LIVRE DOUZIEME
CONTENANT QUELQUES AVIS POUR LE PROGRÈS DE LAME AU SAINT AMOUR.
CHAPITRE PREMIER.
Que le progrès au saint amour ne dépend pas de la complexion naturelle.
Pour moi, je parle, en ce Traité, de l'amour surnaturel que Dieu répand en nos coeurs par sa bonté, et duquel la résidence est en la suprême pointe de l'esprit pointe qui est au-dessus de tout le reste de notre âme, et qui est indépendante de toute complexion naturelle.
Et puis, bien que les âmes inclinées à la dilection aient d'un côté quelque disposition qui les rend plus propres à vouloir aimer Dieu; d'autre part toutefois elles sont si sujettes à s'attacher par affection aux créatures aimables, que leur inclination les met autant en péril de se divertir de la pureté de l'amour sacré par le mélange des autres, comme elles ont de facilité à vouloir aimer Dieu; car le danger de mal aimer est attaché à la facilité de mal aimer.
Il est pourtant vrai que ces âmes ainsi faites, étant une fois bien purifiées de l'amour des créatures, font des merveilles en la dilection sainte, l'amour trouvant une grande aisance à se dilater en toutes les facultés du coeur : et de là procède une très agréable suavité, laquelle ne paraît pas en ceux qui ont l'âme aigre, âpre, mélancolique et revêche.
Néanmoins si deux personnes, dont l'une est aimante et douce, l'autre chagrine et amère, par condition naturelle, ont une charité égale; elles aimeront sans doute également Dieu, mais non pas semblablement.
Le coeur de naturel doux aimera plus aisément, plus amiablement, plus doucement, mais non pas plus solidement ni plus parfaitement; ains l'amour qui naîtra emmi les épines et répugnances d'un naturel âpre et sec, sera plus brave (fort) et plus glorieux; comme l'autre sera aussi plus délicieux et gracieux.
Il importe donc peu que l'on soit naturellement disposé à l'amour, quand il s'agit d'un amour surnaturel et par lequel on n'agit que surnaturellement.
Seulement, Théotime, je dirais volontiers à tous les hommes O mortels, si vous avez le coeur enclin à l'amour, eh ! pourquoi ne prétendez-vous pas au céleste et divin?
Mais si vous êtes rudes et amers de coeur, hélas! pauvres gens, puisque vous êtes privés de l'amour naturel pourquoi n'aspirez-vous à l'amour surnaturel qui vous sera amoureusement donné par celui qui vous appelle si saintement à l'aimer?
CHAPITRE II
Qu'il faut avoir un désir continuel d'aimer.
Thésaurisez des trésors au ciel. Un trésor ne ne suffit pas au gré de ce divin amant, ains il veut que nous ayons tant de trésors, que notre trésor soit composé de plusieurs trésors; c'est-à-dire, Théotime, qu'il faut avoir un désir insatiable d'aimer Dieu, pour joindre toujours dilection à dilection.
Qu'est-ce qui presse si fort les avettes d'accroître leur miel, sinon l'amour qu'elles ont pour lui? O coeur de mon âme, qui est créé pour aimer le bien infini, quel amour peux-tu désirer, sinon cet amour qui est le plus désirable de tous les amours? Hélas! ô âme de mon coeur! quel désir peux-tu aimer, sinon le plus aimable de tous les désirs? O amour des désirs sacrés ! ô désirs du saint amour! oh! que j'ai convoité de désirer vos perfections !
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde