CHAPITRE XXII
On sait qu’avant de rien commencer d’important, l’ancien peuple de Dieu avait ordre de consulter l’oracle du
Seigneur: os Domini. L’Évangile n’a rien changé à cette prescription. Ne voyons-nous pas le nouveau peuple de Dieu, l’Église catholique, fidèle à implorer les lumières du Saint-Esprit, afin de savoir, dans les circonstances importantes, ce qu’il convient de faire et la manière de le faire ?
Tant qu’elles furent chrétiennes, les nations de l’Orient et de l’Occident ne s’adressèrent-elles pas au Souverain Pontife, oracle vivant du Saint-Esprit, pour lui demander des règles de conduite, en le priant de décider entre le vrai et le faux, entre le juste et l’injuste ? Qu’est-ce que cela, sinon consulter l’oracle du Seigneur : os Domini ? Dans leur vie privée, les catholiques eux-mêmes, qui ont conservé la foi aux rapports nécessaires du monde supérieur avec le monde inférieur, se montrent religieux observateurs de cette pratique. Qu’est ce enfin que cela, sinon consulter l’oracle du Seigneur os Domini ?
Il est bien évident qu’un usage, si propre à obtenir la confiance et les hommages des hommes, Satan a dû le contrefaire à son profit : avant d’en avoir les preuves, on en a la certitude. Que voyons-nous, en effet, chez tous les peuples païens ? Des oracles qu’on va consulter sur les choses de la guerre et de la paix, sur les calamités publiques et sur les chagrins domestiques, sur les mariages, sur les entreprises commerciales et sur les maladies.
Ces oracles sont tellement respectés, que les plus fiers généraux n’osent se mettre en campagne, sans les avoir interrogés. Ils sont tellement nombreux, que Plutarque n’a pas craint d’écrire ce mot célèbre : « Il serait plus facile de trouver une ville bâtie en l’air, qu’une ville sans oracles. » (Voir aussi Theatrum magnum vitae humanae, art. 0racula). Pour tous les peuples de l’antiquité, l’existence des oracles sataniques était donc un article de foi et la base de la religion.
Quant à la manière dont ils se rendaient, si étrange qu’elle paraisse, elle n’a rien qui doive étonner, rien qui touche à la certitude du phénomène. Comme le corps est sous la puissance de l’âme, qui le fait mouvoir et parler ; ainsi le monde matériel dans toutes ses parties est soumis au monde des esprits, et particulièrement des esprits mauvais qui en sont appelés les modérateurs et les gouverneurs : rectores mundi tenebrarum harum.
Dès lors, pour rendre leurs oracles, tout leur est bon : un serpent ou un morceau de bois, comme dans l’Écriture ; une table, comme on le voit dans Tertullien ; un homme ou une femme, comme on le voit dans l’histoire sainte et dans l’histoire profane ; un chêne, comme on le voit dans Plutarque ; une statue de bronze, comme la statue de Memron ; une fontaine, comme celle de Colophon ou de Castalie ; une fève, un grain de froment, les entrailles d’un animal, une chèvre, un corbeau, comme on le voit dans Clément d’Alexandrie et dans vingt auteurs païens. « Rien, ajoute Porphyre, n’est plus évident, ni plus divin, ni plus dans la nature que ces oracles».
Cependant, si abominable qu’il soit, le sacrifice du corps, tant de fois commandé par les oracles, ne suffit pas au démon. Sa haine en exige un autre plus abominable encore : c’est le sacrifice de l’âme. Comme il inspire le premier, il inspire le second.
Dans la Cité du bien, le but final du sacrifice, comme de toutes les pratiques religieuses, est de réparer ou de perfectionner dans l’âme l’image de Dieu, afin que, rendue semblable à son Créateur, elle entre au moment de la mort en possession des félicités éternelles. Dépouiller l’âme de sa beauté native en la dépouillant de sa sainteté, c’est-à-dire effacer en elle jusqu’aux derniers vestiges de ressemblance avec Dieu, afin qu’au sortir de la vie elle devienne la victime éternelle de son corrupteur : tel est le but diamétralement contraire du Roi de la Cité du mal.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde