CHAPITRE VII
Du recueillement amoureux de l'âme la contemplation.
Or, ce même contentement peut être pratiqué par imitation entre ceux qui, ayant communié, sentent par la certitude de la foi ce que, non la chair ni le sang, mais le Père céleste leur a révélé, que leur Sauveur est en corps et en âme présent d'une très réelle présence à leur corps et à leur âme par ce très adorable sacrement; car comme la mère perle, ayant reçu les gouttes de la fraîche rosée du matin, se resserre non seulement pour les conserver pures de tout le mélange qui s'en pourrait faire avec les eaux de la mer, mais aussi pour l'aise qu'elle ressent d'apercevoir l'agréable fraîcheur de ce germe que le ciel lui envoie :
ainsi arrive-t-il à plusieurs saints et dévots fidèles, qu'ayant reçu le divin sacrement qui contient la rosée de toutes bénédictions célestes, leur âme se resserre, et toutes les facultés se recueillent non seulement pour adorer ce roi souverain nouvellement présent d'une présence admirable à leurs entrailles, mais pour l'incroyable consolation et rafraîchissement spirituel qu'ils reçoivent de sentir par la foi ce germe divin de l'immortalité en leur intérieur.
Où vous noterez soigneusement, Théotime, qu'en somme tout ce recueillement se fait par l'amour, qui, sentant la présence du bien-aimé par les attraits qu'il répand au milieu du coeur, ramasse et rapporte toute l'âme vers icelui par une très aimable inclination, par un très doux contournement et par un délicieux repli de toutes les facultés du côté du bien-aimé, qui les attire à soi par la force de sa suavité, avec laquelle il lie et tire les coeurs, comme on tire les corps par les cordes et liens matériels.
Mais ce doux recueillement de notre âme en soi-même ne se fait pas seulement par le sentiment de la présence divine au milieu de notre coeur, ains en quelle manière que ce soit que nous nous mettions en cette sacrée présence il arrive quelquefois que toutes nos puissances intérieures se resserrent et ramassent en elles-mêmes par l'extrême révérence et douce crainte qui nous saisit en considération de la souveraine majesté de celui qui nous est présent et nous regarde, ainsi que, pour distraits que nous soyons, si le pape ou quelque grand prince comparait, nous revenons à nous-mêmes, et retournons nos pensées sur nous pour nous tenir en contenance et respect.
On dit que la vue du soleil fait recueillir les fleurs de la flambe (nom vulgaire de l'iris), autrement appelée glay (pour glaïeul), parce qu'elles se ferment et resserrent en elles-mêmes à la lueur du soleil, en l'absence duquel elles s'épanouissent et se tiennent ouvertes toute la nuit. C'en est de même en cette sorte de recueillement de laquelle nous parlons; car à la seule présence de Dieu, au seul sentiment que nous avons qu'il nous regarde, ou dès le ciel, ou de quelque autre lieu hors de nous, bien que pour lors nous ne pensions pas à l'autre sorte de présence par laquelle il est en nous, nos facultés et puissances se ramassent et assemblent en nous-mêmes pour la révérence de sa divine majesté, que l'amour nous fait craindre d'une crainte d'honneur et de respect.
Certes je connais une âme à laquelle sitôt que lon mentionnait quelque mystère ou sentence qui lui ramentevait (rappelait) un peu plus expressément que lordinaire la présence de Dieu, tant en confession quen particulière conférence, elle rentrait si fort en elle-même, quelle avait peine den sortir pour parler et répondre ; en telle sorte quen son extérieur elle demeurait comme destituée de vie et tous les sens engourdis, jusques à ce que lépoux lui permit de sortir, qui était quelquefois assez tôt, et dautres fois plus tard.
CHAPITRE VIII
Du repos de l'âme recueillie en son bien-aimé.
L'âme étant donc ainsi recueillie dedans elle-même en Dieu ou devant Dieu, se rend parfois si doucement attentive à la bonté de son bien-aimé, qu'il lui semble que son attention ne soit presque pas attention, tant elle est simplement et délicatement exercée comme il arrive en certains fleuves qui coulent si doucement et également, qu'il semble à ceux qui les regardent, ou naviguent sur iceux, de ne voir ni sentir aucun mouvement, parce qu'on ne les voit nullement ondoyer ni flotter.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde