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images/icones/ancre2.gif  ( 985168 )La miséricorde a bon dos ! par Paterculus (2025-03-13 17:22:39) 

Une amie m'a envoyé ce texte, que je trouve très actuel, et que je vous propose en espérant qu'il n'a pas encore été mis sur le FC. Qu'en pensez-vous ?
Votre dévoué Paterculus

la miséricorde de Dieu précipite plus d'âmes en enfer que sa justice

D'après un savant auteur (P. Gisolfo, La guida de'peccatori, p. I, disc. 6, n. 1, t. 1, Naples, 1694, p. 165), la miséricorde de Dieu précipite plus d'âmes en enfer que sa justice, parce que, comptant témérairement sur la miséricorde, tant de malheureux continuent à pécher et finissent par se perdre. Que Dieu soit un Dieu de miséricorde, personne ne le nie. Cependant, combien d'âmes n'envoie-t-il pas chaque jour en enfer? Car s'il est miséricordieux, il est juste aussi; et par conséquent, obligé de punir celui qui l'offense. Ah! Certes, il use de miséricorde. Mais envers qui? Envers ceux qui le craignent. « Il a étendu sa miséricorde sur ceux qui le craignent, dit David, et c'est de ceux qui le craignent que le Seigneur a compassion » (Psaume 102, 11). Mais contre ceux qui le méprisent et qui s'autorisent de sa miséricorde pour le mépriser davantage, il en appelle à sa justice. Et il doit en être ainsi. Car Dieu pardonne le péché, mais il ne peut pardonner la volonté de pécher. Celui qui pèche avec le dessein de se repentir ensuite, celui-là, dit saint Augustin, ne se repent pas, mais il se moque. Or l'Apôtre nous apprend que Dieu ne se laisse pas tourner en dérision: « Ne vous y trompez pas: on ne se rit pas de Dieu » (Galates 6, 7). Et ne serait-ce pas le tourner en dérision que de l'offenser comme il nous plaît, autant qu'il nous plaît, et de prétendre ensuite au Paradis?
Dieu m'a toujours traité avec tant de miséricorde et il m'a épargné jusqu'ici; j'espère donc qu'il ne se départira pas à l'avenir de sa miséricorde envers moi. Ainsi, parce que le Seigneur a eu compassion de vous, le voilà donc tenu d'user toujours de miséricorde à votre égard et de jamais vous punir. Eh bien, non. Plus ses miséricordes envers vous ont été grandes, plus aussi vous devez craindre qu'il ne vous refuse le pardon et qu'il vous punisse, si vous l'offensez de nouveau. « Ne dis pas: j'ai péché; et que m'est-il arrivé de triste? Car le Très Haut, quoique patient, rend selon les mérites » (Ecclésiastique 5, 4). Dieu supporte, mais il ne supporte pas toujours. La limite de sa miséricorde envers chaque pécheur est déterminée d'avance; une fois cette limite atteinte, il frappe de façon à punir pour tous les péchés ensemble. « Et plus il aura attendu qu'on fasse pénitence, dit saint Grégoire, plus l'enfer sera terrible » (S. Grégoire le Grand)
Vous donc, mon frère, qui reconnaissez avoir si souvent offensé Dieu, sans qu'il vous ait précipité en enfer, vous avez bien sujet de vous écrier: « C'est grâce aux miséricordes du Seigneur que nous n'avons pas été consumés » (Lamentation 3, 22). Oui, Seigneur, je vous remercie de ne m'avoir pas précipité en enfer comme je le méritais! Car pensez combien d'âmes sont maintenant damnées pour avoir commis moins de péchés que vous. Que cette pensée vous anime à la pénitence et à d'autres bonnes oeuvres, afin de réparer les offenses dont vous vous êtes rendu coupable envers Dieu. Ne faites pas de sa patience à votre égard un motif pour l'outrager davantage. Au contraire, servez-le et aimez-le d'autant plus que vous voyez avec quelle miséricorde il vous traite, de préférence aux autres.
Saint Alphonse de Liguori
images/icones/pelerouin1.gif  ( 985173 )Sur un tel sujet par Jean-Paul PARFU (2025-03-13 20:07:20) 
[en réponse à 985168]

Il me semble que l'on doive distinguer la relation directe avec Dieu et la relation indirecte avec Dieu.

- La relation directe avec Dieu résulte d'une grande grâce dont on a mal usée ou dont Dieu estime que la personne, qui en a été favorisée, l'a en fait refusée (par exemple, par manque de réception spontanée dans la foi, l'espérance et la charité). Là, il y a sanction, y compris dans cette vie !

- La relation indirecte qui est celle, la plupart du temps, de tout un chacun, baptisé ou ayant finalement vocation à l'être, c'est-à-dire la plupart des hommes. Dans ce cadre, Dieu fait le plus souvent preuve de patience et, eu égard à Sa Providence naturelle et à Sa Providence surnaturelle, attend, en quelque sorte, la mort de la personne pour la sanctionner, si nécessaire.

D'où une apparence d'injustice, puisque des hommes qui ont eu une relation directe avec Dieu, mais qui ont commis une faute qui peut même sembler parfois légère, de surcroît pardonnée (car Dieu dans ce cadre fait en sorte que la personne agisse sous l'impulsion de la grâce de manière à être pardonnée), mais qui devront pourtant l'expier toute leur vie (justice vengeresse de Dieu), tandis que des hommes qui n'ont pas eu cette relation et se contentent de vivre, et même de vivre très mal, ne sentiront le poids de la justice divine que via les circonstances de la vie qui briseront éventuellement ou mettront un frein à leur hubris ou qu'après leur mort.