Le Forum Catholique
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( 988493 )
Trois articles complémentaires sur le nouveau pontificat par Signo (2025-06-04 11:18:02)
L’un, de portée assez générale, publié récemment sur le site de la revue antimoderne
Philitt
L’autre, très intéressant, publié sur le site
diakonos.
Ce dernier article est un résumé d’un article plus long publié par le grand spécialiste italien de la patristique et de l’histoire de l’Eglise
Leonardo Lugaresi sur son blog personnel
Vanitas ludus omnis. J'en partage globalement les analyses, qui rejoignent ce que je dis sur ce forum depuis longtemps.
Je vous en donne ci-dessous une traduction (traducteur Deepl.com et Google traduction pour le dernier chapitre). J'ai mis en gras les passages les plus significatifs :
Dans les analyses que de nombreux observateurs font des premiers pas du pontificat de Léon XIV, il me semble que jusqu'à présent l'utilisation de la catégorie de continuité/discontinuité, appliquée à la comparaison avec le pontificat précédent, prévaut. Si l'on peut employer une métaphore ludique, je dirais que, du point de vue des partisans opposés, les premiers pas du nouveau pape sont jugés en comparant son « style de jeu » avec celui de son prédécesseur et, par conséquent, en évaluant dans quelle mesure il se révèle « bergoglien » ou « non bergoglien », voire « anti-bergoglien ». C'est une tendance compréhensible, à la fois parce que c'est la comparaison la plus facile et la plus immédiate - et souvent aussi la seule possible pour une culture sociale désormais complètement privée de mémoire historique et habituée au souffle court d'une actualité écrasée sur l'échelle étroite des nouvelles - et parce que la « discontinuité » a en fait été la marque de fabrique, recherchée avec rigueur dès le premier instant et exhibée avec une efficacité communicative incontestable jusqu'à la fin, du pontificat de François ; ou du moins de sa représentation médiatique, qu'il a d'ailleurs lui-même voulue et promue et qui, en tout cas, est celle qui a atteint la grande majorité des personnes, à l'intérieur et à l'extérieur de l'Église. Le message perçu par pratiquement tout le monde est que François a été un pape différent. Différents de tous ceux qui l'ont précédé, différents du reste de la hiérarchie catholique, différents des institutions de l'Église (y compris la papauté), et pour cette raison « extraordinairement » aimés ou détestés précisément parce qu'ils sont des « exceptions ».
Le « style » du pape Léon.
Un tel critère, cependant, est à mon avis largement insuffisant pour comprendre le sens de ce qui se passe dans l'Église, et en particulier il n'aide pas à saisir un aspect du style de pensée et de gouvernement du Pape Léon XIV, qui me semble au contraire émerger clairement dans ses premiers discours ; un trait qui mérite au contraire la plus grande attention pour sa valeur paradigmatique, non seulement sur le plan du contenu mais aussi, et je dirais surtout, sur celui de la méthode. Il ne fait en effet aucun doute que, par rapport à l'exception bergoglienne, le pontificat de Léon XIV se présente clairement, au moins dans le style - et, dirais-je, moins par choix programmatique que par sa manière naturelle d'être - comme un retour à l'ordre, à la 'normalité' et à la tradition catholique (si l'on entend cette expression dans son sens authentique), Mais il serait tout à fait erroné d'interpréter ce mouvement comme une réaction, c'est-à-dire comme une action de nature opposée mais égale aux nombreuses « nouveautés » du pontificat précédent, visant à rétablir la continuité en éliminant ce qui l'avait remise en cause dans un passé récent.
Ce qui frappe dans tous les premiers discours du nouveau pape, c'est l'heureux naturel avec lequel il fait continuellement appel à la tradition de l'Église à travers les grands auteurs qui en témoignent : dans l'homélie de la messe célébrée avec les cardinaux le lendemain de son élection, il a cité Ignace d'Antioche ; dans son discours aux agents de communication le 12 mai, Augustin ; le 14 mai, dans son discours aux participants au Jubilé des Églises orientales, c'est au tour d'Éphrem le Syrien, d'Isaac de Ninive, de Siméon le Nouveau Théologien et encore de « son » Augustin, qui revient dans l'homélie de la messe du début de son pontificat, le 18 mai, puis dans son discours du 19 mai aux représentants des autres Églises et communautés ecclésiales, dans l'homélie à Saint-Paul-hors-les-Murs, le 20 mai - au cours de laquelle le pape a également évoqué Benoît de Norcia - et encore dans le discours à l'assemblée des Œuvres pontificales missionnaires, le 22 mai, et dans l'homélie à Saint-Jean-de-Latran, le 25 mai, au cours de laquelle il a également cité Léon le Grand. Des références brèves (comme le sont d'ailleurs ses discours, et c'est là aussi un trait significatif), mais pas dans la manière, mais toutes pertinentes par rapport aux thèmes abordés par le pape. Ces références patristiques s'accompagnent de la référence constante au magistère des papes modernes, en particulier Léon XIII, qui a été mentionné au moins cinq ou six fois dans ses premiers discours, et surtout François, qui est pour ainsi dire omniprésent : je crois que le nouveau pape n'a jamais manqué de le mentionner, chaque fois qu'il s'est exprimé.
Un pape traditionnel, pas un traditionaliste.
C'est précisément sur ce dernier fait que je voudrais attirer l'attention. Dans la perspective herméneutique de la comparaison entre Léon et François mentionnée ci-dessus, on pourrait facilement l'interpréter soit comme une preuve de la « continuité » substantielle du nouveau pape avec son prédécesseur, dont il ne différerait qu'en apparence, en raison de différences de tempérament évidentes et manifestes ; soit, au contraire, comme un simple dispositif tactique et instrumental, visant à prévenir et à apaiser d'éventuelles réactions hostiles à l'égard d'une papauté qui opérerait discrètement une rupture substantielle (et salutaire, du point de vue de ceux qui soutiennent cette thèse) avec la soi-disant « église de François ». Je pense que ces deux approches sont erronées. Ce que le pape Léon a exprimé, dans chacun de ses actes et de ses paroles au cours de ces deux premières semaines de pontificat, n'est rien d'autre que la conception authentiquement catholique de la tradition. En ce qui concerne la compréhension de ce concept, il me semble qu'il existe aujourd'hui un malentendu très répandu parmi les catholiques, qui paradoxalement unit en grande partie les camps opposés des « traditionalistes “ et des ” progressistes » (j'utiliserai ces étiquettes usées par souci de concision, en faisant confiance à la compréhension du lecteur) : celui de lier la tradition au passé, peu importe que ce soit dans l'intention de préserver et de reproposer ce passé, ou au contraire de le rejeter et de le dépasser définitivement. Dans les deux cas, en effet, on s'appuie sur une idée de la tradition comme depositum, une sorte de patrimoine hérité, un entrepôt ou un coffret dans lequel se trouve tout ce que nos ancêtres ont pensé et vécu, cristallisé dans la doctrine et les coutumes. On peut l'apprécier ou la mépriser, mais elle reste de toute façon un objet, un legs qui appartient au passé et qu'il appartient aux héritiers, c'est-à-dire aux sujets vivants d'aujourd'hui, de décider d'utiliser ou non et de quelle manière. Traditionnalistes et progressistes, tout en s'affrontant, pensent de manière très similaire à ce sujet : si l'on y réfléchit bien, les uns et les autres pourraient être accusés de « passéisme » ou d'« indiérisme » (comme l'aurait dit le pape Bergoglio). Si nous prenons, par exemple, le thème délicat et douloureux du conflit sur la liturgie, nous constatons que, paradoxalement, tant les partisans du vetus ordo que les défenseurs exclusifs du novus ordo peuvent être considérés comme des traditionis custodes (pour reprendre ironiquement le titre du malheureux Motu proprio de juillet 2021) dans le sens réducteur et inadéquat dont je parle. Les premiers, en effet, refusent de reconnaître que même ce qui s'est passé après 1962 fait partie de la tradition, mais ne se rendent pas compte que, ce faisant, ils la déclarent finie, c'est-à-dire morte ; les seconds n'acceptent pas que même ce qu'ils appellent novus appartienne en réalité à la tradition d'une époque de l'Église qui, à certains égards, est déjà lointaine (aussi parce que, dans sa prétention à l'innovation, elle a vieilli prématurément). Les premiers font de l'antiquariat, les seconds du modernisme ; tous deux, cependant, passent à côté de l'essentiel, qui est la vie actuelle de l'Église en tant que tradition vivante.
La « tradition vivante
La tradition, au sens authentiquement catholique, ne désigne pas un objet, mais plutôt un processus, ou plutôt une relation. Il s'agit d'un nomen relationis qui renvoie à une relation de transmission, ou plutôt de don, qui implique essentiellement des acteurs vivants (donateur et donataire) et des interactions réciproques qui dépassent le temps. En ce sens, la tradition est toujours vivante : elle appartient au présent, et non au passé, parce qu'elle se produit maintenant ; et c'est précisément parce qu'elle est vivante qu'elle a l'autorité et le pouvoir d'exiger l'obéissance dans le présent. Elle est au cœur de la foi, lui apportant un aspect essentiel sans lequel il n'y a tout simplement pas de christianisme. La foi chrétienne, en effet, par sa nature même, est toujours et uniquement une réponse. Elle n'est jamais une « parole première » émanant d'un sujet humain, mais toujours et dans tous les cas une « parole seconde », en réponse à un appel qui n'appartient qu'à Dieu qui se révèle le premier à nous. Telle est la foi d'Abraham, de Moïse, des prophètes et des apôtres, sur laquelle se fonde la nôtre. Il s'ensuit qu'en ce sens, la parole de l'Église est toujours et uniquement la parole reçue, donc intrinsèquement « traditionnelle ». Dans la mesure où elle a été reçue, cette parole doit être fidèlement conservée et transmise à d'autres, selon ce que Paul a clairement déclaré dès le début de l'histoire chrétienne (alors qu'il n'y avait guère de passé derrière elle) : « Je vous ai transmis en premier lieu ce que j'avais moi-même reçu » (1 Co 15, 3). Définir la parole ecclésiale comme une parole reçue, c'est aussi affirmer que l'Église - à tous ses niveaux, y compris le pape ! - n'a aucun pouvoir sur elle : elle la sert, elle ne l'utilise pas. Elle ne peut donc pas en disposer à sa guise, par exemple pour la rendre plus adaptée à la mentalité et aux attentes de la société contemporaine, telles que nous les concevons.
Il y a cependant un autre aspect qu'il faut souligner pour bien saisir le caractère catholique de cette conception : la parole de Dieu, à laquelle chacun de nous répond personnellement, ne nous parvient pas par une révélation directe et personnelle (comme dans l'illumination intérieure, sola Scriptura, de la conception protestante), mais elle nous est transmise par une chaîne « martyriale » ininterrompue de témoins faisant autorité, et elle nous parvient donc enrichie, voire « vécue » par toutes les réponses qu'elle a reçues tout au long de l'histoire du christianisme. Comme l'a magnifiquement écrit Joseph Ratzinger, évoquant le rôle des Pères dans la théologie contemporaine, « ce n'est que parce que la parole a reçu une réponse qu'elle est restée telle ». La nature de la parole est une réalité de relation [...] elle cesse d'exister non seulement quand personne ne la prononce, mais aussi quand personne ne l'entend ». C'est pourquoi « nous ne pouvons pas lire et écouter la parole en dehors de la réponse qui l'a d'abord reçue et qui est devenue constitutive de sa permanence ». C'est pourquoi l'Église ne peut en aucun cas rompre avec la tradition ou la négliger : c'est toujours « sur la base des Pères » (c'est-à-dire ici au sens large tous ceux qui nous ont précédés dans la foi et nous l'ont transmise) qu'elle lit l'Écriture et qu'elle comprend la Révélation. La Tradition a donc une autorité à laquelle personne dans l'Église ne peut se soustraire, et surtout pas le pape. D'un point de vue catholique, la théorie, qui a circulé ces dernières années, selon laquelle il existe deux pôles distincts dans la dynamique ecclésiale, est donc aberrante : d'une part le traditionnel depositum fidei, acquis oui comme patrimoine inaliénable de l'Église, mais en soi « mort » et nécessitant d'être activé et « réanimé » pour acquérir une signification pastorale et une vitalité communicative, et d'autre part un charisme pétrinien (qui serait cependant, plutôt qu'institutionnel, étroitement lié à la personnalité de l'ecclésiastique), qui serait en quelque sorte l'expression de l'identité de l'ecclésiastique. étroitement lié à la personnalité individuelle du pape pro tempore), qui aurait la tâche prééminente, sinon exclusive, de revitaliser, d'interpréter (et à ce stade, pourquoi pas, si nécessaire, de corriger) ce depositum, afin de tracer le chemin que l'Église doit suivre. On risque ainsi de donner corps à une forme de « papisme non catholique » qui, partant du principe erroné que « le pape peut faire ce qu'il veut », attribue au successeur de Pierre non pas la tâche de confirmer dans l'unité de la foi ses frères, selon le mandat du Christ, mais plutôt celle de façonner une Église à son image. Hier l'« église de François », aujourd'hui celle de Léon, et ainsi de suite.
Ce n'est pas le cas : la seule Église que nous connaissons est « du Christ », et la seule qualification qui lui appartient, en référence à une fonction humaine de garde et de gouvernance, est d'être « apostolique », c'est-à-dire articulée sur le fondement même de la tradition, qui doit être acceptée et comprise dans son intégralité. De par sa nature de transmission ininterrompue de la parole divine, continuellement revécue à travers les réponses de la foi qui l'ont reçue et redonnée, la tradition ne peut être disséquée, en prenant certaines parties et en en rejetant d'autres. Cela signifie que - que les traditionalistes le veuillent ou non - le Concile Vatican II et les pontificats qui l'ont suivi, y compris celui qui s'est achevé il y a un peu plus d'un mois, en font également partie aujourd'hui. C'est pourquoi, quelles que soient les critiques que l'on puisse formuler, il serait absurde, d'un point de vue catholique, d'invoquer une damnatio memoriae de la part du successeur.
Le discernement (krisis) et le « bon usage » (chrêsis) de l'histoire de l'Église également.
Cela signifie-t-il que tout ce qui s'est produit au cours de l'histoire bimillénaire de l'Église, par le simple fait d'avoir été, doit être approuvé, sanctifié et chargé d'une « valeur normative » pour le présent, dans une sorte de version catholique du principe hégélien selon lequel « tout ce qui est réel est rationnel » ? Pas du tout, bien sûr ! L'histoire de l'Eglise, qui est une réalité théandrique, est, dans son versant humain, pleine d'erreurs et même de méfaits, et il faut à cet égard exercer un discernement sans rabais à son égard. C'est ici qu'un autre aspect qui m'a frappé dans les premiers actes du nouveau pape prend de l'importance, à savoir la pratique du « bon usage », la chrêsis dont parlent les Pères de l'Église. C'est le mérite d'un grand savant récemment disparu, auquel je tiens à rendre hommage ici, Christian Gnilka (1936-2025), d'avoir attiré l'attention des chercheurs sur la centralité de ce concept dans l'approche des Pères à l'égard de la culture profane et, en général, de tous les biens de ce monde. La chrêsis est une attitude qui échappe à la dichotomie, aujourd'hui dominante, de l'inclusion et de l'exclusion, parce qu'elle se tient à l'écart de l'acceptation sans critique (qui dégénère alors en soumission) et du rejet préjudiciable (dont le sectarisme est l'émanation), mais elle est encline à rencontrer l'autre à chaque occasion, « en passant tout au crible et en retenant ce qui a de la valeur », selon la formule paulinienne de 1 Th 5, 21, c'est-à-dire en opérant une krisis, le jugement qui « pénètre et sépare » : il s'intéresse à tout, il s'engage avec tout le monde, mais dans tout ce qu'il rencontre, il distingue ce qui est bon, beau et vrai de ce qui ne l'est pas. Selon quel critère ? Le seul possible pour le chrétien : celui que Paul, dans une expression frappante, appelle le nous (c'est-à-dire la pensée, l'esprit) du Christ (cf. 1 Co 2,16). Toute valeur humaine que le chrétien rencontre, accueille et fait sienne, il ne peut donc manquer de la critiquer et de la redéfinir à la lumière du Christ. Il ne s'agit pas d'appropriation culturelle, comme on le dirait peut-être aujourd'hui pour la stigmatiser, mais de tout ramener à sa vérité première. Remettre les choses à leur place : c'est le « bon usage », la chrêsis dont parlent les Pères de l'Église, qui se résume le mieux dans la déclaration du Paul des Actes aux Athéniens : « Ce que vous adorez sans le connaître, je vous l'annonce » (Ac 17,23). Cette affirmation chrétienne, dans laquelle il concrétise la tâche d'être « sel de la terre et lumière du monde » assignée par le Christ aux siens, s'applique cependant non seulement au monde, mais aussi, dans un certain sens, à l'Église elle-même dans sa composante humaine. Toute chose humaine, en effet, a besoin d'être continuellement purifiée, corrigée et redressée : en un mot, ramenée à la vérité du plan divin. C'est là que se trouve l'origine du principe ecclesia semper reformanda, et non dans un cas d'actualisation aux événements du monde. Trois choses sont nécessaires pour mener à bien une telle opération : une certitude de position déterminée par la conscience d'être de nouvelles créatures, parce que ce n'est plus nous qui vivons, mais le Christ qui vit en nous ; une ouverture pleine et cordiale à la réalité, qui, par principe, ne rejette préjudiciellement rien d'humain (parce que tout subsiste dans le Christ) ; un grand courage dans le jugement (parce que le jugement est une forme de témoignage du Christ, c'est-à-dire le martyre).
Le Pape, gardien de l'unité catholique.
Dans l'histoire de l'Église catholique, il n'y a ni révolutions ni restaurations. Dans la mesure où des ruptures surviennent, si elles ne sont pas réparées – et non pas « politiquement », par compromis ou dissimulation, mais dans la vérité de la foi – elles donnent lieu à des schismes et des excommunications, c'est-à-dire à la résection de parties « scandaleuses » afin que le corps, dans son organicité, puisse continuer à vivre ensemble. La tâche de Pierre est essentiellement de préserver la vérité de la foi et l'unité du peuple de Dieu. Un malentendu qui, ces dernières années, semble avoir éclipsé la conscience ecclésiale, a été de penser qu'il appartenait au Pape d'« engager le processus » d'un changement dans la manière d'être de l'Église, sans que la direction à suivre soit claire : pensons par exemple à tous ces discours confus sur la « synodalité », comme s'il s'agissait d'une nouvelle caractéristique essentielle de l'Église. Aujourd'hui, il serait tout aussi erroné de prétendre qu'il appartient au pape de mener une sorte de « contre-réforme ». Si je peux me permettre une prédiction, je crois que cela n'arrivera pas. Je pense plutôt que nous pouvons attendre de Léon XIV non pas tant des corrections explicites ou des rétractations formelles de certains aspects ambigus, confus et parfois problématiques du pontificat précédent, mais plutôt leur « bon usage » qui, si je puis m'exprimer ainsi, « les remet à leur place ». Pour ne citer qu'un exemple, certains ont été mécontents que, dans son discours du 19 mai aux représentants d'autres Églises et d'autres religions, le pape Léon XIV ait cité la controversée Déclaration d'Abou Dhabi. Il est vrai que ce document contient peut-être le passage le plus « problématique » du pontificat de François, car il contient une déclaration sur la volonté divine que les hommes adhèrent à d'autres religions que la foi chrétienne, presque impossible à interpréter d'une manière compatible avec la doctrine catholique. Cependant, de la part de ceux qui sont fermement ancrés dans la certitude (scripturaire et traditionnelle !) que tous les hommes sont appelés à se convertir au Christ, car « il n'y a de salut en aucun autre, car il n'y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés » (Actes 4, 12), on peut très bien citer un autre passage, tout à fait anodin, de ce même document, précisément dans la logique que j'ai tenté de décrire. C'est également ainsi, je l'espère, qu'une sorte de « réabsorption de l'exception bergoglienne » dans le corps vivant de la tradition aura lieu.
Un facteur de sécurité fondamental dans le nouveau pontificat semble être déjà acquis, compte tenu de l'expérience de ces premières semaines. Contrairement à son prédécesseur, Léon ne nous fera pas craindre d'être pape « selon ses propres conditions », ce qui est crucial. Il l'a clairement indiqué dès le début, lorsque, se référant à une phrase d'Ignace d'Antioche (mais reprenant des réflexions que Benoît XVI avait également formulées en son temps), il l'a défini comme « un engagement indispensable pour quiconque, dans l'Église, exerce un ministère d'autorité, celui de disparaître pour que le Christ demeure, de se faire petit pour qu'il soit connu et glorifié, de se dépenser pleinement afin que personne ne manque l'occasion de le connaître et de l'aimer ». C'est dans ce sens que j'ose espérer que le style de son pontificat sera « ratzingerien » et « patristique ».

( 988497 )
texte intéressant qui demanderait de longs commentaires par Luc Perrin (2025-06-04 15:47:13)
[en réponse à 988493]
Je me limiterai à une question à l'A. (L. Lugaresi) et à vous-même Signo.
L'A. énonce cette ligne qui paraît sur le papier logique au vu de ce que l'on sait de Robert F. Prevost et des premiers pas de Léon XIV :
"Je pense plutôt que nous pouvons attendre de Léon XIV non pas tant des corrections explicites ou des rétractations formelles de certains aspects ambigus, confus et parfois problématiques du pontificat précédent, mais plutôt leur « bon usage » qui, si je puis m'exprimer ainsi, « les remet à leur place ». (...) C'est également ainsi, je l'espère, qu'une sorte de « réabsorption de l'exception bergoglienne » dans le corps vivant de la tradition aura lieu."
Voilà pour le principe, la méthode supposée. Maintenant passons au plan pratique, la "charlottisation" en cours avec une toute dernière interpellation du Pape par Mgr Martin :
comment opère-t-on à Rome une "réabsorption de l'exception bergoglienne Traditionis custodes dans le corps vivant de la Tradition" SANS "correction explicite" ni "rétractation formelle etc." ?
J'avoue que cela me laisse perplexe. Par une suspension indéfinie du texte remisé sur une étagère du Vatican afin d'y prendre la poussière ?
La méthode me semble avoir ses limites pour certains dossiers où il sera, je pense, difficile d'éviter la correction de trajectoire : des inflexions/corrections maintes fois intervenues dans l'histoire de l'Église.

( 988501 )
Sortie de crise ? par Signo (2025-06-04 16:48:15)
[en réponse à 988497]
Concernant la manière dont il va s’y prendre pour apaiser la question liturgique, il existe différents modes d’action, que le site Belgicatho a évoqués dans cet
article.
D’une manière plus générale, je pense que c’est ainsi qu’il faut envisager, à long terme, une éventuelle « sortie de crise » pour l’Eglise. Je ne crois pas (que ce soit pour Léon XIV ou pour les papes qui suivront) à un pontificat de restauration frontale dans laquelle le pape dénoncerait ouvertement les enseignements conciliaires et postconciliaires pour restaurer l’état doctrinal de l’Eglise de 1950. Les bouleversements de la réforme post-conciliaire sont irréversibles dans le sens ou ce qui a été détruit ne pourra pas revenir tel quel ; il suffit d’ailleurs de voir avec lucidité l’état de la plupart des diocèses pour s’en rendre compte. Par ailleurs je pense que Léon XIV adhère sincèrement à Vatican II ; simplement il n’en fait pas la même lecture que celle de son prédécesseur, ou de manière générale que celle du courant progressiste.
Ce qui est une hypothèse à la fois souhaitable et réaliste, c’est une sortie de crise très lente et progressive, s’étalant sur plusieurs pontificats successifs, au cours desquels les enseignements conciliaires et post-conciliaires les plus ambigus subiront progressivement une réinterprétation dans un sens orthodoxe et traditionnel, tout en s’inscrivant dans un discours officiel revendiquant sa continuité avec l’œuvre conciliaire. Il s’agit donc d’un long processus de « digestion » dans lequel le bon sera assimilé et le moins bon sera progressivement éliminé et finira par tomber dans l’oubli (comme de nombreuses prescriptions de nombreux conciles à travers l’histoire, que tout le monde a oublié). Comme le disait feu le bon pape François, « le temps est supérieur à l’espace… »
MAIS il faut garder conscience que l'on restera très longtemps (a minima plusieurs décennies, voire un siècle ou plus) dans une "zone grise"...

( 988503 )
Quelle autre "lecture" par AVV-VVK (2025-06-04 17:03:21)
[en réponse à 988501]
pourrions-nous faire de ce que l' Eglise même nous enseigne ?
ACTES DU II° CONCILE DU VATICAN — L'Église
L'Esprit et l'Église.
Lorsque fut accomplie l'œuvre que le Père avait chargé son Fils de réaliser sur la terre, le Saint-Esprit fut envoyé, le jour de la Pentecôte, afin de sanctifier continuellement l'Église et donner ainsi aux croyants accès vers le Père, par le Christ, dans l'unique Esprit. Celui-ci est l'Esprit de vie, source jaillissante pour la vie éternelle, par qui le Père donne la vie aux hommes morts au péché en attendant qu'il ressuscite dans le Christ leurs corps mortels.
L'Esprit habite dans l'Église et dans les cœurs des fidèles comme dans un temple, c'est en eux qu'il prie et qu'il rend témoignage à leur adoption de fils de Dieu. Cette Église, qu'il guide vers la vérité tout entière, qu'il unifie par la communion et le ministère, l'Esprit lui fournit ses moyens d'action et la dirige par la diversité de ses dons hiérarchiques et charismatiques, et il l'embellit par ses fruits.
Par la vigueur de l'Évangile, il assure sa jeunesse, il la renouvelle sans cesse, il la conduit jusqu'à l'union parfaite avec son Époux. Car l'Esprit et l'Épouse disent au Seigneur Jésus : Viens !
L'Église apparaît ainsi comme « le peuple unifié qui participe de l'unité du Père, du Fils et de l'Esprit Saint ». ~
L'ensemble des fidèles, consacrés par l'onction qui vient du Saint-Esprit, ne peut se tromper dans la foi. L'Église manifeste ce privilège par le sens surnaturel de la foi qui appartient au peuple entier lorsque « des évêques jusqu'aux derniers des fidèles laïcs » elle manifeste un accord universel en matière de foi et de mœurs.
En effet, par ce sens de la foi, éveillé et soutenu par l'Esprit de vérité, le peuple de Dieu, conduit par le magistère de l'Église auquel il acquiesce avec fidélité, ne reçoit plus une parole venant des hommes : il reçoit vraiment la parole de Dieu. Il adhère indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes, il y pénètre plus profondément par la rectitude de son jugement, il l'applique plus complètement dans sa vie.
L'Esprit Saint ne se borne pas à sanctifier et à conduire le peuple de Dieu par les sacrements et les ministères, ni à l'orner de vertus. En outre, il distribue à chacun ses dons selon sa volonté ; c'est-à-dire que, parmi les fidèles de toute catégorie, il répartit aussi des grâces particulières qui rendent capable et disponible pour assumer des entreprises et des fonctions diverses, avantageuses pour renouveler et développer l'Église, selon cette parole : Chacun reçoit le don de manifester l'Esprit en vue du bien de tous.
Ces charismes, les uns plus éclatants, les autres plus simples et plus communément répandus, doivent être reçus avec action de grâce et réconfort, du fait qu'ils sont principalement adaptés et utiles aux besoins de l'Église.
Lien: AELF (04.06.2025)

( 988504 )
ah oui quand même par jejomau (2025-06-04 17:30:29)
[en réponse à 988501]
D'une part vous écrivez que les enseignements Magistériels de l'Eglise ont été atteints gravement par le Concile:
Je ne crois pas (que ce soit pour Léon XIV ou pour les papes qui suivront) à un pontificat de restauration frontale dans laquelle le pape dénoncerait ouvertement les enseignements conciliaires et postconciliaires pour restaurer l’état doctrinal de l’Eglise de 1950. Les bouleversements de la réforme post-conciliaire sont irréversibles dans le sens ou ce qui a été détruit ne pourra pas revenir tel quel
D'autre part vous dites que Léon XIV va poursuivre dans cette voie
Là déjà j'avoue que vous faites fort..
Mais si j'ai bien compris le premier post, le "traditionnaliste" est passéiste et vit dans la chimère d'une Tradition morte alors que depuis le Concile, l'Eglise ressuscite avec une Tradition "vivante"..
Intéressant... surtout pour moi qui, comme traditionnaliste accepte
tout le Concile VII mais tient d'abord et avant tout à vivre sa Liturgie

( 988505 )
Oui et non par Signo (2025-06-04 18:18:25)
[en réponse à 988504]
1. Je ne dis pas «que les enseignements Magistériels de l'Eglise ont été atteints gravement par le Concile ». Je dis que dans les enseignements du Concile, il y a beaucoup de choses excellentes, mais aussi quelques passages ambigus, voire contestables et dangereux, qui devraient être corrigés, d’une manière ou d’une autre.
2. Ce que je dis également, c’est qu’il ne faut pas s’imaginer que l’histoire des ambiguïtés doctrinales commence avec Vatican II, par contraste avec un enseignement précédent toujours parfaitement clair et limpide. En réalité les ambiguïtés ont toujours existé, et je pourrais écrire un livre sur les ambiguïtés, les exagérations, les termes contestables, les affirmations théologiques déséquilibrées voire fausses dont regorge le magistère pré-Vatican II. De nombreuses corrections doctrinales avaient d’ailleurs déjà eu lieu dans le passé.
3. J’apprends avec surprise que vous acceptez tout le Concile, nonobstant j’imagine des réserves sur certains passages, tout en revendiquant l’usage de l’ancienne liturgie. C’est également mon cas. Vous ne partagez donc pas l’avis de ceux qui pensent que la vie de l’Eglise s’est arrêtée net en 1962, dans tous les domaines. C’est ce fixisme qui est dénoncé comme étant une « tradition morte », et hélas c’est un peu la position de la FSSPX.
Ensuite je suis loin de dire (et l’auteur de l’article ne le dit pas non plus) que l’Eglise a « ressuscité » avec Vatican II. Certainement pas! Je dis même le contraire, il y a eu une vraie rupture dans la tradition catholique à l’occasion du Concile (mais ce dernier n’étant pas en cause).

( 988515 )
sur la sortie de la crise générée par T.C. par Luc Perrin (2025-06-04 21:16:34)
[en réponse à 988501]
plus précisément.
Pour la "sortie de La Crise" oui "le temps est supérieur à l'espace" et ce que vous écrivez est de bon sens : cela revient néanmoins à effacer le pontificat du diviseur bergoglien peu ou prou et reprendre l'effort de convergence qui prévalait entre 1974 et 2013.
Mais l'écharde T.C. comme je le dis plus bas fait mal hic et nunc. Il y a des tumeurs qu'il faut opérer et traiter : attendre n'est pas conseillé.
Les différentes options résumées par Edward Pentin - prises à plusieurs auteurs respectables - se résument en fait à deux et aucune n'est sans correction de T.C. :
- soit on met un terme à T.C. en rétablissant S.P. avec un enrobage adéquat qui ménage les bergogliens éradicateurs dans leur amour propre
- soit on édite une Instruction (formule Shaw) qui redonnerait aux évêques leurs pouvoirs au fond comme sous le régime Ecclesia Dei 1988 amendé.
[cette seconde option a l'inconvénient de conforter Mgr Martin et ceux de son courant éradicateur ; elle prendrait l'exact contrepied de la lettre Roche du 8 avril 2025 aux évêques de France : cela suppose un autre préfet du dicastère pour le Culte divin]
L'option des "gestes" ne suffit pas, ni pour Léon XIV ni pour Benoît XVI avant lui. Clairement Mgr Martin n'a que faire des gestes du Pape quand il célèbre et prie en latin puisqu'il entend interdire le latin intégralement par ex. L'évêque dit bien qu'il appliquera le texte en vigueur avec férocité s'il n'est pas amendé. Il y a un étroit juridisme culturel aux États-Unis qui déborde le catholicisme.

( 988523 )
Personnellement par Signo (2025-06-04 22:32:12)
[en réponse à 988515]
Je crois plus à la deuxième solution: décentralisation de la question au niveau des évêques, pourquoi pas avec une lettre incitant à la bienveillance. Cela rendrait la liberté à ceux qui le veulent de créer de nouvelles paroisses personnelles, de célébrer dans des églises paroissiales, d’autoriser des prêtres nouvellement ordonnés à célébrer le VOM sans avoir à demander la permission à Rome, etc.
Je ne crois pas à un retour au cadre de SP qui était à la fois bancal sur le plan juridique et très daté (nous ne sommes plus sous l’ère Ratzinger).
Très honnêtement, au risque de paraître un peu égoïste et chauvin je m’intéresse surtout à la France et très peu aux USA dont le contexte semble différent. Sous le pontificat actuel, je dirais que des comportements « durs » comme ceux de Mgr Martin nous rendent presque service car cette dureté est indéfendable et renforce notre argumentaire. De même que dans le sens inverse, les comportements outranciers de certains tradis renforcent l’argumentaire Grillo/Roche. D’une manière générale être excessivement raide c’est tirer contre son camp, surtout sous un pontificat placé sous le signe de la modération et de la communion.

( 988542 )
Sortie de crise par Joseph Dastros (2025-06-05 11:07:27)
[en réponse à 988515]
Je ne crois pas non plus à une restauration de SP. Léon XIV doit sortir par le haut de cette crise, et ne pas opposer ses prédécesseurs entre eux.
A mon avis il y aura d'abord un adoucissement sur le respect des normes de TC et des signes de plus en plus formels donnés par Léon XIV. De nombreux observateurs ont affirmé que Léon XIV savait trancher, j'imagine donc un nouveau document redonnant de la liberté. Un document assez long et centré sur le Bon Dieu et la liturgie, pas un règlement juridique. Reste la question de la date et des modalités. Il va forcément redonner de la liberté aux évêques, et ensuite il peut aussi protéger les tradis par une commission romaine spécifique ou même créer un ordinariat plus formel avec un évêque/cardinal à la tête. Ca serait bien aussi de commencer à rapprocher (enrichissement mutuel) les calendriers liturgiques pour favoriser l'unité, mais bon c'est peut-être trop tôt.
Je ne crois pas à une publication de la consultation des évêques de François sur le sujet : ça mettrait en évidence les malversations et accentuerait la division, et les témoignages n'incluent pas les conséquences de TC. Et Léon XIV pourra s'appuyer sur ce qui s'est dit pendant le conclave, et/ou réunir formellement les cardinaux sur ce sujet spécifique.

( 988509 )
situation qui s'est déjà produite par Réginald (2025-06-04 20:02:17)
[en réponse à 988497]
J'avoue que cela me laisse perplexe. Par une suspension indéfinie du texte remisé sur une étagère du Vatican afin d'y prendre la poussière ?
C’est pourtant une situation que l’Église a déjà connue. Face à certaines impasses , elle opte parfois pour une suspension de fait, une forme de prudente mise entre parenthèses, qui, sans être officiellement tranchée, finit par devenir la norme implicite. L’exemple le plus classique est celui du prêt à intérêt, autrefois condamné sans nuance comme usure, même à taux modique. Malgré le rappel vigoureux de cet interdit par Benoît XIV dans l’encyclique Vix pervenit (1745), une tolérance pratique s’est progressivement installée, sans qu’un changement doctrinal explicite ne soit jamais proclamé.

( 988511 )
bien entendu ... mais par Luc Perrin (2025-06-04 20:48:35)
[en réponse à 988509]
sans aller chercher dans les coins obscurs, mon concile préféré - je galéje un peu - Latran V a bien été mis sur l'étagère l'encre à peine sèche et n'a trouvé d'application très partielle que plus tard avec Trente.
Toutefois personne n'a oublié T.C. ni le cardinal Roche (cf. plusieurs fils sur son activisme y compris en France) ni ... Attila Martin, le trop fameux franciscain éradicateur de Charlotte. Mieux Mgr interpelle indirectement le Pape à ce sujet dans son dernier poulet.
J'ai entendu d'une source anglophone avec agenda papal à l'appui que Son Éminence le cardinal au coeur de pierre envers la Messe romaine traditionnelle a été reçu le matin par Léon XIV et que le communiqué d'Attila repoussant jusqu'au 2 octobre est arrivé ce même jour plus tard. Coïncidence ? Il y a 6 heures de décalage horaire entre Rome et Charlotte (6h plus tôt).
Cette même source répercutait la rumeur que les attributions à la Curie maintenues à titre provisoire seraient clarifiées en août : ceci irait dans le sens de l'incise placée curieusement par Mgr Martin dans son communiqué qui signale sous réserve d'une modification de T.C qui intervienne avant le 2 octobre.
Bref l'écharde (T.C.) plantée dans la mule du pape par François est toujours là et ne se laisse pas oublier si aisément que Latran V ou l'exemple que vous avez pris. Certains en outre appuient bien là où cela fait mal ...

( 988516 )
Source ? par Candidus (2025-06-04 21:19:17)
[en réponse à 988511]
Pourriez-vous, s'il vous plaît, partager avec nous la source anglophone que vous citez ? Si c'est une source publique bien sûr.

( 988519 )
Effectivement par Candidus (2025-06-04 21:36:10)
[en réponse à 988511]

( 988525 )
j'ai consulté tant de vidéos anglophones par Luc Perrin (2025-06-04 22:39:59)
[en réponse à 988519]
ces jours sur le sujet de Charlotte que je n'ai plus en tête celle qui faisait ce rapprochement et donnait la référence que vous avez trouvée sur l'agenda du Saint-Père.
Ce n'est pas de la mauvaise volonté de ma part... et il y en a plein que je n'ai pas eu le temps et l'énergie de consulter.
Comme je l'ai dit, la médiasphère anglophone catholique et plus largement "conservatrice" au sens américain est en ébullition autour de Mgr Martin et de sa politique d'éradication de la Tradition.
Mauwgan donne quelques informations complémentaires sur cette ébullition dans un autre fil.

( 988514 )
L'union de Brest : le mieux aurait été l'ennemi du bien par Candidus (2025-06-04 21:14:58)
[en réponse à 988509]
Il existe un autre exemple de suspension de polémiques qui dans les faits aboutissait à escamoter un problème que l'on ne savait pas résoudre. C'est le traité de Brest, à l'origine de la réunion à l'Eglise romaine d'un groupe d'orthodoxes qui deviendra l'Église Ruthène. Nous sommes en 1595 sous le pontificat de Clément VIII. Les deux principaux obstacles à l'union étaient le purgatoire et le Filioque, comment les surmontera-t-on ? Par une ambiguïté. Voici le texte de l'Union qu'ont signé les orthodoxes.
Concernant le purgatoire :
« Nous ne débattrons pas du purgatoire, mais nous faisons confiance à l’enseignement de la Sainte Eglise » (notons qu'ils ne disent pas la "Sainte Eglise romaine" et que les orthodoxes se considèrent comment membres de la "Sainte Eglise".)
Concernant le Filioque :
« Comme il existe une querelle entre les Romains et les Grecs au sujet de la procession du Saint-Esprit qui empêche l’unité […] nous demandons de ne pas être soumis à une doctrine différente de celle qui nous a été transmise par le Saint-Esprit, par l’évangile et par les écrits des Docteurs Grecs, c’est à dire que le Saint-Esprit ne procède pas de deux sources, ni d’une double procession, mais d’une seule origine, du Père, par le Fils ».
Examinée à la loupe, cette déclaration contient sur les deux points litigieux une bonne dose d'équivocité, une manière d'esquiver les problèmes et les divergences qui existaient alors, mais qui avec le temps ont fini par se résoudre. C'est une belle illustration de la pertinence de l'adage cher à François : "le temps est supérieur à l'espace" ; une dynamique d'union, avec toutes les limites des ambiguïtés présentes dans ce document, a été plus féconde que l'imposition d'un cadre rigide et limpide sur le plan théologique, mais qui n'aurait probablement jamais permis l'union.
En linguistique, on dirait que l'approche diachronique est plus féconde que l'approche synchronique. Une trajectoire dans le temps est plus constructive qu'un état figé, fût-il plus conforme aux exigences doctrinales. Une variante de l'adage "le mieux est l'ennemi du bien".

( 988499 )
Sans racines qui puisent dans le passé, on n'a pas d'avenir par Candidus (2025-06-04 16:04:36)
[en réponse à 988493]
J'ai relevé une idée très intéressante dans ce texte : "dans sa prétention à l'innovation, [le fruit de la Réforme liturgique] a vieilli prématurément". Quand on est trop préoccupé à faire du neuf, à rompre avec le passé, on s'expose à mal vieillir, à vieillir précocement.
C'est vérité est particulièrement visible dans le domaine de l'architecture. Avez-vous noté comme les immeubles modernes vieillissent mal ? Regardez les constructions haussmaniennes qui s'approchent du siècle et demi d'existence, leur esthétique ne vieillit pas, même non ravalées elles conservent leur élégance, leur attractivité intemporelle. Considérez les immeubles modernes, grosso modo tout ce qui date de l'après la guerre ; c'est peut-être une impression partiellement subjective, mais passé une trentaine d'années, toutes choses égales par ailleurs, je les trouve immondes.

( 988508 )
tout à fait par Réginald (2025-06-04 19:10:48)
[en réponse à 988499]
Ce que vous dites de l’architecture pourrait tout aussi bien s’appliquer à certains textes conciliaires. On y retrouve la même confiance naïve dans le progrès, les sciences humaines et les capacités de l’homme moderne à se construire un monde meilleur. Gaudium et spes, en particulier, porte la marque d’un optimisme historique qui, s’il se comprend dans le contexte des Trente Glorieuses et du concile Vatican II, paraît aujourd'hui daté et lunaire.