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( 988588 )
De la récitation du bréviaire par un laïque par Reminescence (2025-06-06 22:51:17)
Bonsoir,
Je suis actuellement en possession d'un certain nombre de bréviaire, que ce soit en tant que collectionneur de livres anciens, dans l'optique de les préserver, mais bien sûr aussi en tant que catholique désirant trouver une nourriture spirituelle dans la prière même de l'Église.
Ce qui me fait questionner en ce moment est une sorte de "dilemme"...
En fait, je désire prier un bréviaire qui soit le plus traditionnel possible, sachant que je suis en train d'apprendre doucement et lentement le latin par moi-même, avec un petit livre "le latin par l'exemple" de l'Abbé Olivier Günst Horn ainsi qu'avec des exercices de vocabulaire, etc...
J'utilise actuellement un bréviaire complet, de Matines à Complies, tout en français, datant de 1935, en deux tomes contenant les quatre saisons... Cela me convient, seulement, j'aimerai prier en latin...
Vient donc le diurnal de 1960, que j'ai acquis récemment, qui contient les heures de Laudes à Complies, en latin (texte de la Vulgate) ainsi qu'en français à côté (trad. Fillion)...
C'est ce qui me correspondrait le plus pour apprendre le latin de manière efficace et pratique, tout en priant, seulement le fait que ce diurnal suive les rubriques de 1960 me dérange beaucoup... En fait, le fait de prier un bréviaire déjà énormément réduit par rapport à celui d'avant 1954, je ne m'y fais pas... Plus de Pater ou d'Ave avant les heures, plus de "Preces" ou du moins beaucoup moins, les antiennes chantées ou récitées entièrement avant les psaumes alors qu'ils n'étaient pas lu entièrement avant, plus de secondes vêpres, énormément d'octaves supprimées, des fêtes anciennes supprimées, la nouvelle Semaine Sainte, Les Matines raccourcies, etc... Prier un bréviaire qui est, au final, l'œuvre d'un Bugnini ne me mets pas à l'aise... J'avais trouvé un article à propos de ce même Bugnini qui utilisait le terme de "pensum" pour parler du bréviaire, ce qui veut déjà dire beaucoup...
On pourrait me répondre qu'il suffirait de prendre l'Office Monastique (Diurnal de 1963...), mais je veux prier l'office romain... On pourrait donc me dire qu'il faut prendre le bréviaire romain d'avant Saint Pie X, mais je veux tout de même prier avec l'Église... Et là vient justement le cœur de ma question...
Qu'est-ce que prier avec l'Église ?
J'ai pu constater, en fréquentant sur le net des communautés aimant prier l'office divin, que certains s'opposaient farouchement à cette idée selon laquelle le laïque qui priait l'office chez lui s'associait à la prière de l'Église, ils préfèrent dire que c'est un acte dévotionnel puisque la personne n'est pas obligé à la récitation de l'office, alors que les prêtres, si.
Quel est votre avis là-dessus ?
Je sais que la plupart des prêtres et laïcs tradis prient le bréviaire de 1960, tandis qu'une autre partie plus minoritaire prie le bréviaire d'avant 1954... D'autres s'y opposent aussi à ce bréviaire de Saint Pie X, pour dire que l'office d'avant Saint Pie X est plus traditionnel... Tandis que d'autres ne jurent que par le bréviaire monastique...
Je suis un peu perdu dans tout cela, et si je remarque que les réformes de la messe sont énormément questionnées, on ne parle que très peu du bréviaire et de ses réformes qui me semblent également destructrices... Cela s'explique sûrement par le fait, justement, que la messe est "l'affaire de tous", au sens où les fidèles la connaissent, tandis que le bréviaire a longtemps été vu comme l'affaire des prêtres et seulement des prêtres ?
Dans tous les cas, quel bréviaire me conseillerait vous pour me rapprocher au plus de quelque chose de solide et nourrissant ? Mon cœur penche vers celui d'avant 1954, mais cette idée de vouloir prier "avec l'Église" me fait aussi tourner vers le bréviaire de 1960, pourtant vu le nombre d'éléments qui n'y ont plus leur place, je ressens en même temps un certain éloignement puisque je ne veux pas prier quelque chose qui coupe avec la tradition de manière aussi prononcée et radicale... Est-ce que parler de "prier avec l'Église" est important pour nous qui sommes laïques ?
J'attends vos réflexions, car ce sujet m'intéresse énormément...
Cordialement,
Reminescence

( 988625 )
Breviaires par Montes Gelboe (2025-06-07 18:37:19)
[en réponse à 988588]
Cher confrère,
Votre question me fait réintégrer le nombre des intervenants sur ce forum, après un long silence. L'avis que je prends la liberté de donner ici est le résultat de recherches sur l'histoire du culte chrétien au Moyen-Age et les implications de cette histoire dans les faits concernant la diplomatique, l'architecture, l'art, la musique...
L'office divin est la fonction principale des moines et des chanoines. S. Benoit consacre à l'"Opus Dei" (l'oeuvre de Dieu) de longs et nombreux chapitres, tandis qu'il ne cite la messe qu'accessoirement. Sa description de l'office monastique est la plus ancienne (VIe s.). L'office des chanoines n'est décrit en détail que bien plus tard.
L'office des chanoines s'épanouit en Gaule à l'époque carolingienne, en laissant aux chapitres cathédraux et collégiaux une grande liberté d'adaptation, mais en établissant un "canon" stable et unifié dans la répartition des psaumes aux différentes heures et aux jours de la semaine, et un large corpus d'hymnes, de répons et de collectes ou oraisons, prises aux "sacramentaires" légués par l'Antiquité.
Les ordres mendiants, crées au XIIe siècle, adaptent l'ensemble à leurs conditions de vie itinérante, en unifiant les usages, afin que les religieux trouvent le même "ordo" dans toutes leurs maisons. Ils opèrent aussi un allègement du corpus des hymnes, des collectes, des lectures. Cet office "abrégé" est consigné dans des livres portatifs ou "Bréviaires " (de lat. breve, bref). Le nom donné au livre passera au contenu du livre.
Les frères mineurs ou franciscains deviendront les chapelains de la Cour Pontificale en Avignon et le resteront à son retour à Rome.
Arès le Concile de Trente, le pape Pie V promulgue sans les imposer un Missel "Romain" et un Bréviaire "Romain", prenant pour base l'usage des chapelains de sa cour, les franciscains.
Ce que l'on convient d'appeler "Bréviaire romain" est en fait à peu de choses près l'office des franciscains du XIIIe ou du XIVe siècles.
Les simplifications opérées par les frères prêcheurs ou dominicains étaient différentes et plus conservatrices. Les Carmes, formés en Terre-sainte, gardèrent intact l'usage du Patriarcat latin de Jérusalem, inspiré des usages des clercs Croisés de la France du Nord.
Les Chanoines de Prémontré, suivaient un usage emprunté à la cathédrale de Laon.
Tous ces usages ont survécu jusqu'au Pontificat de Pie X. Ce dernier a brisé en 1910 la tradition et a détruit le coeur de l'office en bouleversant la distribution des psaumes aux différentes heures.
Le seul critère étant la longueur et le charcutage des psaumes d'après le nombre de versets.
Il conservait les accessoires et les ajouts (mémoires des saints).
En 1960, ces accessoires et ajouts ont été supprimés à leur tour, l'office des dimanches a été réduit à la portion congrue et à l'état de lambeau.
Par ailleurs le texte des hymnes avait été altéré au XVIIe siècle pour en chasser les vers hypermétriques ou hypométriques, manie d'humanistes prétendant tout corriger, même s. Ambroise ou s.Grégoire, homologuée par Urbain VIII.
Enfin le pape Pie XII avait autorisé une nouvelle version des psaumes, dite "Version Bes", dans un latin contorsioniste, à la fois hébraïsant et germanisant, difficilement prononçable à haute voix et inchantable.
Donc, sous le rapport de l'Histoire et de la Tradition, la dernière mouture du Bréviaire romain n'est ni soutenable ni défendable.
Pour vous procurer un Bréviaire présentant une authenticité certaine, il faut trouver une édition antérieure à 1910, à défaut d'une édition du début du XVIIe s présentant les hymnes non-corrigées. Ou une édition antérieure à 1910 du bréviaire dominicain (on en trouve sur les sites de bouquinistes), carme ou prémontré (ceux-ci très rares) ou rechercher les dites hymnnes dans le bréviaire monastique, ces ordres religieux n'ayant pas adopté les hymnes révisées au XVIIe si le "psautier Bea".
Pardon de cette si longue réponse...
Bonne chance dans vos recherches.
Au milieu du délabrement actuel, la lecture de ces textes est consolante, en ce qu'elle apporte la fraicheur et la richesse inépuisables de l'Antiquité toujours renouvellée.

( 988642 )
Finalement par Signo (2025-06-08 14:48:41)
[en réponse à 988625]
L’office monastique intégral tel qu’il est chanté dans les monastères bénédictins traditionnels (Barroux et Fontgombault avec leurs filles, Bellaigue, Skita Patrum, Norcia, etc) est la dernière liturgie des Heures encore vivante qui puisse être considérée comme vraiment fidèle à la tradition latine la plus solide et la plus ancienne?

( 988666 )
L'office monastique bénédictin par Montes Gelboe (2025-06-09 10:55:41)
[en réponse à 988642]
n'a pas été affecté par les réformes du pape Pie X. Les suppressions des années 1960-61 l'ont privé des premières vêpres de la plupart des fêtes, et de quelques accessoires.
Il présente l'authenticité de la répartition des psaumes de la Règle de s. Benoit, le texte traditionnel du psautier et des hymnes.
Le Bréviaire monastique publié par le pape Paul V en 1625, a pris pour base le bréviaire "romain" issu de la tradition des frères mineurs, en adaptant le corpus aux particularités de la règle bénédictine.
Il représente en effet la tradition monastique bénédictine, telle qu'après le concile de Trente elle a été codifiée, harmonisée, unifiée etc..au prix de beaucoup d'abandons et de suppressions, parfois peu justifiées et souvent autoritaires.
Ce bréviaire a supplanté progressivement les usages antérieurs très variés des congrégations bénédictines voire des abbayes elles-mêmes.
L'ordre cistercien qui avait opéré une réforme et une unification de l'office au XIIe siècle s'est aligné en partie au XVIIe siècle sur le bréviaire monastique bénédictin, sauf la congrégation féminine d'Espagne qui a gardé entièrement le rit cistercien jusqu'au XXe s.
Seule la Chartreuse avait conservé jusqu'aux années 1970 absolument intact son rit particulier, tant pour la messe que pour l'office, formé au XIIe siècle et inspiré des usages lyonnais, en vertu de la fière maxime : "Jamais réformée parce que jamais déformée".

( 988678 )
Ne vous excusez pas... par Reminescence (2025-06-09 19:43:06)
[en réponse à 988625]
Ne vous excusez pas de la longueur de votre réponse, c'est fort passionnant à lire.
En fait, il faudrait déjà que j'améliore mon latin, - que je commence à apprendre, avant quoi que ce soit.
Je prie pour le moment avec le bréviaire réformé par Saint Pie X et je dois avouer qu'il me convient parfaitement, tandis que je souffre intérieurement avec le bréviaire de 1960, qui est amputé de bien des éléments...
J'ai un bréviaire romain de 1865 en 4 tomes, une édition plus ancienne me semblerait impossible à trouver...
Il y a aussi toujours cette question de "prier avec l'Église" : le clergé prie le bréviaire selon la réforme de Jean XXIII, je sais que quelques-uns utilisent le bréviaire d'avant 1954, mais qu'en est-il des prêtres qui prient le bréviaire antérieur à la réforme de Saint Pie X ?
Du reste, je suis bien d'accord avec vous : la lecture du bréviaire est un peu la dernière branche à laquelle se raccrocher... Assistant très peu fréquemment à la messe selon le rite tridentin et devant, le reste du temps, assister au novus ordo, le bréviaire permet de garder un contact réel avec la Liturgie de l'Église, et de prier en vérité avec elle et en elle.