CHAPITRE X
Moyen de connaître le change au sujet de ce saint amour.
Vous connaîtrez bien cela, Théotime; car si ce rossignol mystique chante pour contenter Dieu, il chantera le cantique qu'il saura être le plus agréable à la divine Providence.
Mais s'il chante pour le plaisir que lui-même prend en la mélodie de son chant, il ne chantera pas le cantique qui est le plus agréable à la bonté céleste, ains celui qui est le plus à son gré de lui-même et duquel il pense tirer plus de plaisir.
De deux cantiques qui seront voirement l'un et l'autre divins, il se peut bien faire que l'un sera chanté parce qu'il est divin, et l'autre parce qu'il ait agréable.
Rachel et Lia sont également épouses de Jacob mais l'une est aimée de lui en qualité d'épouse seulement, et l'autre en qualité de belle. Le cantique est divin ; mais le motif qui nous le fait chanter, c'est la délectation spirituelle que nous en prétendons.
Ne vois-tu pas, dira-t-on à cet évêque, que Dieu veut que tu chantes le cantique pastoral de sa dilection emmi son troupeau, lequel en vertu de son saint amour il te recommande par trois fois de paître en la personne du grand saint Pierre qui fût le premier des pasteurs?
Que me répondras-tu? Qu'à Rome, qu'à Paris il y a plus de délices spirituelles, et qu'on y peut pratiquer le divin amour avec plus de suavité.
O Dieu! ce n'est donc pas pour vous plaire que cet homme peut chanter, c'est pour le plaisir qu'il prend à cela; ce n'est pas vous qu'il cherche en l'amour; c'est Le contentement qu'il a ès exercices du saint amour.
Les religieux voudraient chanter le cantique des pasteurs, et les mariés celui des religieux, afin, ce disent-ils, de pouvoir mieux aimer et servir Dieu.
Eh! vous vous trompez, mes chers amis; ne dites pas que c'est pour mieux aimer et servir Dieu : ô nenni certes, c'est pour mieux servir votre propre contentement, lequel vous aimez plus que le contentement de Dieu.
La volonté de Dieu est en la maladie aussi bien et presque ordinairement mieux qu'en la santé. Que si nous aimons mieux la sauté, ne disons pas que c'est pour tant mieux servir Dieu: car qui ne voit que c'est la santé que nous cherchons en la volonté de Dieu, et non pas la volonté de Dieu en la santé?
Il est malaisé, je le confesse, de regarder longuement et avec plaisir la beauté d'un miroir, qu'on ne s'y regarde, ains qu'on ne se plaise à s'y regarder soi-même; mais il y n'ait pourtant de la différence entre Le plaisir que l'on prend à regarder un miroir parce qu'il est beau, et l'aise que l'on a de regarder dans un miroir, parce qu'on s'y voit.
Il est aussi sans doute malaisé d'aimer Dieu qu'on aime quant et quant (avec) le plaisir que l'on prend en son amour : mais néanmoins il y a bien à dire entre le contentement que l'on a d'aimer Dieu parce qu'il est beau, et celui que l'on a de l'aimer parce que son amour nous est agréable. Or, il faut tâcher de ne chercher en Dieu que l'amour de sa beauté, et non le plaisir qu'il y a en la beauté de son amour.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde