La sur-sacerdotalisation de la vie monastique est un phénomène tardif (médiéval).
Comme l’a rappelé Nemo dans les communautés monastiques des premiers siècles du monachisme, il y avait peu voire pas du tout de prêtres, et de toute façon la messe n’était pas célébrée tous les jours. Les communautés qui n’avaient pas de prêtre se rendaient à la paroisse la plus proche le dimanche pour assister à la messe avec les fidèles puis retournaient dans leur retraite. S’il n’y avait pas de paroisse à proximité, ils n’avaient pas de messe le dimanche, ce qui pouvait arriver sur des périodes assez longues. Certains moines n’assistaient à la messe qu’occasionnellement (à Pâques notamment).
Il me semble (mais il faudrait vérifier) que dans la
Vie de Saint Benoît, Saint Grégoire raconte qu’une année Benoit qui vivait en ermite dans une solitude particulièrement radicale ne s’est même pas aperçu que c’était Pâques qu’il n’a donc pas fêté. Je ne crois d’ailleurs pas que S. Benoît ait été prêtre. Le monachisme ancien a longtemps entretenu une certaine distance avec la hiérarchie ecclésiastique, même s’il y a pu avoir dans certaines circonstances des contacts plus étroits.
Je suis attaché aux messes basses dites par chaque moine-prêtre dans les monastères car il s’agit toujours d’un grand moment de recueillement, ce qui ne m’empêche pas de considérer la conception quantitative des grâces liées à l’Eucharistie élaborée progressivement à partir du XIe siècle (plus il y a de messes, plus il y a de grâces, d’où la multiplication des messes… et des ordinations en série, parfois sans nécessité pastorale) comme contestable. Il me semble que les grâces liées à la célébration du Saint Sacrifice relèvent du surnaturel et du monde invisible situé en dehors des notions de quantité, d’espace, de temporalité. Du reste dans l’histoire cette conception a engendré de nombreux abus.
Par ailleurs s’il y a un terme à bannir de notre vocabulaire car impropre c’est bien celui de messe privée. Même célébrée par un prêtre seul la messe est toujours un acte de l’Eglise.
En même temps, je trouve qu’il n’est pas forcément indispensable non plus de chanter la messe tous les jours. Je connais un monastère traditionnel dans lequel la messe n’est chantée que les dimanches et fêtes et c’est très bien comme ça.
La disparition des convers (domestiques pieux non moines dans leur sens médiéval) a peu près à l’époque de Vatican II s’est voulu un retour au monachisme primitif qui ne connaissait que des moines. Si j’ai bien compris, les abbayes traditionnelles (Barroux-Fontgombault) ont suivi le mouvement mais maintenu une forme de distinction entre Frères et Pères (moines dans les deux cas) pour distinguer prêtres astreints au chœur et moines non prêtres plutôt centrés sur le travail et donc qui ne chantent que laudes, vêpres et complies. Mais du coup l’idée que seuls les prêtres et ceux aspirant à le devenir chantent l’intégralité de l’office s’est imposé, ce qui est effectivement contestable. Je suppose que tous les moines de chœur recevaient la tonsure monastique (couronne) et étaient donc clercs sans forcément être prêtres.
Ce
reportage très intéressant montre la vie au sein de la Trappe de Bellefontaine en 1960. Les images de la messe correspondent à la messe dominicale (on entend le chant de Tierce avec le psaume 118). Les convers sont présents à la messe et au réfectoire avec les moines de chœur, ce qui j’imagine n’était le cas que le dimanche (?).
Dans ses écrits, Père Jérôme, figure spirituelle de la Trappe de
Sept-Fons témoignait de la vie humble souvent édifiante de ces frères convers astreints aux tâches manuelles, qui sans être considérés comme moines, l’étaient de fait par leur profonde vie intérieure centrée sur la récitation quotidienne du Rosaire.