CHAPITRE VI
De quelques faveurs spéciales exercées en la rédemption des hommes par la divine Providence.
De cette manière donc Dieu détourna de sa glorieuse mère toute captivité, lui donnant le bonheur des deux états de la nature humaine, puisquelle eut l'innocence que le premier Adam avait perdue, et jouit excellemment de la rédemption que le second lui acquit; au suite de quoi, comme un jardin d'élite, qui devait porter le fruit de vie, elle fut rendue florissante en toutes sortes de perfections.
Ce fils de l'amour éternel, ayant ainsi paré sa mère de robe d'or recamée (Recamée, brodée, de litalien ricamata) en belles variétés, afin qu'elle fût la reine de sa dextre, cest-à-dire la première de tous les élus qui jouiraient des délices de la dextre divine.
Si que cette mère sacrée, comme toute réservée à son fils, fut par lui rachetée, non seulement de la damnation, mais aussi de tout péril de la damnation, lui assurant la grâce et la perfection de la grâce, en sorte qu'elle marchât comme une belle aube, qui, commençant à poindre, va continuellement croissant en clarté jusqu'au plein jour.
Rédemption admirable chef-doeuvre du Rédempteur, et la première de toutes les rédemptions par laquelle le fils d'un coeur vraiment filial, prévenant sa mère ès bénédictions de douceur, il la préserve, non seulement du péché comme les anges, mais aussi de tout péril de péché, et de tous les éloignements et retardements de l'exercice du saint amour.
Aussi, proteste-t-il qu'entre toutes les créatures raisonnables qu'il a choisies, cette mère est « son unique colombe, sa toute parfaite, sa toute chère bien-aimée, hors de tout parangon ( Parangon, modèle) et de tonte comparaison. »
Dieu disposa aussi d'autres faveurs pour un petit nombre de rares créatures qu'il voulait mettre hors du danger de la damnation; comme il est certain de saint Jean-Baptiste, et très probable de Jérémie, et de quelques autres que la divine Providence alla saisir dans le ventre de leurs mères, et dès lors les établit en la perpétuité de sa grâce, afin qu'ils demeurassent fermes en son amour, bien que sujets aux retardements et péchés véniels, qui sont contraires à la perfection de l'amour, et non à l'amour même: et ces âmes, en comparaison des antres, sont comme des reines, toujours couronnées de charité, qui tiennent le rang principal en l'amour du Sauveur après sa mère, laquelle est la reine des reines.
Reine, non seulement couronnée d'amour, mais de la perfection de l'amour, et qui plus est, couronnée de son fils propre, qui est le souverain objet de l'amour, puisque les enfants sont la couronne de leurs pères et mères.
Il y a encore d'autres âmes lesquelles Dieu disposa de laisser pour un temps exposées, non au péril de perdre le salut, mais bien au péril de perdre son amour; ains il permit qu'elles le perdissent en effet, ne leur assurant point l'amour pour toute leur vie, ains seulement pour la fin d'icelle, et pour certain temps précédent.
Tels furent David, les apôtres, la Magdeleine et plusieurs autres, qui pour un temps demeurèrent hors de l'amour de Dieu; mais enfin, étant une bonne fois convertis, ils furent confirmés en la grâce jusqu'à la mort, de sorte que dès lors demeurant voirement (voirement, même) sujets à quelques imperfections, ils furent toutefois exempts de tout péché mortel, et par conséquent du péril de perdre le divin amour, et furent comme des amantes sacrées de l'époux céleste, parées voirement de la robe nuptiale de son très saint amour, mais non pas pourtant couronnées, parce que la couronne est un ornement de la tête, c'est-à-dire de la première partie de la personne.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde