CHAPITRE VI
LA CITÉ DU BIEN ET LA CITÉ DU MAL.
Qu’est-ce que l’homme et quels sont ses ennemis ? L’homme est un roseau, et un roseau naturellement incliné vers le mal. La nature entière, révoltée contre lui, semble liguée pour l’écraser. Autour de lui, des myriades d’animaux malfaisants ou incommodes, à la dent meurtrière, ou au venin plus meurtrier encore, attentent nuit et jour à son repos, à ses biens et à sa vie.
Au-dessus de lui, le ciel qui l’éclaire, l’air qu’il respire, devenus tour à tour glace ou brasier, mettent la conservation de ses jours au prix de soins fatigants et de précautions continuelles. En perspective lui apparaît, au terme de sa douloureuse carrière, la tombe avec ses tristes mystères de décomposition.
En attendant, la maladie sous toutes les formes, avec son innombrable cortège de douleurs plus vives les unes que les autres, l’assiège dès le berceau et le pousse incessamment à l’irritation, au murmure, quelquefois au blasphème et même au désespoir.
Au lieu d’alléger son fardeau, les compagnons de ses périls et de ses labeurs ne servent trop souvent qu’à l’aggraver. La moitié du genre humain semble créée pour tourmenter l’autre. Condamné à cultiver une terre hérissée d’épines, il mange un pain presque toujours arrosé de sueurs ou de larmes.
Comme le forçat, il traîne péniblement, sur le difficile chemin de la vie, la longue chaîne de ses espérances trompées. Aujourd’hui, riche et entouré ; demain, pauvre et délaissé. Son existence physique n’est qu’une succession continuelle de mécomptes, de servitudes humiliantes, de travaux et de douleurs, par, conséquent de tentations terribles.Pendant qu’au dehors tout lutte contre lui, il est obligé de soutenir au dedans une guerre plus redoutable encore. Enveloppé d’ennemis invisibles, acharnés, infatigables, d’une malice et d’une puissance dont les limites lui sont inconnues, pour comble de danger il porte en lui-même des intelligences nuit et jour attentives à le livrer.
Des pièges de toute nature sont tendus à chacun de ses sens, et le bien même lui devient une occasion de chute : tel est l’homme (Tel il a toujours été. Sa triste condition, dépeinte par saint Augustin, donnera, il faut l’espérer, une large place à la Miséricorde. Meditat., c. XXI).
Eh bien ! cet être si fragile, si combattu, si exposé à périr que l’épaisseur d’un cheveu, une simple mauvaise pensée, le sépare de l’abîme, luttera pendant soixante ans sans tomber : ou, s’il tombe quelquefois, il se relève, reprend courage et malgré la nature, malgré l’enfer, malgré lui-même, demeure victorieux dans le dernier combat.
Repousser l’ennemi n’est qu’une partie de sa gloire. Voyez ce fils de la poussière et de la corruption, prenant l’offensive, et, s’élevant par l’héroïsme de ses vertus jusqu’à la ressemblance de Dieu ; puis portant la guerre au cœur même de l’empire ennemi, renversant les citadelles de Satan, lui arrachant ses victimes, plantant l’étendard de la croix sur les ruines de ses temples, guérissant ce qu’il avait blessé, sauvant ce qu’il avait perdu et, au prix de son sang joyeusement versé, faisant fleurir l’humilité, la charité, la virginité dans des millions de cœurs, jusqu’alors esclaves de l’orgueil, de l’égoïsme et de la volupté.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde