CHAPITRE XVII
LES CITOYENS DES DEUX CITÉS.
«De même, que le libre arbitre ait la faculté de faire différents choix, mais toujours en rapport avec la fin proposée, en cela consiste sa perfection. Lui arrive-t-il de faire un choix contraire à la fin dernière de l’homme ? Ce n’est pas une perfection, mais une faiblesse et un défaut.
De là il résulte que la liberté ou la perfection du libre arbitre est plus grande dans les anges, qui ne peuvent pas pécher, qu’en nous qui pouvons pécher. » (S. Th., I p., q. LXII, art. 8, ad 3.)
Telle est donc la doctrine de l’Ange de l’école : la liberté est le pouvoir de faire le bien, comme l’entendement est la faculté de connaître le vrai. La possibilité de faire le mal n’est pas plus de l’essence de la liberté, que la possibilité de se tromper n’est de l’essence de l’entendement ; que la possibilité d’être malade n’est de l’essence de la santé.
L’impeccabilité est la perfection de la liberté ; comme l’infaillibilité est la perfection de l’entendement ; comme l’absence de maladie est la perfection de la santé. Être peccable est donc un défaut dans la liberté, comme être faillible en est un dans l’entendement, comme être maladif en est un dans la santé.
Il s’ensuit que plus l’homme pèche, plus il montre la faiblesse de son libre arbitre ; de même que plus il se trompe, plus il montre la faiblesse de sa raison ; de même que plus il est malade, plus il fait preuve de mauvaise santé.
Plus aussi, en péchant et en déraisonnant, l’homme se dégrade et se rend méprisable ; car plus il se rapproche de l’enfant, qui n’a encore ni la liberté ni l’entendement, ou de l’insensé, qui ne l’a plus, ou de la bête, qui ne l’aura jamais.
Cette vérité fondamentale est la première armure dont le Saint-Esprit nous revêt, le premier motif donné à l’homme de se renfermer éternellement dans les limites de la Cité du bien. Beaucoup ne le comprennent pas. Séduits par les princes de la Cité du mal, un grand nombre en viennent à regarder le jour, où ils s’émancipent de la royauté du Saint-Esprit, comme le jour natal de leur liberté.
Pauvres aveugles ! Qu’une fois du moins ils voient la vérité en face : rien ne leur est plus facile. Elle est burinée dans l’esclavage de toutes les facultés de leur âme, dans la dégradation de tous les membres de leur corps, dans toutes les pages souillées de leur vie prétendue indépendante.
Jeunes gens ou vieillards, riches ou pauvres, lettrés ou illettrés, qui, pour avoir déserté la Cité du bien, trahi les vœux de votre baptême, rougi de la foi de votre enfance et des pratiques de vos aïeux, vous croyez libres : l’êtes-vous ? Il est vrai, vous marchez la tête haute, le regard assuré.
Vos lèvres grimacent le rire et votre front se cache sous un masque de gaieté. Au son métallique de votre voix, au ton tranchant de vos paroles, on pourrait vous prendre pour les régents de l’humanité. Pourtant vous n’êtes que des esclaves, des esclaves malheureux, des esclaves de la pire espèce.
A la place d’un seul Maître, très haut et très saint, que vous refusez de servir comme Il l’entend, vous servez autant de maîtres qu’il y a en vous d’ignobles penchants ; et, hors de vous, autant de créatures qui peuvent vous procurer ou vous disputer l’insigne honneur de les satisfaire.
Vous les servez, non comme vous l’entendez, mais comme ils l’entendent. Maîtres sans pitié, ils vous traînent la corde au cou, ou ils vous chassent le fouet à la main, dans toutes les voies ténébreuses du mal.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde