CHAPITRE X
Digression sur l'imperfection des vertus des païens.
Ces anciens sages du monde firent jadis des magnifiques discours à l'honneur des vertus morales, oui même en faveur de la religion. Mais ce que Plutarque a observé ès stoïciens, est encore plus à propos pour tout le reste des païens. Nous voyons, dit-il, des navires qui portent des inscriptions fort illustres.
Il y en a qu'on appelle Victoire, les autres Vaillance, les autres Soleil; mais pour cela elles ne laissent pas d'être sujettes aux vents et aux vagues.
Ainsi les stoïciens se vantent d'être exempts de passions, sans peur, sans tristesse, sans ire, gens immuables et invariables; mais en effet, ils sont sujets au trouble, à l'inquiétude, à l'impétuosité et autres impertinences.
Pour Dieu ! Théotime, je vous prie, quelle vertu pouvaient avoir ces gens-là, qui volontairement, et comme à prix fait, renversaient toutes les lois de la religion?
Sénèque avait fait un livre contre les superstitions, dans lequel il avait repris l'impiété païenne avec beaucoup de liberté.
Or, cette liberté, dit le grand saint Augustin, se trouva en ses écrits, et non pas en sa vie, puisque même il conseilla que l'on rejetât de coeur la superstition, mais qu'on ne laissât pas de la pratiquer ès actions; car voici ses paroles :
« lesquelles superstitions le sage observera comme commandées par les lois, non pas comme agréables aux dieux. »
Comme pouvaient être vertueux ceux qui, comme rapporte saint Augustin, estimaient que le sage se devait tuer quand il ne pouvait ou ne devait plus supporter les calamités de cette vie, et toutefois ne voulaient pas avouer que les calamités fussent misérables, ni les misères calamiteuses, ains maintenaient que le sage était toujours heureux et sa vie bienheureuse?
« O quelle vie bienheureuse, dit saint Augustin, pour laquelle éviter on a même recours à la mort! Si elle est bienheureuse, que n'y demeurez-vous?» Aussi celui d'entre les stoïciens et capitaines qui, pour s'être tué lui-même eu la ville d'Utique, afin d'éviter une calamité qu'il estimait indigne de sa vie, a été tant loué par les cervelles profanes, fit cette action avec si peu de véritable vertu, que, comme dit saint Augustin, il ne témoigna pas un courage qui voulût éviter la déshonnêteté, mais une âme infirme qui n'eut pas l'assurance d'attendre l'adversité; car, s'il eût estimé chose infâme de vivre sous la victoire de César, pourquoi eût-il commandé d'espérer en la douceur de César?
Comme n'eût-il conseillé à son fils de mourir avec lui, si la mort était meilleure et plus honnête que la vie? Il se tua donc, on parce qu'il envia à César la gloire qu'il eût eue de lui donner la vie, ou parce qu'il appréhenda la honte de vivre sous un vainqueur qu'il haïssait; en quoi il peut- être loué d'un gros et, encore à l'aventure, grand courage, mais non pas d'un sage, vertueux et constant esprit.
La cruauté qui se pratique sens émotion et de sang-froid, est la plus cruelle de toutes, et c'en est de- même du désespoir; car celui qui est le plus lent, le plus délibéré, le plus résolu, est aussi le moins excusable et le plus désespéré.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde