pourquoi une bio "romancée" ? Dommage : ça ne va pas aider à y voir clair.
Etonnante, la raison pour refermer le dossier de la béatification dans le passé ("trop de miracles"). Avis aux futurs saints officiels : n'abusez pas des bonnes choses ... !
Et autre cadeau pour la route : les (actuellement) deux seuls commentaires de liseurs de la Croix.
Mère Yvonne-Aimée de Malestroit, sous le signe de l’extraordinaire
Jean de Saint-Cheron signe une biographie romancée d’une mystique du XXe siècle, héroïne de la résistance française, décorée par le général de Gaulle.
Christel Juquois, le 12/01/2025
Pour Jean de Saint-Cheron, ce qui fait la sainteté de Mère Yvonne-Aimée de Malestroit, c’est sa vie guidée par l’amour et la charité.
J.-Y. Decottignies
Malestroit. Vie et mort d’une résistante mystique
de Jean de Saint-Cheron
Grasset, 240 p., 20 €
« Trop de miracles. » Ainsi le Saint-Office, à Rome, referme-t-il brusquement en 1960 le dossier de canonisation d’Yvonne Beauvais, mère Yvonne-Aimée en religion, morte le 3 février 1951 à Malestroit, en Bretagne. Interdisant même aux catholiques d’écrire quoi que ce soit sur cette extraordinaire mystique, supérieure de la congrégation des Augustines, résistante plusieurs fois décorée après la Seconde Guerre mondiale…
Fondatrice d’un centre hospitalier pendant la Seconde Guerre mondiale
Visions et extases, stigmates, don de bilocation, combats physiques avec le diable, rêves prémonitoires… Yvonne-Aimée de Malestroit était-elle « une folle dont on craint le grabuge » ou une véritable sainte ? Jean de Saint-Cheron a enquêté sur la vie haute en couleur de cette religieuse du XXe siècle qui a su revivifier sa congrégation religieuse, et moderniser et développer un centre hospitalier où elle accueillera pendant la Seconde Guerre mondiale des juifs, des résistants, des aviateurs anglais ou américains, au nez et à la barbe des Allemands. Il en livre une version romancée, comblant par l’imagination les vides que laisse sur les détails « l’austérité » des archives consultées.
Dans cette vie bien remplie, pourquoi s’intéresser aux innombrables phénomènes inexplicables que cette femme et de nombreux témoins ont relatés dans des écrits conservés aux archives du couvent de Malestroit ? Ce qui fait la sainteté d’une personne, rappelle Jean de Saint-Cheron, ce ne sont pas ces « grâces d’exception » qu’elle a pu recevoir, mais une vie ordonnée à l’amour, à la charité. Cela dit, l’auteur déplore que dans notre société, « le discours intellectuel dominant refuse d’admettre la possibilité même du surnaturel, (…) restreignant le champ du crédible. »
« Un charisme hors norme »
Le propos de l’auteur n’est pas de prouver la véracité ou non des phénomènes qu’il relate, mais « de les observer dans la vie de cette femme, avec leurs conséquences ». À la lecture de ses carnets et des archives du couvent, en discutant avec les religieuses de Malestroit, il en a acquis la conviction : « La femme que je découvrais peu à peu était dotée d’un charisme hors norme, mais elle ne me paraissait pas l’avoir mis au service de sa personne. On ne la suspecte ni d’emprise ni d’autoglorification (…). (Elle a) passé sa vie à servir les autres par des gestes concrets, jusqu’à l’abnégation suprême. »
En 2009, l’évêque de Vannes, Mgr Raymond Centène, demandait au Vatican de réétudier le dossier de canonisation. À la lecture de ce livre, on se pose la question : l’Église ouvrira-t-elle les portes de la sainteté à une femme dont la France, le Royaume-Uni et les États-Unis ont reconnu l’héroïcité, non pas des vertus, certes, mais des actes ?
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Philippe v 12/1/25 - 11h32
Bonjour, Vous avez raison Jean de saint Chéron, ce sont les actes er la Charité qui comptent. Mgr Etchegarray disait que l'Eglise reconnaît des croyants pas des voyants. Les mystiques agissent dans le monde, laissent des oeuvres comme sainte Thérèse. La plupart ne disent rien et se taisent. Ils embarrassent l'Eglise, c'est ballot. Un homme que j'ai connu m'avait dit qu'il avait guéri à Lourdes d'une SEP incurable constatée médicalement. Il était rentré chez lui en douce en fermant sa g. On avait rigolé. Le surnaturel existe. On le voit distinctement chez Bernanos quand le jeune curé d'Ambricourt se rend au château. On le voit chez Tolstoï quand le Prince André rentre chez lui après Austerlitz. "De ce dont on ne peut parler, il est préférable de le taire." (Wittgenstein)
Pierre Vignon 12/1/25 - 9h18
On l'oublie trop souvent mais le Dicastère pour les Causes des Saints n'est réellement qu'une douane ecclésiastique où des douaniers d'Eglise, avec un niveau mental de douaniers, demandent aux chrétiennes et aux chrétiens morts ce qu'ils ont à déclarer. C'est ainsi qu'ils bloquent une sainte d'évidence pour le peuple de Dieu, la Mère Yvonne-Aimée, et ont laissé passer le fondateur de l'Opus Dei. Débrouillons-nous avec ça, comme pour le reste. Je me demande si l'esprit de la synodalité parviendra à pénétrer dans ce Dicastère qui est depuis des siècles une autre forteresse à l'intérieur de la forteresse léonine du Vatican.
https://www.la-croix.com/religion/mere-yvonne-aimee-de-malestroit-sous-le-signe-de-l-extraordinaire-20250110