se glissaient dans leur sein. Dans cette familiarité avec le Serpent, les hommes comme il faut imitaient les femmes.
Les provinces imitaient la capitale. A Pompéi, on voit encore les sanctuaires des dieux, tutélaires des rues, appelés Lares compitales. Les fresques représentent les sacrifices offerts à ces divinités. Or, presque partout, ces divinités sont deux serpents qui engloutissent les mets consacrés. Babylone et Pompéi se ressemblent : l’Orient et l’Occident pratiquent le même culte.
Dans la même ville, sur les murailles de Pistrinae, lieux où l’on manipulait la pâte, est peint le sacrifice à la déesse Fornax. La scène est couronnée par les deux serpents, qui jouent un si grand rôle parmi les divinités de Pompéi. L’image de la divinité favorite se retrouve jusque dans les ornements de toilette. C’est par nombre que nous avons compté les bracelets d’or en forme de serpents, dont les dames de Pompéi s’ornaient le haut du bras et le poignet.
Dans les Gaules, les Druides portaient des amulettes en pierre, représentant un serpent. Le culte de l’odieux reptile y était tellement répandu, que les premiers missionnaires du Christianisme eurent à combattre, ainsi que nous l’avons vu, des Dragons monstrueux, redoutables divinités du pays.
Aux faits déjà cités ajoutons le suivant : Saint Armentaire arrivant dans le Var fut obligé de combattre un Dragon. Le lieu du combat s’appelle encore le Dragon ; et le combat même a donné son nom à la ville de Draguignan .Suivant les circonstances et le génie des peuples, le Père du mensonge, sous la forme préférée du serpent, s’est manifesté comme une divinité bienfaisante ou comme un dieu malfaisant. L’amour ou la crainte ont enchaîné l’homme à ses autels.
De là cette judicieuse remarque du savant M. de Mirville : « Le Serpent ! Toute la terre l’encense ou le lapide. » (Pneumatalog. II, mém., t. II, p. 431.)
Les Lithuaniens, les Samogitiens et autres peuples du Nord, n’étaient pas moins fidèles adorateurs du Serpent. Ils l’appelaient surtout à sanctifier leur table. Dans un coin de leurs huttes, comme dans les temples de l’Égypte, étaient entretenus des serpents sacrés. A certains jours, on les faisait monter sur la table, au moyen d’un linge blanc qui descendait jusqu’à leur repaire. Ils goûtaient à tous les mets, puis rentraient dans leur trou. Les viandes étaient sanctifiées et les barbares mangeaient sans crainte.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde