CHAPITRE III
Comme il y a des vertus que la présence du divin amour
relève à une plus haute excellence que les autres.
C'est pourquoi, Théotime, entre toutes les actions vertueuses nous devons soigneusement pratiquer celles de la religion et révérence envers les choses divines, celles, de la foi, de l'espérance et de la très sainte crainte de Dieu, parlant souvent des choses célestes, pensant et aspirant à l'éternité, hantant les églises et services sacrés, faisant des lectures dévotes, observant les cérémonies de la religion chrétienne; car le saint amour se nourrit à souhait parmi ces exercices, et répand sur iceux plus abondamment ses grâces et propriétés qu'il ne fait sur les actions des vertus simplement humaines, ainsi que le bel arc-en-ciel rend odorantes toutes les plantes sur lesquelles il tombe, mais plus que toutes incomparablement celle de l'aspalatus (sparte épineux, sorte de genêt. Quant à linfluence de l'arc-en-ciel sur le parfum des plantes, elle n'est pas prouvée).
CHAPITRE IV
Comme le divin amour sanctifie encore plus excellemment les vertus,
quand elles sont pratiquées par son ordonnance et commandement.
Rachel, après avoir grandement désiré d'être mère, fut rendue fertile par deux moyens, dont elle eut aussi des enfants de deux différentes façons. Car au commencement de son mariage croyant stérile, elle employa sa servante Bala pour donner à son cher Jacob, lui disant : J'ai Bala ma chambrière, prenez-la en mariage, afin qu'elle enfante sur mes genoux, et que j'aie des enfants d'elle.
Et il arriva selon son souhait : car Bala conçut et mit au monde plusieurs enfants sur les genoux de Rachel, qui les recevait comme véritablement siens, d'autant qu'ils lui venaient de deux personnes, dont la première lui appartenait par la loi du mariage, et l'autre par obligation de service, et d'autant encore que ç'avait été par son ordonnance et volonté que sa servante Bala en était devenue mère.
Mais elle eut par après deux enfants issus et procréés d'elle-même, à savoir Joseph et le cher Benjamin.
Je vous dis maintenant, mon cher Théotime, que la charité, dilection sacrée, plus belle cent fois qu'a Rachel, mariée à l'esprit humain, souhaite sans cesse de produire de saintes opérations.
Que si au commencement elle n'en peut avoir elle-même, de sa propre extraction, par l'union sacrée qui lui est uniquement propre, elle appelle les autres vertus, comme ses fidèles servantes, et les associe à son mariage, commandant au coeur de les employer, afin que d'elles il fasse naître des saintes opérations, mais opérations qu'elle ne laisse pas d'adopter et estimer siennes, parce qu'elles sont produites par son ordre et commandement, et d'un coeur qui lui appartient, d'autant que, comme nous avons déclaré ailleurs, l'amour est maître du coeur, et par conséquent de toutes les oeuvres des autres vertus faites par son consentement.
Mais outre cela, cette divine dilection ne laisse pas d'avoir deux actes issus proprement et extraits d'elle-même, dont l'un est l'amour effectif, qui, comme un autre Joseph, usant de la plénitude de l'autorité royale, soumet et range tout le peuple de nos facultés, puissances, passions et affections à la volonté de Dieu, afin qu'il soit aimé, obéi et servi sur toutes choses, rendant par ce moyen exécuté le grand commandement céleste :
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toutes tes forces. L'autre est l'amour affectif ou affectueux, qui, comme un petit Benjamin, est grandement délicat, tendre, agréable et aimable; mais en cela plus heureux que Benjamin, que la charité sa mère ne meurt pas en le produisant, ains prend, ce semble, une nouvelle vie par la suavité qu'elle en ressent.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde