CHAPITRE XXI
(AUTRE SUITE DU PRÉCÉDENT.)
A ce point de vue, l’anthropophagie religieuse est beaucoup plus ancienne qu’on ne pense. Nul peuple ne l’a pratiquée avec plus d’effronterie et sur une plus grande échelle que les Romains. Qu’étaient-ce, en dernière analyse, que les combats de gladiateurs, les jeux sanglants de l’amphithéâtre, sinon de vastes festins de chair humaine ?
Comme chez les sauvages, ils étaient donnés pour remercier les dieux de quelque victoire. Ainsi, le même esprit qui les ordonnait autrefois les commande aujourd’hui : là, sous le nom de Mars ou de Jupiter ; ici, sous le nom de Fétiche ou de Manitou. L’Océanien mange ses victimes avec les dents, tandis que le Romain les dévorait des yeux et les savourait avec délices.
L’Océanien est un sauvage inculte, le Romain était un sauvage policé. Mais, dans l’un comme dans l’autre, on trouve la soif naturellement inexplicable de sang humain. Croire que l’anthropophagie fut inconnue des peuples de l’ancien monde serait une erreur. Jusqu’au neuvième siècle, elle régnait en Chine, à Pégu, à Java et chez les peuples de l’Indo-Chine. Les condamnés à mort, les prisonniers de guerre étaient tués et dévorés : on servait des pâtés de chair humaine .
« Vue à travers Rome chrétienne, dit à ce sujet M. L. Veuillot, l’antique Rome inspire aussitôt le dégoût. Ces grands Romains, ces maîtres du monde n’apparaissent plus que comme des sauvages lettrés. Y a-t-il chez les cannibales rien de plus atroce, de plus abominable ou de plus abject, que la plupart des coutumes religieuses, politiques ou civiles des Romains ? Y voit-on une luxure plus effrénée, une cruauté plus infâme, un culte plus stupide ? Quelle différence même de forme peut-on signaler entre le Fétiche et le dieu Lare ? Quelle différence entre le chef de horde anthropophage qui mange son ennemi vaincu, et le patricien qui achète des vaincus pour qu’ils se combattent et se tuent dans les festins ?» (Parfum de Rome. -Le sot païen).
On le voit, entre les circonstances qui accompagnent le sacrifice dans la Cité du bien, comme dans la Cité du mal, le parallélisme est complet. Il ne l’est pas moins dans l’inspiration mystérieuse qui le commande. Nous avons montré que, à aucun point de vue, l’idée du sacrifice ne se trouve logiquement dans la nature humaine. Elle y est pourtant ; elle y est partout ; elle y est dès l’origine du monde.
Elle vient donc du dehors. Les faits confirment le raisonnement. Que disent les Annales de la Cité du bien, l’Ancien et le Nouveau Testament ? Dans l’immense variété de sacrifices offerts sous la loi mosaïque, elles vous disent qu’il n’en est pas un, dont l’ordre ne soit venu d’un oracle divin.
Elles vous disent que, dans la loi évangélique, l’auguste sacrifice, substitué à tous les sacrifices, est une révélation divine. Dieu a parlé, et l’homme sacrifie. Voilà ce qui se passe dans la Cité du bien.
Pour une raison analogue, la même chose a lieu dans la Cité du mal. Satan a parlé, et l’homme sacrifie. Sa parole est d’autant plus certaine, que l’homme sacrifie son semblable. Il le sacrifie sur tous les points du globe, la parole de Satan est donc universelle.
Il le sacrifie malgré les répugnances les plus vives de la nature, la parole de Satan est donc absolue, menaçante. Il le sacrifie partout où le vrai Dieu n’est pas adoré : le Juif lui-même, aussitôt qu’il abandonne Jéhovah, tombe dans Moloch et lui sacrifie ses fils et ses filles.
Le sacrifice humain n’est donc ni l’effet de l’imagination, ni le résultat d’une déduction logique, ni une affaire de race, de climat, d’époque, de civilisation ou de circonstances locales : c’est une affaire de culte. Ainsi, dans la Cité du mal, comme dans la Cité du bien, tout sacrifice repose sur un oracle : ici encore, l’histoire consacre la logique.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde