CHAPITRE VIII
LE ROI DE LA CITE DU BIEN.
« Que veux-je dire par là ? demande saint Augustin. Est-ce que le Saint-Esprit peut gémir, Lui qui jouit de la souveraine félicité avec le Père et le Fils ? Assurément non. Le Saint-Esprit en Lui-même et dans la bienheureuse Trinité ne gémit point ; mais Il gémit en nous, parce qu’Il nous apprend à gémir. Et certes, ce n’est pas peu de chose que le Saint-Esprit nous apprenne à gémir.
En nous insinuant à l’oreille du cœur que nous sommes voyageurs dans la vallée des larmes, Il nous apprend à soupirer pour l’éternelle patrie, et ce désir produit nos gémissements. Celui qui est bien, ou plutôt qui se croit bien dans cette terre d’exil, celui qui s’enivre de la joie des sens et qui, nageant dans l’abondance des biens temporels, se repaît d’une vaine félicité, celui-là ne fait entendre que la voix du corbeau ; car la voix du corbeau est criarde et non gémissante.
« Au contraire, celui qui sent le fardeau de la vie, qui se voit encore séparé de Dieu et privé de la béatitude infinie qui nous est promise, qu’il possède en espérance, mais qu’il ne possédera en réalité que le jour où le Seigneur viendra dans l’éclat de Sa gloire, après être venu dans l’humilité ; celui qui connaît cela gémit ; et, tant qu’il gémit pour cela, il gémit bien : c’est le Saint-Esprit qui lui apprend à gémir et à imiter la colombe.
Beaucoup, en effet, gémissent lorsqu’ils sont frappés de quelques adversités, ou en proie aux douleurs de la maladie, ou sous les verrous d’une prison, ou dans les chaînes de l’esclavage, ou sur les flots entr’ouverts pour les engloutir, ou dans les embûches dressées par leurs ennemis; mais ils ne gémissent pas du gémissement de la colombe : ce n’est ni l’amour de Dieu qui les fait gémir, ni le Saint-Esprit qui gémit en eux. Aussi, quand ils sont délivrés de leurs maux, vous les entendez se réjouir à haute voix : ce qui montre qu’ils sont des corbeaux et non des colombes».
Il est exportateur. Tout le bien, digne de ce nom, qui s’est accompli depuis le commencement du monde, qui s’accomplit encore, qui s’accomplira jusqu’à la consommation des siècles, est dû aux fils du Saint-Esprit, aux citoyens de la Cité du bien. Qui leur en donne le vouloir et le faire ? Leur Roi. Sans son secours, nul ne peut même prononcer d’une manière utile pour le ciel le nom du Rédempteur. Abel offre généreusement au Seigneur ses agneaux les plus gras. Je vois le sacrifice : où est l’âme qui l’inspire ? Quel en est l’exhortateur ? Le Roi de la Cité du bien.
Pendant cent ans, Noé brave les railleries de ses contemporains et construit lentement l’arche qui doit sauver l’espèce humaine. Je vois le courage du patriarche, je vois le navire : quel est le soutien de l’un et l’inspirateur de l’autre ? Le Roi de la Cité du bien. Je vois Abraham liant sur le bûcher son fils unique, Isaac, et levant la main pour l’immoler : quel est l’exhortateur et le guide de l’héroïque père des croyants ? Le Roi de la Cité du bien. Je vois, dans la suite des siècles anciens, les patriarches, les prophètes, les rois et les guerriers d’Israël accomplir mille actions d’éclat, triompher de mille difficultés, affronter sans crainte d’innombrables douleurs quelle fut l’âme de ces grandes âmes ? Quel fut leur exhortateur ? Le Roi de la Cité du bien.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde