CHAPITRE XXIII
HISTOIRE SOCIALE DES DEUX CITÉS.
Qu’on nous pardonne de profaner les noms : Delphes est le Sinaï de l’antique serpent, séducteur du genre humain (C’était le foyer religieux du monde païen ; de là vient qu’Ovide l’appelle umbiculum orbis); Lycurgue est son Moïse. Sparte et les autres républiques de la Grèce, Rome elle-même, qui empruntèrent à Lacédémone une partie de leurs lois (Porphyr. apud Euseb., lib. V, c. xxvii), forment son peuple.
De retour à Sparte, Lycurgue fait conserver précieusement l’oracle de Delphes dans les archives sacrées de la ville, comme Moïse lui-même les tables de la loi dans l’arche d’alliance (Voir Plutarque, Disc. contre Colotès, c. XVII.) La parodie est complète. Telle est, au rapport des païens eux-mêmes, l’origine d’une législation que depuis la Renaissance les chrétiens font admirer à leurs enfants !
Dans la Vie de Thésée, fondateur d’Athènes, Plutarque a soin de remarquer que ce législateur ne manqua pas, lui aussi, de prendre les conseils du serpent Python.
Mais laissons la Grèce, et venons à Rome. Voici la ville mystérieuse qui, par l’accroissement irrésistible de sa puissance, absorbera la plus grande partie du monde, et de tous les empires fondés par Satan, ne formera qu’un seul empire, dont elle sera la capitale. Quelle fut sur la fondation de Rome l’influence du serpent législateur ? Il est facile de prévoir qu’elle doit être ici plus marquée que partout ailleurs : la prévision n’est pas chimérique.
Avant même qu’elle existe, Satan commence par déclarer que cette ville sera la sienne, et il en prend possession de la manière la plus solennelle. Par ses ordres, des prêtres initiés à ses plus secrets mystères sont mandés de Toscane, pour accomplir les cérémonies avec lesquelles doit être fondée la future capitale de son empire.
«Romulus, dit Plutarque, dans le vieux français d’Amyot, ayant enterré son frère, se mit à bâtir et à fonder sa ville envoyant quérir des hommes en la Toscane, qui lui nommèrent et enseignèrent de point en point toutes les cérémonies qu’il avait à y observer, selon les formulaires qu’ils en ont, ni plus ni moins que si c’était quelque mystère ou quelque sacrifice.
« Si firent tout premièrement une fosse ronde, au lieu qui, maintenant, s’appelle Comitium, dedans laquelle ils mirent des prémices de toutes les choses ; puis, y jetèrent aussi un peu de terre d’où chacun d’eux était venu et mêlèrent le tout ensemble : cette fosse en leurs cérémonies s’appelle le Monde. A l’entour de cette fosse, ils tracèrent le pourpris de la ville qu’ils voulaient bâtir, ni plus ni moins que qui décrirait un cercle à l’entour d’un centre.
« Cela fait, le fondateur de la ville prend une charrue, à laquelle il attache un soc de fer, et y attelle un taureau et une vache, et lui-même conduisant la charrue tout à l’entour du pourpris, fait un profond sillon, et ceux qui le suivent ont la charge de renverser au dedans de la ville, les mottes de terre que le soc de la charrue enlève, et n’en laisser pas une tournée au dehors. Au lieu où ils ont pensé faire une porte, ils ôtent le soc, et portent la charrue, en laissant un espace de la terre non labouré.
D’où vient que les Romains estiment toute l’enceinte des murailles sainte et sacrée, excepté les portes. Pour que si elles eussent été sacrées et sanctifiées, on eût fait conscience d’apporter dedans et d’emporter hors de la ville par icelles, aucunes choses nécessaires à la vie de l’homme, qui toutefois ne sont pas pures». (Vie de Romulus, c. VI).
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde