CHAPITRE XV
(AUTRE SUITE DU PRECEDENT.)
Que faisaient les généraux victorieux par toutes ces démonstrations, autrement inexplicables ? Ils accomplissaient leurs vœux ; ils remerciaient de leur complaisance les dieux des nations vaincues ; ils payaient la dette du peuple romain. Celui-ci ne l’ignorait pas. Le fait était si connu, que le poète le plus populaire de l’empire, interprétant la foi commune, remerciait publiquement Jupiter Capitolin, dont la puissance souveraine avait évoqué les dieux des ennemis et donné la victoire à son peuple.
Voilà pour les démons députés aux villes et aux royaumes. La délégation de quelqu’un de ces êtres malfaisants à chaque homme en particulier n’est ni moins certaine ni moins connue des païens. « Les démons, dit Jamblique, ont un chef qui préside à la génération.
A chaque homme il envoie son démon particulier. A peine investi de sa mission, celui-ci découvre à son client et le culte qu’il demande, et son nom et la manière de l’appeler. Tel est l’ordre qui règne parmi les démons». Ainsi, le démon familier de Pythagore, de Numa, de Socrate, de Virgile et de tant d’autres, dont parle l’histoire, n’est pas une exception.
C’est un fait qui n’a d’exceptionnel que l’éclat plus marqué dont il est environné. Par lui-même il révèle l’existence d’un système général, connu du paganisme : comme sur les flancs du Vésuve, la fumarole brûlante annonce avec certitude le voisinage caché du volcan.
L’enseignement de Jamblique est confirmé par un curieux témoignage de Tertullien. «Tous les biens apportés en naissant, dit ce Père, le même démon qui les envia dans l’origine les obscurcit maintenant et les corrompt, soit afin de nous en cacher la cause, ou de nous empêcher d’en faire l’usage convenable.
En effet, quel est l’homme à qui ne soit pas attaché un démon, oiseleur des âmes, en embuscade sur le seuil même de la vie, ou appelé par toutes les superstitions qui accompagnent l’enfantement ? Tous ont l’idolâtrie pour sage-femme : Omnes idololatriâ obstetrice nascuntur.
« C’est elle qui enveloppe le ventre des mères de bandelettes fabriquées chez les idoles, et qui consacre leurs enfants aux démons. C’est elle qui, pendant l’enfantement, fait offrir les gémissements à Lucine et à Diane. C’est elle qui, pendant toute la semaine, fait brûler de l’encens sur l’autel du Génie de l’enfant : Junon pour les filles, Génie pour les garçons.
C’est elle qui, le dernier jour, fait écrire les destins de l’enfant et sous quelle constellation il est né, afin de connaître son avenir. C’est elle qui, dès la déposition de l’enfant sur la terre, fait un sacrifice à la déesse Statina.
« Quel est ensuite le père ou la mère qui ne voue pas aux dieux un cheveu ou toute la jeune chevelure de son fils, qui n’en fait pas un sacrifice pour satisfaire sa dévotion particulière, ou celle de sa famille, ou celle de sa race, ou celle du pays auquel il appartient ?
C’est ainsi qu’un démon s’empara de Socrate encore enfant, et que des Génies, qui est le nom des démons, sont députés à tous les hommes : Sic et omnibus genii deputantur, quod daemonum nomen est ».
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde