CHAPITRE III
Comme l'âme, étant en charité, fait progrès en icelle.
Néanmoins, bien que moyennant la charité répandue dans nos coeurs nous puissions marcher en la présence de Dieu, et faire progrès en la voie du salut; si est-ce que la bonté divine assiste l'âme à laquelle il a donné son amour, la tenant continuellement de sa sainte main.
Car ainsi, 1° il fait mieux paraître la douceur de son amour envers elle; 2° il la va toujours animant de plus en plus; 3° il la soulage contre les inclinations dépravées et les mauvaises habitudes contractées par les péchés passés; 4° et enfin, la maintient et défend contre les tentations.
Ne voyons-nous pas, Théotime, que souvent les hommes sains et robustes ont besoin qu'en les provoque à bien employer leur force et leur pouvoir; et que, par manière de dire, on les conduise à l'oeuvre par la main?
Ainsi, Dieu nous ayant donné sa charité et par icelle la force et le moyen de gagner: pays (avancer) au chemin de la perfection, son amour néanmoins ne lui permet pas de nous laisser aller ainsi seuls; ains il le fait mettre en chemin avec : nous, il le presse de nous presser, et sollicite son coeur de solliciter et pousser le nôtre à bien employer la sainte charité qu'il nous a donnée :
répliquant souvent par ses inspirations les avertissements que saint Paul nous fait : Voyez de ne point recevoir la grâce céleste en vain. Tandis que vous ayez le temps, faites tout le bien que vous pourrez. Courez en sorte que vous en portiez le prix.
Si que nous nous devons imaginer souvent qu'il répète aux oreilles de nos coeurs les paroles qu'il disait au bon père Abraham: Marche devant moi et sois parfait.
Surtout lassistance spéciale de Dieu est requise à l'âme qui a le saint amour ès entreprises signalées et extraordinaires : car bien que la charité, pour, petite qu'elle soit, nous donne assez dinclination, et, comme je pense, une force suffisante peur faire les oeuvres nécessaires au salut.
Si est-ce néanmoins que, pour aspirer et entreprendre des actions excellentes et extraordinaires, nos coeurs ont besoin d'être poussés et rehaussés par la main et le mouvement de ce grand amoureux céleste : comme la princesse de notre parabole, laquelle, quoique bien remise en santé, ne pouvait faire des montées, ni aller bien vite, que son cher époux ne la relevât et soutint fortement.
Ainsi, saint Antoine et saint Siméon Stylite étaient en la grâce et charité de Dieu, quand ils firent dessein d'une vie si relevée; comme aussi la bienheureuse mère Térèse, quand elle fit le voeu d'obéissance spéciale ; saint François et saint Louis, quand ils entreprirent le voyage d'outre mer pour la gloire de Dieu; le bienheureux François Xavier, quand il consacra sa vie à la conversion des Indois; saint Charles, quand il s'exposa au service des pestiférés; saint Paulin, quand il se vendit pour racheter l'enfant de la pauvre veuve:
jamais pourtant ils n'eussent fait des coups si hardis et généreux, si, à la charité qu'ils avaient en leurs coeurs, Dieu n'eût ajouté des inspirations, semonces, lumières et forces spéciales, par lesquelles il les animait et poussait à ces exploits extraordinaires de la vaillance spirituelle.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde