Et quand l'un ou l'autre demande des prières pour un défunt, ou pour une cause difficile, il y a beaucoup moins de réactions...
Il n'est que temps de réintroduire le sacré dans notre société… la percée des sectes comme l'usage massif de tranquillisants en sont les contre-preuves.
Le déclin de l'Église catholique romaine, depuis le second concile du Vatican, par la perte du modèle de "société d'ordre" qu'elle incarnait et dont le magistère était accepté même par des incroyants, a aggravé la crise intellectuelle et morale dont souffrent nos contemporains. Aucune société ne peut faire l'économie du Sacré qui est, par définition, la vraie différence. Le monde a besoin, pour ne pas s'enfoncer dans les ténèbres sans retour, que soit gardée, vivante et ferme, la mémoire de l'Incarnation.
Il est de la responsabilité du chef de l'État de ne pas désacraliser la vie publique.
LE SACRÉ
La conception mécaniste des rapports sociaux qui prévaut depuis trop longtemps a consacré le triomphe de l’abstraction, l’élimination de l’expérience et du multiséculaire “humus humain” (selon l’expression de Fernand Braudel, historien contemporain). Les “élites” de notre pays, publiques ou économiques, se conduisent trop souvent comme si la société n’était qu’un champ -d’expérimentation sans conséquence pour ceux qui la composent : “Ils considèrent les hommes dans leurs expériences comme ils le feraient ni plus ni moins de souris dans une pompe à air ou dans un récipient de gaz.” (Edmund Burke, parlementaire libéral anglais, Considérations sur la Révolution de France, 1791). De là, leur adhésion à toutes les utopies successives, libéralisme, socialisme, marxisme, tiers-mondisme, mondialisme. L’idéologie des droits de l’homme, ultime paradigme d’une intelligence en péril de mort, en l’enfermant sur lui-même, en a fait un être “unidimensionnel” (titre du principal ouvrage du sociologue gauchiste américain des années Soixante, Herbert Marcuse).
Si l’enracinement a une dimension physique il a, plus encore, une dimension morale. Est enraciné, pourvu d’une identité, celui qui assume en pleine conscience cette transmission, c’est-à-dire une tradition continuée. Car on ne transmet que ce qui vit, on n’améliore que ce que l’on vit. Cette transmission rend non seulement l’homme responsable mais, bien plus, elle l’élève au-dessus de sa condition purement biologique : “La tradition relie le temps à l’éternel, ce qui change à ce qui ne change pas ; elle maintient quelque chose qui échappe au temps, à l’écoulement des évènements, pour nous introduire en une réalité qui ne meurt pas : la tradition est mémoire, et un homme sans mémoire n’est rien.” (Paul Scortesco, ancien ambassadeur de Roumanie et écrivain catholique, mort en exil en France).
La volonté de se continuer en se grandissant est la loi même de notre civilisation. Elle a donné ce type humain indépassable qu’est le Chevalier, et c’est en France que ce type s’est approché le plus près de la perfection : “Ce qu’il y a de vrai dans les résultats de la recherche ethnologique en général, est la mise en évidence d’un élément non-politique ou non-sociologique, comme fondement au moins secondaire du pouvoir politique. C’est cet élément religieux, ou plus exactement sacré, qui est dans toute société normale, le fondement du pouvoir. Celui-ci vient de la Divinité, mais sociologiquement parlant, par la médiation de la paternité. L’archétype naturel du pouvoir socio-politique est l’autorité paternelle, parce que l’archétype de la société civile, comme l’a vu Aristote, est la famille.” (Jean Hani, ethnologue français, La royauté sacrée).
Il n’est que temps de réintroduire le Sacré dans notre société. On voit bien que nos contemporains n’ont pas faim que de pain. A des degrés divers, la percée des sectes comme l’usage massif de tranquillisants par nos compatriotes, en sont les contre-preuves. La sécularisation progressive des sociétés occidentales depuis le XVIe siècle, sécularisation qu’elles ont exportée dans le reste du monde, porte une très lourde responsabilité dans le “désenchantement du monde moderne” (expression de Max Weber, économiste et sociologue allemand des années Vingt, in L’éthique -protestante et l’esprit du capitalisme). A contrario, si certaines sociétés asiatiques ont su préserver leur cohésion, en dépit des chocs de la révolution industrielle venue d’Europe, elles le doivent à des valeurs communautaires ou familiales transmises sans solution de continuité.
Le déclin de l’Église catholique romaine, depuis le second concile du Vatican, par la perte du modèle de “société d’ordre” qu’elle incarnait et dont le magistère était accepté même par des incroyants, a aggravé la crise intellectuelle et morale dont souffrent nos contemporains. Aucune société ne peut durablement faire l’économie du Sacré qui est, par définition, la vraie différence. Le monde a besoin, pour ne pas s’enfoncer dans des ténèbres sans retour, que soit gardée, vivante et ferme, la mémoire de l’Incarnation.
Car nous, Français, avons une chance considérable. Depuis des siècles notre patrie, la terre de nos pères, a un visage familier. Elle est pleine de commodités pour ses habitants, elle a des racines concrètes faites d’équilibres subtils, un patrimoine intellectuel et sensible encore largement présent dans les usages de notre vie quotidienne. Si elle attire autant, c’est qu’elle possède cette “différence” qu’on n’a pas chez soi ou qu’on a vainement cherché ailleurs.
C’est vers cet “héritage” que nous devons nous tourner pour retrouver ce sens des réalités qu’ont perdu les politiques contemporaines : “On a mis dans la tête des gens que la société relevait de la pensée abstraite, alors qu’elle est faite d’habitudes, d’usages_; en broyant ceux-ci sous la meule de la raison, on pulvérise des genres de vie fondés sur une longue tradition, on réduit les individus à l’état d’atomes interchangeables et anonymes.” (Claude Lévi-Strauss, ethnologue français de gauche, inventeur du “structuralisme”, dans un entretien au Figaro, 1990).
Il est de la responsabilité du chef de l’État de ne pas désacraliser la vie publique. Il est inadmissible, par exemple, que le 14 Juillet soit dissout dans une manifestation euromondialiste, lui faisant perdre sa signification : la célébration de l’unité de la Patrie dans la gloire de nos armées. Par delà les symboles, les autorités politiques de notre pays doivent donc assurer la continuité de la France et veiller à sa souveraineté. L’une ne va pas sans l’autre. Si on laisse s’effondrer notre démographie et s’y substituer une immigration de peuplement, exploser la criminalité ou “diaboliser” nos origines, autant laisser la France se dissoudre dans le melting-pot mondialiste.
Car tout se tient. Les “responsables” politiques ne le sont que dans la mesure où ils sont comptables de ce qui est et de ce qui doit être. Il n’y a pas d’autre politique possible que le rassemblement autour de la Patrie parce qu’elle est essentielle pour celui qui vient au monde. C’est par elle qu’il se trouve, dès les premières heures de sa vie, lié aux destinées de ses ancêtres et aux efforts de ses proches.
Aussi loin que porte l’intelligence, il n’y a rien qui vaille contre cette qualité d’héritiers. Nous sommes les fils et les filles des hommes et des femmes qui firent la France. Cette vérité qui explique tant d’aspects de nous-mêmes, fonde nos devoirs d’aujourd’hui et nos engagements de demain. Elle est la condition du relèvement de la Patrie.