CHAPITRE IX.
Préparation au discours de l'union des bienheureux avec Dieu.
O combien délicieuse est la sainte lumière de la foi, par laquelle nous savons avec une certitude nonpareille, non seulement l'histoire de l'origine des créatures et de leur vrai usage, mais aussi celle de la naissance éternelle du grand et souverain Verbe divin, auquel et par lequel tout a été fait, et lequel avec le Père et le Saint-Esprit est un seul Dieu, très unique, très adorable, et béni ès siècles des siècles. Amen.
Ah! dit saint Jérôme à son Paulin ( ?), le docte Platon ne sut oncques ceci, l'éloquent Démosthènes l'a ignoré. O que vos paroles, dit le grand roi, sont douces, Seigneur, à mon palais, plus douces que le miel à ma bouche!
Notre coeur n'était-il pas tout ardent, tandis qu'il nous parlait en chemin disent ces heureux pèlerins d'Emmaüs, parlant des flammes amoureuses dont ils étaient touchés par la parole de la foi.
Que si les vérités divines sont de si grande suavité, étant proposées en la lumière obscure de la foi, ô Dieu, que sera-ce quand nous les contemplerons en la clarté du midi de la gloire ?
La reine de Saba, qui, à la grandeur de la renommée de Salomon, avait tout quitté pour le venir voir, étant arrivée en sa présence, et ayant écouté les merveilles de la sagesse qu'il répandait en ses propos, tout éperdue et comme pâmée d'admiration, s'écria que ce qu'elle avait appris par oui-dire de cette céleste sagesse, n'était pas la moitié de la connaissance que la vue et l'expérience lui en donnaient.
Ah ! que belles et amiables sont les vérités que la foi nous révèle par l'ouïe ! Mais quand, arrivés en la céleste Jérusalem, nous verrons le grand Salomon, roi de gloire, assis sur le trône de sa sapience, manifestant avec une clarté incompréhensible les merveilles et secrets éternels de sa vérité souveraine, avec tant de lumière que notre entendement verra en présence ce qu'il avait cru ici-bas:
oh! alors, très cher Théotime, quels ravissements! quelles extases! quelles admirations! quels amours! quelles douceurs! Non jamais, dirons-nous en cet excès de suavité, non jamais nous n'eussions su penser de voir des vérités si délectables.
Nous avons voirement cru tout ce qu'on nous avait annoncé de ta gloire, ô grande cité de Dieu; mais nous ne pouvions pas concevoir la grandeur infinie des abîmes de tes délices.
CHAPITRE X.
Que le désir précédent accroîtra grandement l'union des bienheureux avec Dieu.
Le désir qui précède la jouissance, aiguise et affine le ressentiment d'icelle, et pins le désir a été pressant et puissant, plus la possession de la chose désirée est agréable et délicieuse.
O Jésus! mon cher Théotime, quelle joie pour le coeur humain de voir la face de la Divinité, face tant désirée, ains face lunique désir de nos âmes ! Nos coeurs ont une soif qui ne peut être étanchée par les contentements de la vie mortelle, contentements desquels les plus estimés et pourchassés, s'ils sont modérés, ils ne nous désaltèrent pas; et s'ils sont extrêmes, ils nous étouffent.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde