CHAPITRE XV
(AUTRE SUITE DU PRECEDENT.)
Et Plutarque : « Les Tyriens s’empressèrent d’attacher leurs dieux..., lorsque Alexandre vint assiéger leur ville. En effet, un grand nombre d’habitants crurent entendre, en songe, Apollon disant : Ce qui se fait dans la ville me déplaît, et je veux aller chez Alexandre. C’est pourquoi, agissant à son égard comme à l’égard d’un transfuge qui veut passer à l’ennemi, ils enchaînèrent la statue colossale du dieu, la clouèrent à la base, en l’appelant lui-même Alexandriste. »
Homère affirme que les trépieds de Delphes marchaient tout seuls (Iliad., XVIII). Ces faits et beaucoup d’autres du même genre prouvent que les païens croyaient à la puissance de l’évocation. Ils ne se trompaient pas. Aussi, ils la pratiquaient souvent : leurs auteurs et les nôtres en font foi. Cette croyance universelle explique la conduite de Balac, appelant Balaam pour maudire Israël.
La puissance de l’évocation et les mouvements des statues ou des dieux se manifestaient surtout, lorsque le peuple, la ville ou le temple étaient menacés de quelque grand malheur. Parlant de certaines calamités publiques : « Des voix terrifiantes, dit Stace, se firent entendre dans les sanctuaires, et les portes des dieux se fermèrent d’elles-mêmes. » Et Xiphilin : «
On trouva dans le Capitole de grands et nombreux vestiges des dieux qui s’en allaient ; et les gardiens annoncèrent que pendant la nuit le temple de Jupiter s’était ouvert de lui-même avec un grand fracas. » Et Lampride : «On vit au Forum les pas des dieux qui s’en allaient. » Et l’historien Josèphe : « Quelque temps avant la ruine de Jérusalem, on entendit dans le temple une voix qui disait : Sortons d’ici, migremus hinc. » Dans l’antiquité païenne le même phénomène eut lieu des milliers de fois.
Au témoignage de Lucain, il se produisit dans une des circonstances les plus mémorables de l’histoire romaine. «Avant la bataille de Pharsale, Pompée connut que les dieux et les destins de Rome, évoqués par César, l’avaient abandonné».
Il était également connu que les dieux demeuraient immobiles et l’évocation sans effet, si l’on ne prononçait le nom propre, le nom mystérieux de la ville ou du lieu dont on voulait les faire sortir.
Cette tradition, commune à l’Orient et à l’Occident, se résume dans un double fait qui illumine toute une face de l’histoire romaine. Macrobe rapporte ce vers de Virgile : « Ils sortirent tous de leurs sanctuaires et de leurs autels abandonnés, les dieux tutélaires de cet empire. » Puis il ajoute : « C’est tout ensemble du fond de la plus haute antiquité romaine et du secret des mystères les plus cachés, qu’est sortie cette parole. En effet, il est constant que toutes les villes sont sous la garde de quelque dieu ; et la coutume des Romains, coutume secrète et inconnue du vulgaire, est, lorsqu’ils assiègent une ville dont ils ont l’espoir de s’emparer, d’en évoquer, au moyen d’un charme, carmen, les dieux tutélaires.
Sans cela, ou ils ne croiraient pas pouvoir prendre la ville ou ils regarderaient comme un crime d’en faire les dieux prisonniers. Voilà pourquoi les Romains eux-mêmes ont voulu et que la divinité protectrice de Rome, et le nom mystérieux de leur ville, fussent complètement inconnus, même des plus savants. L’évocation qu’ils avaient faite souvent contre leurs ennemis, ils ne voulaient pas qu’une indiscrétion permît à personne au monde de la faire contre eux. »
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde