CHAPITRE II
Que l'union de notre volonté au bon plaisir de Dieu se fait principalement ès tribulations.
Or, voilà toutefois le grand Job, comme roi des misérables de la terre, assis sur un fumier, comme sur le trône de la misère, paré de plaies, d'ulcères, de pourriture, comme de vêtements royaux assortissants à la qualité de sa royauté; avec une si grande abjection et anéantissement, que s'il n'eût parlé, on ne pouvait discerner si Job était un homme réduit en fumier, ou si le fumier était une pourriture en forme d'homme.
Or le voilà, dis-je, le grand Job qui s'écrie : Si nous avons reçu des biens de la main de Dieu, pourquoi n'en recevrons-nous pas aussi bien les maux ? O Dieu, que cette parole est de grand amour ! Il pense, Théotime, que c'est de la main de Dieu qu'il a reçu les biens, témoignant qu'il n'avait pas tant estimé les biens parce qu'ils étaient biens, comme parce qu'ils provenaient de la main du Seigneur.
Ce qu'étant ainsi, il conclut que donc il faut supporter amoureusement les adversités, puisqu'elles procèdent de la même main du Seigneur, également aimable lorsqu'elle distribue les afflictions, comme quand elle donne les consolations.
Les biens sont volontiers reçus de tous; mais de recevoir les maux, il n'appartient qu'à l'amour parfait, qui les aime d'autant plus, qu'ils ne sont aimables que pour le respect de la main qui les donne.
Le voyageur qui a peur de faillir le droit chemin, marchant en doute, va regardant çà et là le pays où il est, et s'amuse presque à chaque bout de champ à considérer s'il ne se fourvoie point. Mais celui qui est assuré de sa route, va gaiement, hardiment et vitement. Ainsi certes, l'amour voulant aller à la volonté de Dieu parmi les consolations, il va toujours en crainte, de peur de prendre le change et qu'en lieu d'aimer le bon plaisir de Dieu, il n'aime le plaisir propre qui est en la consolation.
Mais l'amour qui tire chemin devers la volonté de Dieu en l'affliction, il marche en assurance : car l'affliction n'étant nullement aimable en elle-même, il est bien aisé de ne l'aimer que pour le respect de la main qui la donne. Les chiens sont à tous coups en défaut au printemps, et n'ont quasi nul sentiment, parce que les herbes et fleurs poussent alors si fortement leur senteur, qu'elle outrepasse celle du cerf ou du lièvre. Parmi le printemps des consolations, l'amour n'a presque nulle reconnaissance du bon plaisir de Dieu, parce que le plaisir sensible de la consolation jette tant d'attraits dedans le coeur, qu'il en est diverti de l'attention qu'il devrait avoir à la volonté de Dieu. Notre-Seigneur ayant donné le choix à sainte Catherine de Sienne d'une couronne d'or et d'une couronne d'épines, elle choisit celle-ci, comme plus conforme à l'amour. C'est une marque assurée de l'amour, dit la bienheureuse Angèle de Foligny, que de vouloir souffrir, et le grand Apôtre s'écrie qu'il ne se glorifie qu'en la croix, en l'infirmité, en la persécution.
CHAPITRE III
De l'union de notre volonté au bon plaisir divin, ès afflictions spirituelles, par la résignation.
L'amour de la croix nous fait entreprendre des afflictions volontaires, comme, par exemple, les jeûnes, veilles, cilices et autres macérations de la chair, et nous fait renoncer aux plaisirs, honneurs et richesses, et l'amour en ces exercices est tout agréable au bien-aimé. Toutefois il l'est encore davantage quand nous recevons avec patience, doucement et agréablement les peines, tourments et tribulations, en considération de la volonté divine qui nous les envoie. Mais l'amour est alors en son excellence quand nous ne recevons pas seulement avec douceur et patience les afflictions, nias nous les chérissons, nous les aimons et les caressons à cause du bon plaisir divin duquel elles procèdent.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde