LIVRE DIXIÈME
DU COMMANDEMENT D'AIMER DIEU SUR TOUTES CHOSES.
CHAPITRE PREMIER
De la douleur du commandement que Dieu nous a fait de l'aimer sur toutes choses.
L'homme est la perfection de l'univers, l'esprit est la perfection de l'homme; l'amour, celle de l'esprit; et la charité, celle de l'amour.
C'est pourquoi l'amour de Dieu est la fin, la perfection et l'excellence de l'univers. En cela, Théotime, consiste la grandeur et primauté du commandement de l'amour divin que le Sauveur nomme le premier et le très grand commandement.
Ce commandement est comme un soleil qui donne le lustre et la dignité à toutes les lois sacrées, à toutes les ordonnances divines, et à toutes les saintes Écritures.
Tout est fait pour ce céleste amour, et tout se rapporte à icelui. De l'arbre sacré de ce commandement dépendent tous les conseils, exhortations, inspirations et tes autres commandements, comme ses fleurs; et la vie éternelle, comme son fruit:
et tout ce qui ne tend point à l'amour éternel, tend à la mort éternelle. Grand commandement duquel la parfaite pratique dure en la vie éternelle, ains n'est autre chose que la vie éternelle.
Mais voyez, Théotime, combien cette loi d'amour est aimable. Eh! Seigneur Dieu, ne suffisait-il pas qu'il vous plût de nous permettre ce divin amour, comme Laban permit celui de Rachel à Jacob, sans qu'il vous plût encore de nous y semondre (exciter) par exhortations, de nous y pousser par vos commandements?
Mais non, bonté divine; afin que ni votre grandeur, ni notre bassesse, ni prétexte quelconque ne nous retardât de vous aimer, vous nous le commandez.
Le pauvre Appelles ne se pouvant garder d'aimer, n'osait toutefois aimer la belle Compaspé, parce qu'elle appartenait au grand Alexandre.
Mais quand il eut congé de l'aimer, combien s'en estima-t-il obligé à celui qui le lui permettait! Il ne savait s'il devait plus aimer ou cette belle Compaspé qu'un si grand empereur lui avait quittée, ou ce grand empereur qui lui avait quitté une si belle Compaspé.
O vrai Dieu! si nous le savions entendre, mon cher Théotime, quelle obligation aurions-nous à ce souverain bien, gai non seulement nous permet, mais nous commande de l'aimer !
Hélas, ô Dieu! je ne sais pas si je dois plus aimer votre infinie beauté qu'une si divine bonté m'ordonne d'aimer, ou votre divine bonté qui m'ordonne d'aimer une si très infinie beauté.
O beauté, combien êtes-vous aimable, m'étant octroyée par une si immense bonté! O bonté, que vous êtes aimable de me communiquer une si éminente beauté!
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde