CHAPITRE XXII
Le lieu du meeting est ordinairement en forme d’ovale. A une extrémité on construit l’estrade pour les prédicants ; ils sont toujours en nombre. Cette espèce ne manque malheureusement pas en Amérique. De chaque côté, en forme de fer à cheval, on dresse des tentes, et l’on place derrière les voitures et les chevaux. Tout au tour, sur des poteaux, sont des lampes ou des torches qui jettent une lueur blafarde.
Le centre est vide. C’est là que se tient le peuple pendant le meeting. Vers neuf ou dix heures du soir, au signal donné, les ministres montent sur l’estrade ; le peuple accourt, se tient debout ou assis sur l’herbe.
Un ministre commence quelques prières, puis déclame un petit speech : c’est le préambule. Plusieurs autres se succèdent et cherchent à échauffer l’enthousiasme.
Bientôt la scène s’anime et prend un étrange aspect. Un des ministres entonne d’une voix lente et grave un chant populaire (C’est le carmen, usité dans toutes les évocations) ; la foule accompagne sur tous les tons : puis, le ministre grossit la voix et va toujours crescendo, en accompagnant son chant des gestes les plus excentriques. La Sybille n’était pas plus tourmentée, sur son trépied. On chante, on déclame tour à tour, et l’enthousiasme augmente.
Cela dure des heures entières ; l’excitation finit par arriver à un point dont il est impossible de donner l’idée. Entre autres exclamations qu’on entend retentir citons celle-ci : Dans la Nouvelle Jérusalem, nous aurons du café sans argent et du vieux vin. Alleluia !
Bientôt toute cette foule qui remplit l’enceinte se mêle, se heurte, le tout au milieu des cris, des danses, des gémissements et des éclats de rire. L’esprit vient ! l’esprit vient ! Oui, il vient en effet ; mais ce doit être un esprit infernal, à voir ces contorsions, à entendre ces hurlements.
C’est alors un pêle-mêle, un tohu-bohu digne de petites-maisons. Les hommes se frappent la poitrine, se balancent comme des magots chinois, ou exécutent des évolutions comme des derviches. Les femmes se roulent par terre, les cheveux épars. Les jeunes filles se sentent soulever dans les airs et sont en effet transportées par une force surnaturelle.
Cependant les ministres, qui semblent livrés à la même folie, continuent de chanter et de se démener comme des possédés : c’est une confusion complète, un chaos... au loin la pudeur, la morale, tout est pur pour ces énergumènes.
Dieu pardonne tout. Honte et infamie sur les chefs aveugles d’un peuple aveugle !... Les étoiles du firmament répandent une douce clarté sur cet affreux tableau ; parfois le vent mugit dans la forêt, et les torches font apparaître les hommes comme des ombres. La nuit se passe de la sorte. Le matin, toute cette foule est étendue inerte, épuisée, harassée.
Le jour est donné au repos, et la nuit suivante on recommence (Histoire d’un meeting de 1863, Extraits des journaux américains). Voilà ce qui se fait dans la secte puritaine des méthodistes. Qui oserait raconter ce qui a lieu chez les Mormons ?
Nous sommes donc en droit de le répéter : Poursuivre le Verbe Incarné dans l’homme Son frère et Son image ; le poursuivre en singeant, pour le perdre, tous les moyens divinement établis pour le sauver ; le poursuivre sans relâche et sur tous les points du globe ; le poursuivre d’une haine qui va jusqu’au meurtre du corps et de l’âme : telle est l’unique occupation du Roi de la Cité du mal.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde