c'est un article de l'Huma (Figaro + AFP = l'Humanité, n'est-ce pas ? Indécrottable droiche...) mais intéressant quand même.
Quand Hergé faisait de « l'anticommunisme primaire »
Par Le Figaro avec AFP
Publié le 27 octobre 2024
Les éditions Moulinsart ont publié le 16 octobre le premier tome de la série Les Coulisses d'une œuvre, consacré aux origines de Tintin au pays des soviets.
La nouvelle série Les Coulisses d’une œuvre, des éditions Moulinsart, révèle les coulisses de fabrication des albums de Tintin, avec une première aventure Au pays des Soviets à partir de 1929. Dans le premier tome de la série, publié le 16 octobre, on découvre un Hergé inexpérimenté, cherchant à critiquer le totalitarisme soviétique, avec une approche peu nuancée.
À raison d'un tome tous les deux mois, vendu en librairie et en kiosque, la série s'étalera jusqu'en 2028. Les éditions Moulinsart appartiennent aux ayants droit d'Hergé, sa veuve Fanny Vlamynck et le second mari de celle-ci, Nick Rodwell. Elles publient exclusivement sur l'univers de Tintin, comme en 2021 Hergé, Tintin et les Soviets : naissance d'une œuvre. La première page de Tintin au pays des Soviets apparaît le 10 janvier 1929 dans Le Petit Vingtième. Le journal écrit qu'il « vient d'envoyer en Russie soviétique un de ses meilleurs reporters : Tintin! », et le montre à bord d'un train Bruxelles-Berlin, en vue de rallier Moscou.
« Hergé travaille dans un quotidien de droite. Il vient d'un milieu traditionaliste. »
Didier Platteau, fondateur des éditions Moulinsart.
La page est commandée par le patron du journal catholique belge Vingtième siècle, l'abbé Norbert Wallez. L'homme sera collaborationniste sous l'Occupation nazie. « Hergé travaille dans un quotidien de droite. Il vient d'un milieu traditionaliste. Il est dans l'ambiance de ce journal », commente Didier Platteau, fondateur des éditions Moulinsart, interrogé par l'AFP.
L'auteur de ces «coulisses d'une œuvre», Philippe Goddin, reproduit ses caricatures politiques à la même époque dans un hebdomadaire satirique, Le Sifflet, « pourfendeur viscéral des rouges ». Il reste mesuré pour parler des opinions du jeune Hergé. Renaud Nattiez, qui a publié en 2023 l'essai Faut-il brûler Tintin ?, qualifie Philippe Goddin de « prudent, pas militant ». « Il a été ami d'Hergé, il l'est de sa femme. Il a fait toute sa vie sur Tintin, dont il est l'un des meilleurs experts, surtout concernant le graphisme. Il a un peu de mal à critiquer Hergé », estime le spécialiste. « Cet album de Tintin, c'est ce qu'on appelle de l'anticommunisme primaire, comme on le faisait en 1929. » À 21 ans, Hergé n'a jamais quitté sa Belgique natale. Et la Russie s'est largement fermée aux étrangers depuis le déclenchement de la Première Guerre mondiale, puis la Révolution de 1917.
Tintin au pays des Soviets est à la croisée de deux inspirations : le film d'aventures, en raison d'un « goût prononcé pour le cinéma burlesque » que relève Philippe Goddin, et le pamphlet politique. Les éditions Moulinsart oscillent entre l'envie de tresser des lauriers au dessinateur, pour sa critique précoce du totalitarisme soviétique, et l'admission de la faible étendue des sources nourrissant son scénario.
« Hergé prend la défense des humiliés »
L'une d'entre elles écrase les autres : Moscou sans voiles, récit d'un ex-consul belge, Joseph Douillet, arrivé en Russie en 1891, et expulsé par l'URSS en 1926 au terme de neuf mois de prison. L'auteur de Tintin y pioche une scène d'élection truquée. « Le collectivisme qui arrive, Staline qui s'annonce, les famines qui font déjà des ravages considérables : déjà là, Hergé prend la défense des humiliés », affirme Didier Platteau, qui fut aussi ami avec le dessinateur. D'après Renaud Nattiez, l'ouvrage de Joseph Douillet « est un brûlot anticommuniste ». Il n'est pas mis en regard de ce qu'on sait aujourd'hui de la Russie des années 1920.
La publication s'achève dans Le Petit Vingtième en mai 1930. L'album paraît en septembre à 10 000 exemplaires, pour ne jamais être réédité pendant 43 ans, les éditions Casterman ne l'appréciant guère. L'un des 500 albums du « tirage de tête » (pour des acheteurs ayant précommandé) est mis en vente aux enchères le 23 octobre à Paris par la maison Tajan. Il est estimé 60 000 euros.
+ ce commentaire édifiant d'un lecteur, qui prouve que rien n'a changé un siècle plus tard sur la fascination exercée par le communisme :
Emmanuel Trogneux
le 27/10/2024 15:27
Hergé avait lu « Moscou sans voiles » (1921) de Joseph Douillet, consul de Belgique à Rostovsur-le-Don, puis membre de la mission Nansen, et fondé de pouvoirs de ce dernier pour le Sud-Est des U. R. S. S., délégué de l'European Student Relief et collaborateur de plusieurs Institutions internationales de secours en ce pays. Il vécut vingt-six ans en Russie tzariste, et neuf ans sous le régime des Soviets. Il raconte donc ce qu'il a vu et entendu, en homme qui connaît à la perfection les gens et le pays, possédant la langue russe aussi bien, et mieux peut-être encore, que sa langue maternelle. On ne peut aujourd’hui mettre en cause la véracité de son témoignage : à l’époque, les communistes le traitèrent de menteur.
https://www.lefigaro.fr/bd/quand-herge-faisait-de-l-anticommunisme-primaire-20241027