( 985059 )Carême : le retour par Roger (2025-03-10 13:37:10)
Les catholiques de forme ordinaire re-découvrir le Carême. En soi c'est une bonne nouvelle en soi - et puis c'est un peu l'indice de la fin de l'esprit laxiste attaché au concile Vatican II !
L'analyse d'une sociologue
Carême : « En recherche de radicalité, les jeunes catholiques définissent leurs propres pratiques »
La cendre est imposée sur le front sous la forme d’une croix lors de la célébration du mercredi des Cendres qui ouvre la période de Carême. Ici, le 14 février 2024 à l’église Saint-Merry (Paris).
Corinne Simon / Corinne Simon
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Succès en librairie du Compagnon de Carême, parcours en tous genres… les catholiques réinvestissent-ils ce temps liturgique ?
Isabelle Jonveaux : Oui, absolument, en ce qui concerne les catholiques pratiquants. La pratique du Carême était un peu tombée en désuétude. Jusque dans les années 1990, les fidèles avaient beaucoup de mal à accepter que l’Église leur fasse des prescriptions d’ordre corporel, comme le jeûne et l’abstinence, qui étaient alors les règles principales du Carême, même si elles n’ont jamais été données pour elles-mêmes mais pour atteindre une croissance spirituelle.
Ce qui est nouveau, c’est l’émergence, parmi nombre de catholiques, de pratiques définies personnellement : chacun trouve la forme de Carême qui lui convient. De son côté, l’Église formule elle aussi des propositions pour le Carême. En Suisse, où je vis, plusieurs diocèses ont proposé des manières de vivre cette préparation à Pâques en lien avec Laudato si’. En Allemagne et en Autriche, en lien avec les protestants, l’Église catholique a proposé un jeûne de voiture…
Qu’est-ce qui a changé dans la manière de vivre le Carême entre la génération actuelle et la précédente ?
I. J. : On voit surgir une nouvelle tendance à la radicalité, avec un désir de vivre des pratiques corporelles qui les impliquent totalement, qui ne soient pas « tièdes ». Tout un public de jeunes adultes est en demande de pratiques fortes, celles-ci ne correspondant pas par ailleurs aux attendus de l’Église catholique pour le Carême. Je pense aux sessions de jeûne alimentaire, pendant lesquelles les participants ne mangent aucun solide pendant une semaine. Celles-ci s’inscrivent surtout dans un courant holistique, qui cible l’unité entre le corps, l’esprit et l’âme. À l’origine, celles-ci ont une visée corporelle, de détoxification.
Beaucoup de paroisses proposent ce type de sessions, par exemple au sein de la communauté de l’Emmanuel. J’ai aussi en tête les parcours Exodus, en vogue chez certains jeunes catholiques au moment du Carême. Même si on y trouve l’idée de conversion et de rapprochement avec Dieu qui caractérise le Carême, à l’origine ils n’ont pas été conçus pour ce temps liturgique mais pour aider les personnes dépendantes à la pornographie à s’en défaire. Ils durent d’ailleurs trois mois, ce qui ne correspond pas à la durée du Carême.
Comment les médias, Internet et les réseaux sociaux influencent-ils la pratique du Carême aujourd’hui ?
I. J. : La recherche de radicalité est parfois encouragée par les influenceurs, dont beaucoup sont assez actifs pendant la période du Carême. Si certains se situent dans une sorte de renouveau identitaire de la foi, ce positionnement marqué n’est pas lié qu’à leur profil : il est amplifié par le format habituel des vidéos sur les réseaux sociaux, qui favorise des présentations un peu binaires.
Les médias mettent aussi en avant le jeûne strict de Ramadan, ce qui peut donner l’impression, en comparaison, que les catholiques ne vivent pas un vrai jeûne. Cela peut conduire différents publics de catholiques à s’engager dans une démarche de jeûne plus intense : d’une part, ceux qui tiennent à ce que le christianisme retrouve une présence et une identité fortes dans la société ; d’autre part, ceux qui ont envie, eux aussi, de vivre quelque chose d’intense spirituellement pendant la période du Carême.
Enfin, Internet a donné lieu à l’émergence de nombreuses initiatives d’accompagnement de la prière, dans le sillage de la retraite en ligne des dominicains dénommée Carême dans la ville, qui a beaucoup de succès depuis vingt ans. En proposant de ponctuer ce temps liturgique par des gestes, des prières ou des résolutions très concrètes, elles offrent une ritualisation de la vie quotidienne qui répond à une soif contemporaine.
( 985061 )Le carême entre renouveau et confusion par Signo (2025-03-10 14:50:43)
[en réponse à 985059]
La redécouverte de l’ascèse notamment à travers le retour du jeûne est une évolution que l’on ne peut que considérer favorablement.
Cependant j’avoue être assez agacé par la teneur des nombreuses propositions « spirituelles » qui foisonnent aujourd’hui, y compris dans les milieux « tradis », et qui parfois me donnent l’impression d’accroître la confusion concernant ce qu’est réellement le carême.
Plusieurs exemples:
- les propositions de Carême thématiques: « vivre le Carême avec Sainte Faustine », ou bien des programmes consacrés à un thème précis comme « l’Eucharistie », etc. C’est oublier que la tradition de l’Eglise à travers la liturgie a déjà donné le thème, qui est le même chaque année : le Carême consiste non pas à saturer l’atmosphère de thématiques prétendument « pieuses », mais au contraire de faire le vide pour se recentrer sur l’essentiel de la vie chrétienne. On fait le Carême en entrant dans le désert pour combattre le démon et vivre du Christ, point. Dans cette optique, l’eucharistie a évidemment son importance, mais ce n’est qu’un moyen en vue de la fin qui est de se rapprocher de Dieu par le jeûne et la prière. Dans ce chemin c’est la liturgie qu’il faut suivre et non telle ou telle « dévotion ». Consacrer le carême à une thématique précise, qui, bien qu’importante, n’a pas à être survalorisée et isolée du reste de la vie baptismale, c’est à mon avis passer à côté du sens propre et spécifique de cette période de la vie de l’Eglise.
- les propositions qui ramènent ceux qui les suivent sur les écrans, sous prétexte de vidéos « édifiantes » parfois quotidiennes, alors précisément qu’il faudrait au contraire inciter les fidèles à s’éloigner radicalement des écrans en toute sorte qui sont à mon avis mortels pour la vie intérieure;
- les propositions qui ne s’inscrivent pas dans la tradition de l’Eglise soit par l’excès (contraire à la discrétion), soit par le manque (absence de directives claires concernant le jeûne, etc).
Bref pour paraphraser le général de Gaulle, ce qui menace l’authenticité du Carême ce n’est pas le vide mais plutôt le trop plein! Une confusion qui illustre une fois de plus la disparition de la fonction régulatrice de la Tradition dans la vie de l’Eglise…
( 985062 )Avons-nous à combattre un démon ? par Glycéra (2025-03-10 16:30:19)
[en réponse à 985061]
Combattre, c'est aussi renforcer l'adversaire, lui donner des occasions de nous porter des coups.
Le repérer ? Oui
Voir ses manoeuvres ? Oui
Comprendre nos points faibles ? Oui
Exercer la vertu qui nous manque ? Oui
Alors, voyant que, par sa venue titillante, nous nous renforçons par notre exercice persévérant, il tournera le dos.
J'aime cette idée de pratiquer la vertu,
surtout celle qui manque,
et remercier le Seigneur de nous la faire voir,
même si c'est par les agaceries d'un démon,
c'est utile à notre progression.
Voyez-vous les choses ainsi ?
Glycéra
qui laisse aux Anges le soin de bagarrer avec les ennemis invisoibles aux humains.
( 985065 )Bien sûr par Signo (2025-03-10 19:38:35)
[en réponse à 985062]
La lutte contre le démon au désert est l’un des fondements de la tradition spirituelle catholique.
Il me semble que les passions sont comme les touches d’un clavier sur lequel le démon joue sa propre partition et tente de nous entraîner dans les profondeurs ténébreuses.
Le chrétien qui, par l’exercice de la vie ascétique, parvient à l’apatheia, à l’apaisement des passions, et à leur réorientation vers Dieu, se soustrait ainsi à l’influence démoniaque; en lui, l’action du démon n’a plus de prise.
Dans le monde, l’action du démon se dissimule derrière les réalités mondaines utilisées comme intermédiaires, et se fait donc discrète. Pour la plupart des hommes, y compris les chrétiens, le monde exerce une influence suffisamment puissante pour maintenir la distance avec Dieu sans nécessiter de la part du démon une intervention directe.
Le moine, l’ascète ou le chrétien entrant au désert à la suite du Christ est d’abord le jouet des passions qui sous l’influence démoniaque se soulèvent contre lui. Mais quand les passions sont apaisées ou commencent à l’être, le diable n’a plus rien en l’homme pour l’entraîner vers la chute. Débusqué, il doit alors s’attaquer à lui à visage découvert. C’est ce qui explique les récits de lutte contre le diable que l’on trouve dans les récits de grands saints ou ascètes, notamment S. Antoine ou le curé d’Ars.
L’abandon du vocabulaire des passions et du combat spirituel par l’Eglise depuis les années 1960, et plus généralement de l’ensemble de la tradition spirituelle et ascétique, incluant la démonologie, mais aussi les pratiques de la tradition spirituelle contemplative (lectio, meditatio, oratio, contemplatio), constitue une catastrophe au moins aussi grave, sinon plus, que l’abandon de la tradition liturgique.
( 985067 )L'impression que vous répondez à autre chose ... par Glycéra (2025-03-10 20:02:06)
[en réponse à 985065]
Je dis : combattre le démon n'est pas la solution.
Et j'entends que vous répondez : les passions sont bien là, même si notre époque l'oublie ; les pères du désert en parlent.
Les pères du désert ne disent pas de lutter contre le démon, de le combattre, de le vaincre.
Alors que disent-ils ?
De pratiquer la nepsis (l'attention aux pensées, aux idées, aux désirs qui viennent au coeur, à l'âme).
La nepsis est l'observation intérieure, des suggestions : est-ce bon ? vrai ? utile ? ou bien est-ce une tentation de mes petites affaires, de mes démons intérieurs ou même d'un démon qui vient essayer de mettre du désordre en mon âme ?
Les pères du désert insistent sur le guet, la vision de la réalité de ce qui se passe en nous, et nous tirerait hors du chemin divin.
Il me semble que vous répondez à autre chose, en regrettant au passage les "oublis" de nos modernes mou-mous...
Suis-je la seule à lire ainsi votre message ?
Glycera
qui préfère pratiquer une vertu que de refuser un mauvais geste.
Exemple : Celui qui tient mal son pinceau, causant une raideur de son bras qui nuit au bon geste pour obtenir un trait précis, souple.
Lui dire "ne mets pas trois doigts en appui sur la gaine de ton pinceau" (injonction négative, typique du "combat contre")
ou bien lui indiquer "Pense à prendre ton pinceau à deux doigts !"
(et pas "à deux doigts seulement" car l'adverbe introduit une idée restrictie injectant du négatif dans le conseil de comportement.
Idem entre "ne mange pas de sucreries à toute heure !" ou bien "garde ton estomac libre !"
( 985073 )Je vous ai pourtant répondu par Signo (2025-03-10 21:26:25)
[en réponse à 985067]
Notamment en affirmant que :
les passions sont comme les touches d’un clavier sur lequel le démon joue sa propre partition et tente de nous entraîner dans les profondeurs ténébreuses.
Le chrétien qui, par l’exercice de la vie ascétique, parvient à l’apatheia, à l’apaisement des passions, et à leur réorientation vers Dieu, se soustrait ainsi à l’influence démoniaque; en lui, l’action du démon n’a plus de prise.
Autrement dit, le simple chrétien combat le démon indirectement, en lui soustrayant le contrôle des passions et l’empêchant ainsi d’avoir prise dans son âme.
Seuls quelques chrétiens très avancés dans la vie spirituelle peuvent combattre le démon directement, comme l’a fait le Christ dans le désert.
On a ainsi le schéma suivant concernant l’action démoniaque sur l’homme:
Chrétien dans le monde:
Démon > réalités terrestres et mondaines > passions > homme
Chrétien dans le désert:
Démon > passions > homme
Chrétien sur le point d’atteindre l’apatheia:
Démon > homme
Je suis loin d’être un expert mais il me semble que c’est l’idée qui ressort de la lecture des auteurs spirituels les plus sérieux… .
( 985068 )Merci Signo par Roger (2025-03-10 20:02:51)
[en réponse à 985065]
Je vous cite
L’abandon du vocabulaire des passions et du combat spirituel par l’Eglise depuis les années 1960, et plus généralement de l’ensemble de la tradition spirituelle et ascétique, incluant la démonologie, mais aussi les pratiques de la tradition spirituelle contemplative (lectio, meditatio, oratio, contemplatio), constitue une catastrophe au moins aussi grave, sinon plus, que l’abandon de la tradition liturgique.
On pourrait d'ailleurs se demander si les deux ne sont pas étroitement liés !
( 985074 )C’est le cas effectivement par Signo (2025-03-10 21:43:39)
[en réponse à 985068]
Et ceux qui en cette période de Carême ont la chance d’assister à des scrutins pour les catéchumènes avec tous les exorcismes qu’ils comportent savent la force spirituelle et la puissance signifiante des anciens rituels, toujours liés au cycle liturgique.
Il ne faut pas perdre de vue que la liturgie traditionnelle a connu ses premiers développements à l’époque des Pères, époque où la tradition ascétique était vivante et vécue, et pas seulement chez les moines.
Comme le remarquait Congar lui-même en 1969, il est heureux que le conservatisme liturgique ait pu permettre à la liturgie traditionnelle de traverser toutes les époques modernes et ses déviations multiples, tout en conservant l’essentiel de sa puissance spirituelle originelle.
Tradition liturgique et tradition spirituelle et ascétique forment un tout indissoluble et il serait totalement contre-nature de prétendre les séparer, comme on a prétendu le faire à l’époque moderne (ce qui hélas a laissé de profondes stigmates jusque dans le traditionalisme actuel).
( 985076 )Merci mais par Roger (2025-03-10 22:38:53)
[en réponse à 985074]
Je ne comprends pas votre dernier paragraphe
Pourriez-vous préciser svp?
( 985083 )Explication par Signo (2025-03-11 10:28:27)
[en réponse à 985076]
Ce que je voulais dire, c’est que normalement la vie spirituelle doit de préférence s’enraciner dans la vie liturgique (la messe mais aussi l’office) et en suivre le cursus tout au long de l’année, que ce soit pour la lectio divina, le rythme de prière, les thèmes de méditation, les mots utilisés pour la prière (les psaumes essentiellement) etc. La liturgie est faite pour nourrir la vie spirituelle des baptisés, la maintenir concentrée sur l’essentiel et l’orienter dans la bonne direction.
A partir de l’époque moderne (fin du Moyen-Age et début de la Renaissance), la liturgie est devenue de manière croissante l’apanage des clercs ; en parallèle la devotio moderna, qui a surtout été un mouvement initié par et pour les laïcs, a eu tendance à une « psychologisation » de la vie spirituelle conçue de manière croissante comme une réalité purement individuelle voire individualiste, en réaction au formalisme et à l’extrinsécisme croissants de la vie liturgique de la fin du Moyen-Age. Une forme d’éloignement et même de coupure est apparue entre la liturgie et la vie spirituelle des fidèles, évoluant en parallèle et selon des rythmes différents. La piété des laïcs a eu alors tendance à se concentrer sur les dévotions privées (l’Enfant Jésus de Prague, le mois du Sacré-Cœur, le mois de Marie, le « premier vendredi du mois », etc), généralement sentimentales (le sentimentalisme venant atténuer la sécheresse du juridisme croissant) et surtout déconnectées du calendrier liturgique.
Le premier mouvement liturgique a consisté en une première prise de conscience du problème et en une volonté de reconnecter la vie spirituelle des laïcs avec la liturgie. Ce dont nous sommes fortement redevables dans notre pratique actuelle (notamment avec l’usage courant des missels pour fidèles), mais malheureusement les déviations modernes ont laissé des traces chez beaucoup. Je trouve dommage qu’il y ait encore de nombreux fidèles qui assistent à la messe dominicale sans missel : on est en droit de se demander ce qu’ils retiennent notamment du propre, qui donne pourtant le thème spécifique à chaque dimanche que l’Eglise offre à notre méditation.
Je précise que je n’ai rien contre les dévotions privées, sous réserve qu’elles conservent un lien avec l’atmosphère biblique et la liturgie (c’est le cas du Sacré-Cœur), et qu’elles ne soient pas présentées et vécues sur un mode sentimentaliste.
( 985085 )Et avant l'imprimerie ? qui apportait un missel à la messe ? par Glycéra (2025-03-11 10:41:08)
[en réponse à 985083]
Les pratiques que vous ciblez et préconisez sont celles des derniers siècles.
Suivre l'année liturgique, certes, mais lire le psautier, dérouler la Bible était inusuel chez les gens sans livres. Non ?
Qu'il y ait trop d'offres, voire avec des "slogans de vente" pour telle ou telle pratique, certes. Mais de là à dire que les laïcs seraient quasiment tenus à une pratique des "heures canoniales" ...
Qui prie ?
Celui qui tourne consciemment son coeur vers le Seigneur, au point que cela lui devient une respiration habituée.
Anecdote :
Une jeune fille vient demander conseil à la supérieure du couent local :
- Pouvez-vous m'apprendre à prier ?
- Que voulez-vous dire ? (elle la connaissait pour humble, pieuse et attentive à tous)
- Voici : je commence "Notre .." et puis cela s'arrête, toute ma journée, dans mes tâches, reste à chanter ce "notre", si merveilleux que je n'ai pas la fore d'en sortir pour continuer ...
Lui enjoindriez-vous, à elle, de prendre un missel ?
Glycéra
( 985093 )Avant l’imprimerie… par Signo (2025-03-11 12:00:32)
[en réponse à 985085]
… les choses se déroulaient autrement et selon d’autres équilibres, qui ont aujourd’hui disparu depuis longtemps, ce qui justifie l’usage des missels pour fidèles aujourd’hui (ce qui ne signifie pas qu’ils soient obligatoires).
Je suis étonné que l’on justifie l’absence de contact profond avec la liturgie par l’analphabétisme de nos aïeux qui vivaient dans un contexte radicalement différent.
J’ai bien conscience qu’un paysan illettré du XIIIe siècle avait d’autres préoccupations que de suivre les heures canoniales. Encore que. Dans cet article, on apprend qu’en Angleterre le petit peuple assistait à Matines encore à l’époque de Thomas More.
Mais en tous les cas il y avait une élite qui elle était encore imbibée de culture liturgique et biblique, et qui par sa connaissance du latin était capable de suivre les offices qui ne se limitaient pas à la messe. Les évolutions que je décris sont des grandes tendances et je ne suis pas le seul à les rappeler.
C’est un fait historique objectif que les dévotions privées centrées sur des thèmes précis apparaissent à l’époque moderne et n’existent pas au Moyen-Age, encore moins dans l’Antiquité chrétienne.
Et pour répondre à Roger, non je ne pense pas idéaliser le Moyen Âge ni l’époque des Pères. Ce n’est pas parce que je dis qu’il y avait un équilibre qui a été perdu que cela signifie que je pense que tout était parfait et merveilleux avant. Par ailleurs vous imaginez bien qu’en quelques lignes je ne peux pas entrer dans tous les détails et nuances: je décris des grandes tendances.
Du reste le phénomène s’est aggravé depuis les années 1960. Autrefois il y avait les vêpres du dimanche dans de très nombreuses paroisses. En dehors d’exceptions rarissimes, où est-ce le cas encore aujourd’hui ?
( 985086 )Analyse historique discutable par Roger (2025-03-11 10:41:22)
[en réponse à 985083]
J'ai l'impression que vous idealisez un peu le moyen âge...car franchement la participation à la liturgie de paysans illettrés me semble douteuse.
Et symétriquement n'exagèrez vous pas un.peu les changements de l'époque moderne ?
( 985063 )Le plus agacant étant par Twinckel (2025-03-10 16:36:30)
[en réponse à 985061]
le foisonnement de vidéos à visée évangélisatrices au titres aguicheurs...
"Vous ne croirez jamais ce que Saint Padre Pio a vu durant cette vision au cours de son Carême !!!!"
"Vous n'imaginerez JAMAIS ce que le jeûne inflige à ce péché"
Ce genre de procédé est bon pour les pasteurs évangéliques qui "ressuscitent" des morts payés à l'avance.
( 985094 )Absolument, et par Luc de Montalte (2025-03-11 12:13:44)
[en réponse à 985061]
... on peut aussi évoqer ces pratiques nouvelles type exodus et cie qui sont à rejeter ; elles sous-entendent au fond l'idée, chargée d'orgueil, que la Tradition ne suffirait pas, qu'il faudrait en faire plus que le Carême prescrit par l'Église (90 jours et non quarante, prescriptions plus ou moins machistes, etc.).
Rappelons plutôt les mots d'un saint François de Sales (lettre à Angélique Arnauld qu'il avait visité à Port-Royal des Champs le 11 juin 1619) :
Ne vous chargez pas trop de veilles ni d’austérités (et croyez-moi, ma très chère fille, j’entends bien ce que je dis en ceci), mais allez au ‘port royal’ de la vie religieuse par le chemin royal de la dilection de Dieu et du prochain. Animez continuellement votre courage d’humilité et votre humilité de confiance en Dieu, en sorte que votre courage soit humble et votre humilité courageuse.
Vous ne devez point penser si vous serez des âmes basses ou des hautes, mais suivre la voie que je vous ai marquée et marcher devant Dieu avec simplicité et humilité, ne regardant point où vous allez, mais avec qui vous y allez.
( 985096 )Problème complexe par Roger (2025-03-11 13:01:42)
[en réponse à 985094]
De nombreux laïcs s'imposent des contraintes sérieuses sans rapport avec la foi : jeûne diététique, dry january, etc....
Tout cela rend dérisoire le poisson du vendredi...
On peut comprendre que les fidèles veuillent en faire plus que les microscopiques obligations posées par l'épiscopat contemporain !
( 985097 )Un sermon de M. l'abbé Grodziski par Luc de Montalte (2025-03-11 13:52:43)
[en réponse à 985096]
Qui traitait de ce sujet, prononcé dimanche dernier à saint Eugène (Paris) :
( 985117 )Ne pas tomber dans l’excès inverse par Signo (2025-03-11 21:47:31)
[en réponse à 985094]
Les excès d’un rigorisme hyper ascétique souvent névrotique ont entraîné à partir de S. François de Sales une réaction de mitigation inverse. Mais attention non plus à ne pas tomber dans un spiritualisme désincarné qui ferait l’impasse sur la participation des pratiques corporelles, notamment le jeûne. La vérité chrétienne s’adresse à l’homme en son entièreté (corporel, psychique, spirituel) et non seulement à son âme indépendamment des autres dimensions de la personne. Dans ce domaine l’ouvrage de Dom Adalbert de Vogüe, Aimer le jeûne, reste une référence incontournable. Sa réédition m’apparaît relever de l’urgence.
Mais revenir à la tradition ascétique c’est aussi revenir à la notion monastique de « discrétion » (c’est à dire l’évitement des excès ascétiques désordonnés, c’est à dire non ordonnés à la finalité de l’ascèse: l’apaisement des passions en vue du progrès dans la vie spirituelle). Il y a de très beaux passages dans les apophtegmes des Pères du désert sur ce thème.
Exodus… bon. Pourquoi pas, tout dépend de l’esprit dans lequel on entreprend ce parcours. C’est sans doute mieux que rien. Ce qui me paraît critiquable surtout, c’est le côté artificiel de ce genre de programme et sa déconnection avec la vie ecclésiale.
Mais la tragédie que révèle cette profusion de propositions spirituelles plus ou moins pertinentes c’est la rareté voire l’absence à notre époque d’un enseignement ecclésial consistant et vraiment traditionnel dans ce domaine… ainsi que l’absence de vrais pères spirituels.
( 985124 )Tout à fait d'accord par Roger (2025-03-12 04:37:10)
[en réponse à 985117]
Mais comment voulez-vous que les évêques s'expriment...depuis le rapport CIASE ils sont complètement discredités !
Parler d'ascese alors qu'ils ont couvert tant d'abus?
Restent les prédications isolées comme celle de ce dominicain, fr Pail Adrien :
( 985138 )De toute façon… par Signo (2025-03-12 19:20:14)
[en réponse à 985124]
… cela fait belle lurette que les évêques ont renoncé à enseigner quoique ce soit en dehors de pseudo « valeurs » vaguement humanistes et de bons sentiments superficiels, bien que le rôle de docteur de la foi et de la prière soit une des dimensions fondamentales de leur fonction.
Du reste, on ne peut pas transmettre quelque chose que l’on n’a jamais reçu, enseigner quelque chose que l’on ne connaît pas, dont on a jamais fait soi-même l’expérience et dont on n’est pas soi-même convaincu. Même les termes « ascétique » et « mystique », ainsi que « contemplation » ont disparu du vocabulaire courant des diocèses. Et de toute façon plus personne ce que ces termes signifient exactement.
Bref il nous reste les monastères… du moins ceux qui n’ont pas eux aussi envoyé tout valser par dessus bord!