Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=973797
images/icones/attention.gif  ( 973797 )Betharram : 20 plaintes pour abus en tous genres par Ptitlu (2024-02-01 10:42:07) 

C'est le lycée "fier de ses châtiments" dont un enseignant prêtre s'était jeté dans le Tibre après avoir fait de la préventive et avoir été libéré par un faux témoignage. Rattrapé par son passé.

France 3

"Un ancien élève de l'établissement scolaire Bétharram (Pyrénées-Atlantiques) a déposé mercredi 31 janvier 2024, un dossier pénal avec 20 plaintes pour violences, dont cinq pour des abus sexuels, auprès du procureur de Pau. Les faits de violence se sont produits principalement entre 1980 et 1990. L'un des auteurs présumé est toujours en activité au sein de l'école".

RC

"Sur vingt plaintes, cinq concernent des abus sexuels. Comme l’indique la République des Pyrénées, les plaintes – pour l’essentiel sur des faits qui datent des années 1980 et 1990 – visent un prêtre qui s’est suicidé en 2000 après avoir fait de la prison préventive en France, et deux laïcs.

L’un d’eux est toujours surveillant à Betharram, l’autre, vise aussi par des plaintes pour abus, qui faisait office de préfet des études à Betharram et s’illustrait régulièrement par des punitions d’une violence inouïe, parti dans le centre de la France dans les années 1990, est devenu directeur d’un collège de l’enseignement catholique du diocèse de Bourges. Il a pris sa retraite voilà six ans".


Certains abus ont eu lieu hors de Betharram – notamment pendant des camps scouts dans le Morbihan : “J’ai été victime d’attouchements sexuels réalisés par un surveillant de Bétharram qui faisait des camps de scouts pendant les vacances. Nous étions sur l’Île-aux-Moines (Morbihan)".

Deux ans et demi après la CIASE Betharram est toujours la pointe émergée de l'iceberg : nombre d'affaires de masse, notamment sur des décennies, avec plusieurs auteurs (les témoignages mettent en cause une dizaine de profs et de surveillants pour les violences physiques, sur 30 ans), notamment avec des laïcs, ne sont toujours pas sorties.

Tout est bon pour faire taire les victimes, y compris faire la morale au nom de l'institution ou l'intérêt de l'Eglise. Mais la vérité finit toujours par se faire jour... pensée émue pour ceux qui prétendent bâtir sur le sable et les mensonges, s'asseoir sur les poubelles qui débordent et tout faire pour que rien ne sorte, tout en pleurant sur l'effondrement de la pratique ou que dans des pays voisins parlementaires et universitaires s'emparent du sujet (Zurich en Suisse, Flandre, Espagne...)


images/icones/carnet.gif  ( 973799 )40 ans après ? par Roger (2024-02-01 11:10:50) 
[en réponse à 973797]

Et il accuse un mort?

On est chez les fous...
images/icones/hum2.gif  ( 973800 )Le courage..;40 ans après.. par Germanicus (2024-02-01 11:48:30) 
[en réponse à 973799]

oui,c est curieux ces vieux qui denoncent les abus ,peut etre réels, un peu trop tard. Comme ces vieilles dames qui accusent les religieuses d un orphelinat de maltraitance... pendant ou juste après la 2nde guerre mondiale...
images/icones/attention.gif  ( 973803 )Ce n'est pas si curieux que ça... par Fenestri (2024-02-01 12:06:39) 
[en réponse à 973800]

S'il est nécessaire de s'interroger sur la recevabilité d'une plainte (c'est la première étape, quel que soit le domaine concerné !), l'argument du "la victime supposée se réveille tard" n'est honnêtement pas recevable pour quiconque s'intéresse un tant soit peu aux mécanismes de refoulement, de honte - ou qui, hélas, a une connaissance qui soit touchée par une affaire d'abus sexuel, de maltraitance, etc. Je peux vous dire que voir quelqu'un vous raconter qu'elle a subi sans qu'elle y voit le mal, pour finir par le réaliser en voyant les réactions que le récit suscite chez les personnes à qui elle se confie, est une expérience qui vous incite par la suite à vous garder des jugements hâtifs contre les "victimes tardives" !
images/icones/hein.gif  ( 973804 )A se demander par DumVolviturOrbis (2024-02-01 12:07:52) 
[en réponse à 973799]

si le but recherché par certains n'est pas d'obtenir réparation (avec raison) pour des crimes horribles qui ont été commis contre eux mais serait plutôt de s'attaquer à l'institution actuelle qu'ils jugent encore trop conservatrice. Il suffit de voir l'acharnement qui a été mis pour faire porter à Benoît XVI les fautes accomplies par une génération de soixante-huitard. Ou à l'inverse la relative indulgence envers François qui a quand même couvert plusieurs crapules notables...
images/icones/fleche3.gif  ( 973869 )Au vu de certaines réponses par Ptitlu (2024-02-04 01:09:00) 
[en réponse à 973804]

Je continue à me demander dans quel monde certains vivent et mieux comprendre pourquoi la chape de plomb religieuse, sociale, judiciaire, a pu persister si longtemps.

Dans ce cas précis c'est un établissement où un prêtre s'est jeté dans le Tibre en 2000 après avoir appris sa mise en examen pour une deuxième plainte...celle, justement d'un enfant dont le faux témoignage (obtenu par la pression institutionnelle et politique) lui avait permis de sortir de préventive où il avait fort logiquement été malmené... Les gendarmes avaient à l'époque auditionné tout un dortoir.

C'est un établissement où le 31 janvier 1995 un surveillant avait giflé un élève et lui avait perforé le tympan, lui occasionnant la perte de 40% de son audition. Le père avait porté plainte - malgré les interférences, comme on dit. Celles-ci même ont valu 5000 francs avec sursis d'amende au surveillant.

Je lis les témoignages. Certains ont essayé de parler, à l'époque, et se sont fait envoyer paître. Alors le cerveau se blinde, et essaie de mettre ce qui s'est passé dans un coin pour reconstruire. Et ça reste ainsi, longtemps.

Depuis la médiatisation, les témoignages affluent (entre l'apostolicat pour les pauvres et les orphelins et le collège, payant - fort cher - Betharram a compté plusieurs centaines d'élèves, à l'époque) et il y aura certainement d'autres plaintes.

Y compris contre le type qui s'est trouvé, bien plus tard...directeur adjoint d'un collège dans le diocèse de Bourges et sur lequel l'enseignement catholique local, mutualisé avec le diocèse d'Orléans d'ailleurs, ça pose, affirme n'avoir aucun élément sur son parcours. Ça fait sérieux... Dans la ville où il était il n'y a qu'UN bahut catholique, fruit de diverses fusions. Ce n'est pas la Bretagne. Autant chercher une haltère dans un seau de foin.

Quand on me dit, à longueur de temps, que l'Eglise a tiré les leçons de la CIASE, qu'on va pleurer un bon coup, et vendre la maison diocésaine pour financer les divers machins pondus (SELAM, INIRR, CRR) etc. je pense qu'on en est encore très loin :

- la plupart des "cas de masse", avec plusieurs auteurs et des dizaines de victimes, comme Betharram, Chavagnes ou l'affaire Ribes ne sont pas encore sortis - et la plupart sont justement sur la base d'établissements scolaires ou de chorales (le même constat pour les oeuvres laïques)

- les leçons, notamment de transparence de la part des institutions ecclésiales et des responsables n'ont pas été tirées - elles persistent à mentir, y compris et c'est le plus grave, aux victimes et à la postérité, alors que tout finira par sortir
(côté laïc, sportif notamment pas mieux, je renvoie côté sport aux nombreux travaux de Romain Molina sur le sujet, en France et à l'étranger, notamment sur les pressions subies par la récente commission d'enquête parlementaire)

- il y a toujours des gens pour accuser les victimes d'opportunisme ou de haine envers l'Eglise, alors qu'une fois de plus, à force de mensonge et de mépris l'Eglise crée elle même ses ennemis...

Je finirai en constatant que la plupart des élèves de Betharram qui ont subi des actes de violence physique et d'abus ont été brisés entre 8 et 14 ans et ont passe leur vie à baisser les yeux face à l'injustice et aux puissants.

C'est d'ailleurs un problème qui n'est pas que celui de Betharram - l'enquête de la CIASE avait été complétée par une enquête en population générale de l'INSERM qui faisait le constat que 5.5 millions de majeurs avaient connus des abus quand ils étaient mineurs, soit 7% de la population majeure tout de même, mais plus en détail une femme sur 7 et un homme sur 16.

Cette enquête avait été accueillie dans un silence de mort et complètement ignorée (sauf des personnes bien au fait de la problématique, hélas au courant de l'ampleur du problème) - c'est à dire qu'elle ne manquera pas de ressurgir.

Qu'ils se disent, quarante ans après, qu'eux et leurs proches ont le droit à la vérité et qu'ils ne vont pas transmettre leur soumission à la postérité, qu'ils vont obtenir justice, est assurément la plus belle nouvelle de début 2024 dans une France qui va décidément très mal, merci à certains de me le rappeler en les lisant, notamment car beaucoup ne sont plus prêts à la vérité.
images/icones/carnet.gif  ( 973873 )Nous ne sommes qu'au début de la problématique par Vox clamantis (2024-02-04 07:24:01) 
[en réponse à 973869]

des abus sexuels, et à beaucoup d'égards.

Comme vous le soulignez, en France l'ambiance est au "c'est derrière nous" à grand coup d'hypocrisie. Il est probable que pas mal d'affaires sordides continuent de sortir dans les années qui viennent, notamment en contexte scolaire / dans les petits séminaires à l'époque où ils existaient.

Mais le pire est encore devant nous avec la non-prise en compte des affaires en contexte missionnaire. Les éléments qui ont permis les abus et les permettent encore en contexte français existent en bien pire dans des pays de mission : s'il a été si "simple" d'abuser d'enfants en masse à Chavagnes ou à Betharram (y compris de gosses de riches dont les parents pouvaient payer un avocat), imaginez ce qu'un pervers pourrait faire à des enfants sans famille ou avec une famille très pauvre ou illettrée au milieu de la jungle.
images/icones/fleche3.gif  ( 973891 )Pour ce qui est des missionnaires par Ptitlu (2024-02-05 00:19:36) 
[en réponse à 973873]

On a un aperçu avec les Eudistes et les jésuites au Canada et les Oblats de Marie Immaculée chez les Inuits - deux cas de masse dont un qui est en prison au Canada. La maison mère est en France à Aix, près d'une église magnifique, et garde comme si de rien n'était des objets issus de ces missions chez les Inuits (un vrai musée leur maison, dans un ancien couvent)...mais pour y entrer il faut montrer patte blanche.

Les jésuites en Bolivie (et par ricochet en Espagne aussi), il y a de nombreuses sources en ligne, là bas le scandale et le système mis en place pour absoudre les prêtres une fois les abus commis (si si) par trois supérieurs successifs a fait la Une de la presse nationale.

Au vu des données dont je dispose maristes, jésuites, eudistes, et quelques autres congrégations sont bonnes pour un gros travail d'introspection...que pour l'instant seuls les Focolari et la CSJ ont réalisé, pour un nombre d'abus bien moindre. Et pas que des congrégations masculines.

A cela s'ajoutent diverses congrégations scolaires d'origine ouest européenne. Les piaristes, qui sont catalans (pour moi la Catalogne c'est un pays, ce n'est pas l'Espagne) ont reconnu des abus d'un religieux dans des écoles au Sénégal. Les Salésiens de Don Bosco, qui ont protégé des années durant un auteur d'abus en Belgique et Centrafrique.

Scolaires ou pas d'ailleurs. L'affaire G au Gabon. La CSJ qui est contrainte de fermer une implantation du jour au lendemain en Afrique. Et des tas d'autres histoires, visibles parfois à l'extraordinaire mobilité géographique de certains - il y a un mariste qui figure dans un recours collectif aux USA qui a été en poste à Grenoble, Lyon, Taipei, Berlin, au Mexique et aux USA dans deux endroits différents. Déplacé à chaque problème ?!

D'ailleurs on en vient à un autre versant. Depuis l'éclatement du bloc soviétique, beaucoup de prêtres d'Occident ont été expédiés dans ces pays (je parle de ceux de culture non catholique), où Biélorussie et Mongolie mis à part, le bilan depuis 1989 après une rapide montée en puissance jusque 1995/99 n'est franchement pas brillant. En Russie en maints endroits les chiffres déclarés des paroisses catholiques peuvent être divisés par trois voire quatre, et ce bien avant février 2022. Surtout, un certain nombre de contacts russes se sont retrouvés dans le Caucase, en Asie centrale ou ailleurs récemment et j'ai donc pas mal de retour sur ces terra incognita catholiques, effectifs, état réel, historique des prêtres et de leurs paroisses etc.

Bon, ben c'est franchement pas terrible. Et oui, d'une part on y a expédié "loin du cœur, loin des yeux" des auteurs d'abus, et de deux certaines congrégations qui ont des paroisses dans ces pays ne sont vraiment pas claires (exemple parmi tant d'autre l'institut du verbe incarné qui détient un étrange record : la moitié des prêtres qu'ils ont ordonné les ont quittés, dont la moitié - un quart du total donc - pour quitter l'état sacerdotal).
images/icones/carnet.gif  ( 973900 )Ce sont les MEP par Vox clamantis (2024-02-05 21:47:52) 
[en réponse à 973891]

Que j'avais en tête, avec un certain nombre d'affaires qui commencent à sortir, mais où on se fourre la tête dans le sable avec beaucoup d'insistance.

Pourtant, quatre des six derniers envoyés au Japon rapidement réexpédiés en France, ça devrait interroger. Sans parler des casseroles de plusieurs des derniers supérieurs. Ou des affaires thaïlandaises qu'ils essaient de mettre sous le tapis.

Mais bon, tout va bien, pas de problème structurel.