CHAPITRE PREMIER
Que pour la beauté de la nature humaine, Dieu a donné le gouvernement
de toutes les facultés de l'âme à la volonté.
Certes, Théotime, la beauté est sans effet, inutile et morte, si la clarté et splendeur ne l'avive, et lui donne efficace ; dont nous disons les couleurs être vives, quand elles ont de l'éclat et du lustre. Mais quant aux choses animées et vivantes, leur beauté n'est pas accomplie sans la bonne grâce, laquelle, outre la convenance des parties parfaites, qui fait la beauté, ajoute la convenance des mouvements, gestes et actions qui est comme l'âme et la vie de la beauté des choses vivantes.
Ainsi, en la souveraine beauté de notre Dieu, nous ne reconnaissons l'union, ains l'unité de l'essence en la distinction des personnes avec une infinie clarté, jointe à la convenance incompréhensible de toutes les perfections, des actions et mouvements, comprises très souverainement, et par manière de dire, jointes et ajoutées excellemment en la très unique et très simple perfection du pur acte divin, qui est Dieu même, immuable et invariable, ainsi que nous dirons ailleurs.
Dieu donc, voulant rendre toutes choses bonnes et belles, réduit la multitude et distinction dicelles en une parfaite unité; et pour ainsi dire, il les a toutes rangées à la monarchie, faisant que toutes choses s'entretiennent les unes aux autres, et toutes à lui, qui est le souverain monarque. Il réduit tous les membres en un corps, sous un chef; de plusieurs personnes, il forme une famille; de plusieurs familles, une ville; de plusieurs villes, une province; de plusieurs provinces, un royaume; et soumet tout un royaume à un seul roi.
Ainsi, Théotime, parmi l'innumérable multitude et variété d'actions, mouvements, sentiments, inclinations, habitudes, passions, facultés et puissances qui sont en l'homme, Dieu a établi une naturelle monarchie en la volonté, qui commande et domine sur tout ce qui se trouve en ce petit monde, et semble que Dieu ait dit à la volonté ce que Pharaon dit à Joseph : Tu seras sur ma maison, tout le peuple obéira au commandement de ta bouche; sans ton commandement, nul ne remuera. Mais cette domination de la volonté se pratique certes fort différemment.
CHAPITRE II
Comme la volonté gouverne diversement les puissances de l'âme.
Le père de famille conduit sa femme, ses enfants et ses serviteurs par ses ordonnances et commandements, auxquels ils sont obligés d'obéir, bien qu'ils puissent ne le faire pas; que s'il a des serfs et esclaves, il les gouverne par la force, à laquelle ils n'ont nul pouvoir de contredire. Mais ses chevaux, ses boeufs, ses mulets, il les manie par industrie, les liant, bridant, piquant, enfermant, lâchant.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde