( 989995 )Livres sur le jansénisme par worou-kenou (2025-07-11 16:23:30)
Chers liseurs,
Après avoir lu avec passion l'anthologie concernant Port Royale dirigée par Laurence Plazenet, je suis à la recherche d'ouvrages à la fois historiques et théologiques sur le jansénisme post Port Royal.
Quels ouvrages me conseilleriez-vous?
( 989999 )Le jansénisme après Port-Royal : quelques livres par Peregrinus (2025-07-11 16:46:05)
[en réponse à 989995]
L'Histoire du jansénisme de Monique Cottret (Paris, Perrin, 2016) est l'une des principales synthèses récentes sur l'histoire du mouvement janséniste. Augustin Gazier n'est pas inintéressant mais est d'une assez flagrante partialité. Monique Cottret a également publié Jansénisme et Lumières. Pour un autre XVIIIe siècle, Paris, Albin Michel, 1998.
Il existe un ouvrage classique sur le rôle du jansénisme dans les controverses ecclésiologiques du XVIIIe siècle : Edmond Préclin, Les Jansénistes du XVIIIe siècle et la Constitution civile du clergé, Paris, Gamber, 1928. L'ouvrage a dans l'ensemble plutôt bien vieilli.
Un ouvrage plus récent, qui porte comme on titre l'indique sur l'attitude de l'épiscopat français face à la question janséniste au XVIIIe siècle : Olivier Andurand, La Grande Affaire. Les évêques de France face à l'Unigenitus, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2017.
Sur le rôle du jansénisme dans la remise en cause de la monarchie absolue : Dale Van Kley, Les origines religieuses de la Révolution, Paris, Seuil, 2002 ; Catherine Maire, De la cause de Dieu à la cause de la nation. Le jansénisme au XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, 1998.
Sur le "jansénisme" multiforme qui préoccupe le Saint-Siège à l'époque de la Révolution : Gérard Pelletier, Rome et la Révolution française. La théologie et la politique du Saint-Siège devant la Révolution française (1789-1799), Rome, École française de Rome, 2004.
Sur les derniers échos du jansénisme après la Révolution, et plus précisément sur l'itinéraire d'un ancien prêtre constitutionnel jansénisant, Valérie Guittienne-Murger, Jansénisme et libéralisme. Regards de Jean-Louis Rondeau sur l'Empire et la Restauration, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2022.
Peregrinus
( 990001 )il y a une bibliothèque entière par Luc Perrin (2025-07-11 17:34:55)
[en réponse à 989999]
il vous faudra 10 ans ... pour éplucher tout ce qui est écrit sur le "second jansénisme" (démarre au début du XVIIIe avec au centre les thèses théologico-pastorales de l'oratorien Pasquier Quesnel) et le "jansénisme tardif" fin XVIIIe - qui a des prolongements atténués au XIXe et dont s'inspirent plusieurs néo-liturges des années 1960-1970. Les figures sont Scipione Ricci et l'abbé puis évêque Grégoire.
En complément des excellentes références de Peregrinus :
- René Taveneaux, Le jansénisme en Lorraine 1640-1789, Vrin 1960 (sa thèse un des grands historiens de ce sujet)
- sa Vie quotidienne des jansénistes aux XVIIe et XVIIIe siècle, Hachette, 1973 rééd. 1985
- la trilogie de Catherine Maire qui est à mettre en parallèle avec le monument de Dale van Kley :
* Les convulsionnaires de Saint-Médard, Hachette, 1985
* De la cause de Dieu à la cause de la Nation. Le jansénisme au XVIIIe siècle, Gallimard, 1998
* L'Église dans l'État. Politique et religion dans la France des Lumières, Gallimard, 2019.
- C. Lamioni, Il Sinodo di Pistoia del 1786. Atti del convegno internazionale per il secondo centenario. Pistoia-Prato, 25-27 settembre 1986, Roma, Herder, 1991
- l'abbé Bernard Plongeron a beaucoup écrit sur Henri Grégoire dont une biographie, sur la théologie et la politique à l'époque, sur l'Église constitutionnel et tout ce milieu.
- Philippe Boutry a écrit sur l'importance de la bulle Auctorem fidei (1794) qui condamne les thèses du concile/synode de Pistoie et le jansénisme tardif.
"Autour d'un bicentenaire. La bulle Auctorem fidei (28 août 1794) et sa traduction française (1850) par le futur cardinal Clément Villecourt" [article] consultable en ligne. Entre autres.
Cette bulle est capitale à connaître et a toute son actualité en particulier pour la néo-liturgie.
Philippe Loupès consacre un chapitre dans son manuel au second jansénisme in La vie religieuse en France au XVIIIe siècle, Sedes, 1993.
Françoise Hildesheimer a aussi produit deux synthèses :
Le Jansénisme en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Publisud, 1992.
Le jansénisme : l'histoire et l'héritage, Paris, Desclée de Brouwer, 1992.
nb. la petite Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face voulait traquer les traces de piété janséniste dans la France de la fin du XIXe ...
Vous avez de quoi meubler de nombreuses vacances ...
( 990015 )Auctorem fidei et Ricci par Peregrinus (2025-07-11 22:34:25)
[en réponse à 990001]
Sur Auctorem fidei, il existe les actes d'un très intéressant colloque : Jean-Baptiste Amadieu et Simon Icard (dir.), Du jansénisme au modernisme : la bulle Auctorem fidei, 1794, pivot du magistère romain, Paris, Beauchesne, 2020.
Le fameux Scipione de Ricci, qui avait du reste déjà démissionné de son siège de Pistoie, est l'un des très rares évêques étrangers à avoir soutenu l'Église constitutionnelle, sur la base de doctrines ecclésiologiques dont il était question dans un fil précédent, au nom de la doctrine prétendue des Pères et de la solidité de l'épiscopat :
La difficulté la plus plausible seroit celle qu’on tireroit du défaut de mission légitime. Je ne vois pas ce qu’on entend par mission légitime. » [...] Pour moi je pense que par Mission légitime on ne doit entendre que l’Ordination. Je croirois parler avec plus d’exactitude, en disant que la Mission & l’Ordination sont une seule & même chose. [...] Quand il y a une Ordination faite légitimement, il y a une Mission légitime.
Réponse de M. l’Evêque de Pistoie et Prato, aux questions qui lui ont été proposées relativement à l’état actuel de l’Eglise de France, Paris, Leclère, 1791, p. 11-13.
Peregrinus
( 990190 )immense merci par worou-kenou (2025-07-17 10:10:09)
[en réponse à 990001]
d'avoir pris de votre temps pour me répondre.
En effet, il me faudrait un temps que je n'ai, hélas,pas ainsi que des capacités de lecture qui me manquent de plus en plus ; c'est mon drame un désir de connaître et des facultés pas toujours en adéquation.
( 990025 )Puisque vous citez Gazier... par Luc de Montalte (2025-07-12 02:09:16)
[en réponse à 989999]
... il convient peut-être de citer les monuments historiographiques que sont l’Histoire de Port-Royal de Racine, l’Histoire de l’abbaye de Port-Royal de Besoigne, sans oublier le Port-Royal de Sainte-Beuve. D'une grande valeur littéraire. Gazier corrige parfois des erreurs de Sainte-Beuve, notons-le.
Je me permettrais aussi de citer les très belles et spirituelles lettres de captivité de la mère Angélique de saint-Jean qui ont été publiées en format poche ("aux portes des ténèbres"). Elles bénéficient aussi de notes de l'abbé Louis Cognet, qu'on ne pouvait pas ne pas citer dans un tel fil (voir son magistral tome de l'histoire de la spiritualité chrétienne pour replacer ledit "jansénisme" dans un contexte plus large).
( 990189 )Je vous remercie par worou-kenou (2025-07-17 09:59:02)
[en réponse à 989999]
cher Monsieur d'avoir pris le temps de me répondre.
Me voila avec une belle liste d'ouvrages pour les vacances.
Le livre de Valérie Guittienne-Murger me semble tout à fait passionnant.
( 990000 )Sur le jansénisme par Anne Charlotte Lundi (2025-07-11 17:19:11)
[en réponse à 989995]
Quelques idées tirées de Livres en Famille :
- Le jansénisme une théologie, de Simon Sicard
- Port-Royal et le Jansénisme de Philippe Luez
- Le jansénisme - De Jansénius à la mort de Louis XIV, d'Aimée Richardt
( 990002 )Pistoie et Vatican II par Halbie (2025-07-11 17:58:18)
[en réponse à 989995]
The Synod of Pistoia and Vatican II. Jansenism and the Struggle for Catholic Reform de Shaun Blanchard souligne la continuité entre le synode janséniste et Vatican II (pour s'en féliciter).
( 990008 )Chroniques de Port-Royal (libre accès) par Marquandier (2025-07-11 18:45:59)
[en réponse à 989995]
Bonjour worou-kenou,
Des articles ou numéros des Chroniques de Port-Royal déjà en libre accès peuvent vous intéresser, par exemple :
( 990023 )Jansénisme post Port-Royal !!! par baudelairec2000 (2025-07-12 00:32:26)
[en réponse à 989995]
Expression étrange pour ne pas dire déroutante sur la plan intellectuel. Réduire le jansénisme dans une partie de son histoire à Port-Royal me paraît bien abusif.
Peut-être faudrait-il s'interroger sur l'origine du terme "jansénisme, avant que de s'aventurer sur le terrain du XVIIIe, siècle durant lequel on peut observer une collusion du gallicanisme et du jansénisme.
Le terme apparaît en 1641 pour désigner da façon péjorative les partisans de l'évêque d'Ypres, Cornelius Jansenius qui a exposé sa doctrine, dans une oeuvre parue en 1640 et qui fera date, L'Augustinus. Les idées de Jansenius se diffusent en France par l'intermédiaire de l'un de ses amis, Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, rencontrant d'autres sensibilités comme l'école de Bérulle. Une période d'unité avant la polémique avec les Jésuites.
On oublie trop souvent d'insister sur un pan fondamental de cette histoire: l'aspect politique.
Le jansénisme est contemporain de la Guerre de Trente ans (1618-1648), un conflit qui déchire l'Europe et voit s'affronter les Catholiques et les Protestants. Les dévôts sont favorables à l'unité catholiques et soutiennent les Habsbourg contre les princes protestants. Richelieu, faut-il le rappeler avec force, et Jansenius saura lui rappeler, s'entend avec les princes protestants, alors qu'il a combattu avec la dernière énergie contre les protestants de l'intérieur. L'entrée en guerre de la France dans le conflit en 1635 du côté des hérétique ne peut que scandaliser les catholiques, qui deviennent des adversaires du Cardinal. Jansenius publie le Mars Gallicus en août 1635, un pamphlet dans lequel il dénonce cette politique anticatholique. l'ouvrage connaît un succès foudroyant. Jansenius reçoit l'évéché d'Ypres en octobre 1635, pour avoir défendu , dans le même ouvrage, la suprématie des papes.
Pourtant Jansenius n'en apparaît pas moins comme le fondateur d'une secte dangereuse.
Saint-Cyran devient lui aussi suspect aux yeux de Richelieu. Le 2 mai 1638, bien avant la publication de l'Augustinus, Richelieu décide de faire arrêter Saint-Cyran et de le faire interner au château de Vincennes. Il n'en ressortira qu'après la mort du Cardinal et comme martyr de la cause.
Etablir une identité entre les jansénistes et Port-Royal résulte d'un simplisme confondant. Comme l'écrit Monique Cottret, " d'autres monastères furent également imprégnés de l'esprit janséniste. Parmi les communautés masculines, on peut citer les deux maisons parisiennes de Saint-Germain-des-Prés et des Blancs-Manteaux, des monastères du diocèse de Reims, des terres verdunoises ou du pays de Brenne.. la plupart des abbayes bénédictines des congrégations de Saint-Vanne ou Saint-Maur. "
Des adversaires, les partisans de Jansenius et Saint-Cyran les trouvent chez les Jésuites qui les accusent de proférer les mêmes erreurs que Calvin.
Rome condamne Jansenius en 1643 par la bulle In eminenti (Urbain VIII). Nouvelle condamnation romaine en 1653 avec la bulle Cum occasione (Innocent X), bulle dans laquelle le pape, répondant au souhait de plus de 80 évêques français, dénonçait 5 propositions, qui devaient exprimer la doctrine contenue dans l'Agustinus.
Le pouvoir politique, toujours lui, était alors incarné par Mazarin qui fit expédier la bulle dans tous les diocèses avec des lettres patentes du Roi, lesquelles en prescrivaient la publication. Antoine Arnaud et d'autres prétendirent que les propositions ne se trouvaient pas dans l'ouvrage. "Approuvant les conclusions d'une nouvelle réunion d'évêques de mars 1654, Innocent X fit expédier le bref Ex litteris, qui déclarait que les cinq propositions se trouvaient bien dans l'Augustius et le successeur d'Innocent X, Alexandre VII, publia une nouvelle bulle Ad sacram du 16 septembre 1656 (4e texte), qui réitérait les condamnation prononcées par son prédécesseur et confirmait le bref Ex litteris. La bulle Ad sacram avec les lettres patentes qui en ordonnaient l'exécution, fut enregistrée en lit de justice au Parlement de Paris le 19 décembre 1657. ce serait la première bulle dogmatique enregistrée en parlement.
L'assemblée du clergé de 1655, qui avait reçu la bulle Ad sacram,avait aussi rédigé un formulaire d'acceptation à faire signer par les évêques à leur clergé. On aurait voulu répandre les thèses jansénistes dans les contrés les plus reculée du royaume, notamment sur les terres de Nicolas Pavillon, évêque d'Alet, aux confins de la Catalogne et de l'Espagne, qu'on ne s'y serait pas pris autrement.
Comme quelques prélats, dont Nicolas Pavillon, refusaient le formulaire en prétextant que les assemblées n'avaient pas d'autorité canonique pour l'imposer, Louis XIV se retourna vers le pape. Alexandre VII fit expédier une nouvelle bulle, Regiminis apostolici du 15 février 1665 (5e texte ! Et loin d'être le dernier). Le document réitérait les condamnations précédentes et prescrivait à tous les ecclésiastiques la signature d'un formulaire. Et louis XIV de faire enregistrer la bulle en lit de justice le 29 avril suivant. la constitution ne fit pas cependant cesser toutes les oppositions.
On le voit Mazarin s'était montré le fidèle continuateur de Richelieu
. Il voyait dans les Jansénistes une troupe prête à rejoindre les Frondeurs. Louis XIV marcha d'abord sur les traces de ces cardinaux, mais à la veille de la guerre de Hollande, il assouplit ses mesures de persécution contre les Jansénistes. D'autant plus que le nouveau pape, Clément IX, redoutait un schisme. Clément IX reconnut implicitement la distinction du droit et du fait, distinction due à un des plus brillants jansénistes de sa génération, homme de droit avant tout: les cinq propositions sont condamnables, elles ne sont pas dans Jansenius. Ce fut la paix de l'Eglise, la paix clémentine, période de répit au cours de laquelle les partisans de Jansenius continuèrent néanmoins à propager leurs idées.
Signalons ici le rôle joué par Pascal qui fit glisser le débat du plan théologique vers celui de la morale. Le succès des Provinciales qui ridiculisaient les Jésuites contribua en effet à faire passer le jansénisme des facultés ou des couvents vers les salons. Les jansénistes avaient fini par gagner le combat des idées, infligeant une lourde défaite aux Molinistes.
Pourtant autour de 1680, Louis XIV revint à une politique répressive.
Il faut dire que des jansénistes n'avaient pas hésité à apporter leur soutien au pape, alors en conflit avec le roi dans l'affaire de la régale. Il n'en fallait pas plus au roi de France pour reprendre les hostilités.
Voilà pour quelques réflexions, à mes yeux, importantes, si on veut comprendre ce que fut le jansénisme, dès ses origines: une hérésie qui doit une partie de son contenu, et bien plus encore son évolution, à ses ennemis. Monique Cottret intitule une des parties de son ouvrage, Histoire du jansénisme, Louis XIV et la fabrique des Jansénistes. Il serait bon d'ajouter à ce processus le rôle joué par les Jésuites, qui finiront par devenir les victimes de ceux qu'ils contribuèrent à faire émerger. C'est un pape, au siècle suivant qui prononcera leur destruction.
A la biographie proposée par les uns et les autres; j'aimerai signaler les ouvrages suivants:
Le jansénisme de Louis Cognet (Que Sais-je, PUF)
Du mysticisme à la révolte. Les janséniste du XVIIe siècle, d'Antoine Adam (Fayard, 1968)
Saint-Cyran et le jansénisme de Jean Orcibal (Collection Les maître spirituels, Le Seuil, 1961)
( 990024 )Concernant Jansénius par Luc de Montalte (2025-07-12 02:00:58)
[en réponse à 990023]
Il n'a pas été condamné, ni plus fondé une secte, mais est bien mort catholiquement comme il sied à un évêque. Les polémiques datent d'après sa mort, l'Augustinus, cette tentative de synthèse de saint Augustin, n'ayant pas été publié de son vivant.
Il me semble juste de le noter vu vos quelques formules malheureuses (il y aurait d'autres choses à redire mais voilà).
( 990212 )Jansénisme et traditionalisme par le torrentiel (2025-07-17 17:08:41)
[en réponse à 990023]
Chers baudelairec2000, worou-kenou et chers autres liseurs,
Lorsqu'il y a des turbulences dans l'Église (mais quand n'y en a-t-il pas?), on redevient un liseur plus assidu du Forum catholique, mais je ne m'attendais pas à avoir envie de contribuer sur ce sujet du jansénisme, de contribuer comme à mon habitude avec beaucoup d'approximations et à partir de ma subjectivité personnelle (pléonasme ou tautologie), autant dire en prenant mon cas pour une généralité, mais de partager néanmoins deux ou trois choses qui me tiennent à coeur et de soumettre au débat ce que mes opinions peuvent avoir de subjectif ou d'incertain.
Je suis comme worou-kenou: bien qu'ayant été formé à des rudiments de compréhension du jansénisme en ayant assisté à un cours de Philippe Sellier du temps lointain de mes études qui s'intitulait "l'Augustinisme en littérature", cours remarquable dont je reste encore marqué, ce sujet m'a toujours intéressé, mais ses arcanes m'ont paru tellement complexes que mon dilettantisme s'est arrêté à l'orée de lire le "Port-Royal" de Sainte-Beuve, sommatif pour ne pas dire assommant, en tout cas un peu ennuyeux à force d'être érudit, et je crois que je vais profiter de cet après-midi de loisir pour écouter le "Port-Royal" de Montherlant si je le trouve en ligne.
Les mauvais historiens des idées(ou les historiens des idées amateurs en-dessous desquels je me place sans coquetterie et avec lucidité) ont toujours la fâcheuse tendance de faire des raccourcis pour comprendre une époque en la schématisant ou de chercher des similitudes entre deux époques en faisant des analogies qui gagneraient à être précisées.
Si je fais le kéké ou le simplet en cédant au premier penchant que je viens de décrire ou de dénoncer, je dirais que d'instinct, on aurait envie d'identifier le jansénisme à la Fronde, mais l'exposé de Baudelairec2000 montre que c'est un raccourcis intenable, même si beaucoup de frondeurs ont été jansénistes ou proches du jansénisme, tels Mmes de Longueville, de Lafayette et de Sévigné par amitié interposée,ou M. de la Rochefoucauld ou Son Eminence le cal de Retz, si on veut le tirer jusque-là. C'est un raccourcis intenable, car la Fronde est une histoire sans cesse en mouvement, réalité que j'ai dcouverte en lisant le chapitre que lui a consacré Voltaire dans son "Siècle de Louis XIV".
Néanmoins, il y a (et votre bibliographie le prouve) un lien qui semble intrinsèque au jansénisme entre mystique et révolte, ce qui me donne envie de dire que le tempérament janséniste est à la fois scrupuleux et frondeur. Le tempérament ou la spiritualité janséniste, puisqu'on vous taxe volontiers de jansénisme dès que vous êtes à la fois provocateur, scrupuleux et révolté, ça m'est arrivé, donc j'en parle à mon aise.
Ce scrupule dans la révolte et cette révolte face à la tiédeur d'une spiritualité sirupeuse à force de ne rien imposer là même où, si l'Eglise osait m'imposer quelque chose, je la quitterais certainement, renvoie à ce qui fait mon intérêt personnel (je le comprends maintenant) pour le traditionalisme catholique. Mais à la vérité, le jansénisme n'a cessé d'intéresser l'Église et il en va de même pour le traditionalisme qui continue de beaucoup l'occuper. On ne pourrait pas en dire autant de la façon dont le mouvement catholique traditionaliste refuse de reconnaître ouvertement l'influence que le jansénisme a exercé sur lui et jusqu'à la moindre affiliation avec le jansénisme. Et pourtant, il y a quelques points de convergence qui sautent aux yeux:
-Le jansénisme est un mouvement de retour à un catholicisme plus cohérent et plus observant, on dirait aujourd'hui plus intransigeant, qui décide de se rebaigner dans les sources augustiniennes après l'assèchement de la scolastique et du thomisme, même si au xVIIème siècle, on aimait à se référer simultanément à saint Augustin et à saint Thomas.
Mais encore le jansénisme et le traditionalisme sont des mouvements à la fois gallicans et ultramontains. Ultramontains en ce que Jansénius a défendu le pape, mais que le pape a attaqué l'Augustinus avant que Clément IX ne le réhabilite sans tout à fait le reconnaître; gallican en ce que Jansénius est un évêque flamand mis en honneur par son ami Saint-Cyran, un Gaulois du temps où l'on s'exprimait dans le français le plus pur et où l'on n'a jamais aussi bien traduit la Bible que ne le firent le grand Arnauld ou le Maistre de Sacy.
Gallican, en ce que c'est une réaction de "Gaulois réfractaire" que de vouloir prouver à tout prix que cinq propositions condamnées par le pape sont certes condamnables, mais ne sont pas dans l'Augustinus. On croit entendre l'écho du dialogue de sourds entre les traditionalistes et le Saint-Siège où celui-ci veut obliger ceux-là à accepter le concile Vatican II, où ceux-là protestent qu'ils l'ont reçu, mais revendiquent le droit de le critiquer ou réclament de signer un Préambule doctrinal que celui-ci ne veut pas leur concéder, poussant leur exaspération jusqu'à les condamner à ne pas avoir un avenir puisqu'on laissera leur réserve d'Indiens s'éteindre sans permettre qu'elle se reproduise, sans que cette condamnation à mort ne règle le problème, nos Indiens en réserve du catholicisme trouvant bien au contraire qu'on ne s'y serait pas pris autrement si on avait voulu répandre leurs erreurs (ou leurs vérités) de par le monde.
Luther, au rebours, a adopté un antipapisme franc, honnête et assumé là où jansénistes et traditionalistes n'ont jamais souffert d'être mis hors de l'Église où ils n'auraient pu "faire leur salut", pensaient-ils.
Ce qui dit autre chose du caractère des hérésies modernes: c'est qu'elles ne sont jamais précisément définies. Aurait-on voulu qualifier le jansénisme d'hérétique qu'on aurait été bien en peine de détailler les hérésies qui s'y trouvaient, de même que saint Pie X va condamner des siècles plus tard ce qu'il va appeler "le modernisme", qui aurait été plus clairement désigné s'il l'avait qualifié d'"immanentisme". J'ai trouvé sous la plume de Mazarine Pingeot dont je viens de terminer l'ouvrage intitulé "Vivre sans" et édité chez Flamarion en janvier 2024, cette caractérisation de la modernité comme "évacuation de toute transcendance". Le modernisme est conséquent avec la modernité et quand saint Pie X le définit, il lui reproche de dégouliner d'immanentisme qui requalifie la foi à l'aune de l'intuition qui s'éloigne de la Révélation. Or qualifier ce contrequoi il en a de modernisme plutôt que d'immanentisme conduit saint Pie X à accuser ce qu'il condamne d'être "l'égout collecteur de toutes les hérésies", ce qui revient à n'en désigner aucune.
Si le traditionalisme catholique se mêlait de qualifier hérétiquement la tendance à l'oeuvre au Vatican depuis le pape François, mais déjà sous la répugnance de Jean-Paul II, évoquée par Michle Reboul dans "l'Invisible infini", à admettre qu'il y ait des damnés en enfer, il pourrait la qualifier d'inclusivisme: l'Eglise a tellement envie de croire à l'universalité du salut qu'elle pose implicitement que l'enfer est vide, et cela la conduit à une telle horizontalité que l'identité de tous ses membres en est déboussolée, que le plus grand péché y devient le cléricalisme, que les laïcs ne sont plus que revendication et que les clercs ne savent pas ce que le sacrement de l'Ordre qu'ils ont reçu est venu ajouter au sacerdoce commun des fidèles auquel ils regrettent de ne plus appartenir exclusivement sans pour autant oser quitter massivement le sacerdoce ou le ministère.
Signe de l'intérêt que tout cela ne cesse de susciter comme une pomme de discorde entre des pôles de conflits éternels, le pape François a écrit une encyclique très élogieuse sur Pascal qui a transposé le conflit théologique du jansénisme sur un plan moral dans les "Provinciales" où François aurait pu jouer le rôle du Père Anat relativisant tous les péchés, voire tous les crimes, qui paraissent tous solubles dans la Miséricorde divine et dans la fraternité universelle, qui doit seulement ignorer les "catholiques de fermeture" ou de fermeté. Nous ne sommes pas au bout de nos paradoxes.
Le torrentiel
( 990229 )Port-Royal d'Henri de Montherlant par le torrentiel (2025-07-18 00:51:51)
[en réponse à 990212]
( 990242 )Réserves sur le Port-Royal de Montherlant (brûlot anti-chrétien ?) par Marquandier (2025-07-18 10:48:02)
[en réponse à 990229]
Madame le Professeur Laurence Plazenet a une analyse que je trouve convaincante de cette œuvre, dans la vidéo ci-dessous :
(24) Les Minutes de Port Royal. "Totem et tabou: le “Port-Royal” de Montherlant", par Laurence Plazenet, Présidente de la Société des Amis de Port-Royal, Professeur à l'Université Clermont Auvergne.
La pièce de Montherlant, créée à la Comédie française en 1954, est une référence quasi systématique, dès lors qu'on évoque les liens entre le monastère de Port-Royal et la littérature. Elle a été présentée par Montherlant comme une exaltation de la maison de la mère Angélique. Son analyse scrupuleuse dément cette légende et montre qu'elle se livre aussi à une présentation grinçante et peut être lue comme un véritable brûlot anti-chrétien.