Au temps de Théodose, la Peregrinalio Silviae distingue deux églises, dont l'une, située à cinq cents pas avant l'entrée du village, marquait l'emplacement de la rencontré entre Jésus et Marthe, soeur de Lazare ; quant à l'autre, c'est probablement là que l'on voyait, au dire de saint Jérôme, sepulchrum Lazari, Mariae et Marthae hospitium. C'était un lieu saint évangélique ; mais il n'est dit nulle part que les personnes dont le souvenir y était honoré eussent leur sépulture en cet endroit.
… Le Petit martyrologe romain ne parle aussi que de Lazare et de Marthe, sous la simple rubrique In Bethania. Le fait que, des trois frères, Lazare et Marthe soient seuls nommés ici est, je crois, en relation avec l'existence de deux églises, dont l'une était consacrée uniquement au souvenir de Marthe, tandis que l'autre portait le nom de Lazare seul. Marie, n'ayant point de sanctuaire spécial à Béthanie, aura été négligée dans les calendriers.
… Dans le martyrologe hiéronymien, on trouve au 19 janvier : Hierosolyma, Marthae et Mariae, sororum Lazari. Ces mots étant attestés par tous les manuscrits, il y a lieu de croire qu'ils remontent au plus tard à la recension d'Auxerre, établie vers 590.
…Il est à peine nécessaire de dire que tous les martyrologes postérieurs au sixième siècle, où la fête des deux sœurs de Béthanie est marquée au 19 janvier, dérivent en ceci du texte hiéronymien et n'ajoutent rien à son autorité.
Est-il besoin de le rappeler, nous sommes là en un domaine qui en soi est absolument libre et n'a rien à voir avec les affirmations dogmatiques qui s'imposent à la foi chrétienne. Nous croyons cependant très utile et même urgent de rouvrir le dossier de la controverse. En effet, dans l'interprétation des données relatives aux onctions faites sur Jésus, l'exégèse moderne aboutit aux conclusions les plus contradictoires : où donc est la vérité? En outre la tendance actuelle des critiques, y compris les interprètes catholiques, est de dévaluer historiquement les récits évangéliques de ces onctions, surtout les récits de Luc et de Jean, il convient donc d'examiner avec soin ce qu'il faut penser de ces récits pris en eux-mêmes, ainsi que de leurs rapports littéraires si complexes, faits de ressemblances et de divergences également étonnantes. Peu de controverses sont au premier abord aussi embrouillées que celle-là.
Outre l'intérêt exégétique considérable que présente cette controverse, il y a également l'intérêt historique et spirituel qui s'attache à toute tentative pour accéder à une meilleure connaissance de Marie de Magdala. Qu'a été cette femme extraordinaire que, selon le quatrième évangile le Christ ressuscité gratifie d'une apparition avant même de se montrer aux apôtres, et qu'il charge même de transmettre aux apôtres l'essence du message pascal (Jo. xx, 17-18), ce qui fait qu'elle mérite presque d'être appelée à cet égard l'apôtre des apôtres, ainsi que l'a souligné le Cardinal de Bérulle?
(Cf. Cardinal de BÉRULLE, Elévation à Jésus-Christ Notre-Seigneur sur la conduite de son esprit et de sa grâce vers sainte Madeleine, Saint-Maximin, éd. de « La Vie Spirituelle», 1922, p. 66-67. - Le Père M.-J. LAGRANGE reprend le même titre : « De ce moment Marie-Magdeleine était consacrée l'apôtre des apôtres », dans l'Evangile de Jésus-Christ, Paris, 1932, p. 587.)