CHAPITRE VII
Du recueillement amoureux de l'âme la contemplation.
Mais le recueillement duquel j'entends parler ne se fait pas par le commandement de l'amour, ains par l'amour même, c'est-à-dire, nous ne le faisons pas nous-mêmes par élection, d'autant qu'il n'est pas en notre pouvoir de l'avoir quand nous voulons, et ne dépend pas de notre soin; mais Dieu le fait en nous quand il lui plait par sa très sainte grâce.
Celui, dit la bienheureuse mère Térèse, de Jésus, qui a laissé par écrit que l'oraison de recueillement se fait comme quand un hérisson ou une tortue se retire au dedans de soi, l'entendait bien, hormis que ces bêtes se retirent au dedans d'elles-mêmes quand elles veulent; mais le recueillement ne gît pas en notre volonté, ains il nous advient quand il plaît à Dieu de nous faire cette grâce.
Or, il se fait ainsi. Rien n'est si naturel au bien que d'unir et attirer à soi les choses qui le peuvent sentir, comme font nos âmes, lesquelles tirent toujours et se rendent à leur trésor, c'est-à-dire, à ce qu'elles aiment.
Il arrive donc quelquefois que notre Seigneur répand imperceptiblement au fond du coeur une certaine douce suavité qui témoigne sa présence, et lors les puissances, voire même les sens extérieurs de l'âme, par un certain secret consentement, se retournent du côté de cette intime partie où est le très aimable et très cher époux.
Tout ainsi qu'un nouvel essaim, ou jeton (essaim d'abeilles rejeté hors de la ruche.) de mouches à miel, lorsqu'il veut fuir et changer de pays, est rappelé par le son que l'on fait doucement sur des bassins, ou par l'odeur du vin emmiellé, ou bien encore par la senteur de quelques herbes odorantes, en sorte qu'il s'arrête par l'amorce de ces douceurs et entre dans la ruche qu'on lui a préparée.
De même notre Seigneur prononçant quelque secrète parole de son amour, ou répandant l'odeur du vin de sa dilection plus délicieuse que le miel, ou bien évaporant les parfums de ses vêtements, c'est-à-dire, quelques sentiments de ses consolations célestes en nos coeurs, et par ce moyen leur faisant sentir sa très aimable présence, il retire à soi toutes les facultés de notre âme, lesquelles se ramassent autour de lui et sarrêtent en lui comme en leur objet très désirable.
Et comme qui mettrait un morceau daimant entre plusieurs aiguilles, verrait que soudain toutes les pointes se retourneraient du côté de leur aimant bien-aimé, et se viendraient attacher à lui, ainsi lorsque notre Seigneur fait sentir au milieu de notre âme sa très délicieuse présence, toutes nos facultés retournent leurs pointes de ce côté-là pour se venir joindre à cette incomparable douceur.
O Dieu ! dit l'âme alors, à l'imitation de saint Augustin, où vous allais-je cherchant, beauté très infinie? Je vous cherchais dehors, et vous étiez au milieu de mon coeur. Toutes les affections de Magdeleine, et toutes ses pensées étaient épanchées autour du sépulcre de son Sauveur qu'elle allait qu'êtant çà et là, et bien qu'elle l'eût trouvé et qu'il parlât à elle, elle ne laisse pas de les laisser éparses, parce qu'elle ne s'apercevait pas de sa présence; mais soudain qu'il l'eut appelée par son nom, la voilà qu'elle se ramasse et s'attache toute à ses pieds; une seule parole la met en recueillement.
Imaginez-vous, Théotime, la très sainte Vierge notre Dame, lorsqu'elle eut conçu le Fils de Dieu, son unique amour. L'âme de cette mère bien-aimée se ramasse toute sans doute autour de cet enfant bien-aimé, et parce que ce divin ami était emmi ses entrailles sacrées, toutes les facultés de son âme se retirent en elle-même, comme saintes avettes (abeilles) dedans la ruche en laquelle était leur miel; et à mesure que la divine grandeur s'est, par manière de dire, rétrécie et raccourcie dedans son sein virginal, son âme agrandissait et magnifiait les louanges de cette infinie débonnaireté et son esprit tressaillait de contentement dedans son corps, comme saint Jean dedans celui de sa mère, autour de son Dieu quelle sentait. Elle ne lançait point ses pensées ni ses affections hors d'elle-même, puisque son trésor, ses amours et ses délices étaient au milieu de ses entrailles sacrées.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde