LIVRE. Ces chrétiens qui ont reconstruit la France et l’Europe
Avec son récit « Après la nuit » (Calmann-Lévy), le journaliste Jérôme Cordelier fait revivre ces chrétiens qui au lendemain des ravages de la Seconde guerre mondiale ont « gagné la paix » dans la décennie 1944-1954.
Henri Grouès, dit l’Abbé Pierre, Geneviève Anthonioz de Gaulle, Robert Schuman.
Ouest-France
Philippe BOISSONNAT.
Publié le 25/12/2023
« Nous avons gagné la guerre, et non sans peine ; maintenant, il va falloir gagner la paix. » Le mot attribué à Clemenceau est célèbre. On sait que le vainqueur de la Première guerre mondiale n’y parvint pas. Et qu’il fallût attendre le lendemain de la seconde guerre mondiale pour voir des hommes et des femmes conjuguer leurs forces et leurs convictions pour reconstruire une France et une Europe en paix après les haines et les ruines de la séquence 1939-1945.
Qui furent-ils, ces combattants de la reconstruction trop oubliés aujourd’hui ? Quelles furent leurs combats, leurs armes, leurs efforts ? Tout l’intérêt du récit que vient de publier Jérôme Cordelier, journaliste au Point est là : avec « Après la nuit », il exhume par dizaine ces figures aux noms familiers mais aux visages oubliés dont il retrace le parcours méconnu. Tout comme leur enracinement, fréquent, dans une foi chrétienne rarement mise en avant mais souvent déterminante.
Qui se souvient qu’avant d’être l’Abbé Pierre, Henri Grouès, le fondateur du mouvement Emmaüs, fut un grand résistant (l’Abbé Pierre était l’un de ses noms dans la clandestinité) puis pendant 6 ans élu au Parlement comme député indépendant apparenté au MRP, incité à se présenter « pour faire oublier les compromissions vichystes » de nombreux évêques ? C’est pourtant avec son indemnité parlementaire qu’il commence à acheter des terrains pour y construire des abris de fortune pour les sans-logis.
Réintégrer ceux qui sont aux marges
Qui se souvient de Geneviève Anthonioz de Gaulle, nièce du général, membre du réseau de résistance du Musée de l’Homme, arrêtée à 24 ans, déportée à Ravensbrück, matricule 27372 ? Libérée en avril 1945, elle participe à la fondation de l’Association nationale des déportés et internés, à la création du RPF de son oncle puis épaule le père Wresinski pour faire naître le mouvement ATD Quart-Monde à partir de 1957, avec pour objectif « de réintégrer dans la société celles et ceux qui sont cantonnés aux marges des Trente Glorieuses. »
Jérôme Cordelier en fait revivre ainsi des dizaines : Edmond Michelet, Georges Bidault, Joseph Rovan, François Bloch-Lainé, le Père Jacques Loew, le chanoine Kir, Germaine Ribière, Odile de Vasselot… Dont quelques-uns de ces « moines soldats » à qui l’on doit les fondations de ce qui est aujourd’hui l’Union européenne.
Arrêtons-nous pour conclure sur Robert Schuman, ministre des Affaires étrangères de 48 à 53, à qui l’on doit le coup d’éclat du 9 mai 1950 : quand il annonça à la surprise générale la fondation de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) entre la France et l’Allemagne, « première étape de la fédération européenne qui changera le destin de ces régions longtemps vouées à la fabrication des armes de guerre dont elles ont été les plus constantes victimes. » Avec Konrad Adenauer, ce Lorrain né citoyen allemand incarne d’une façon emblématique « ces catholiques qui pansé les blessures de la guerre et remis l’Europe sur les rails de la paix. » Une lecture précieuse alors que s’annoncent les cérémonies du 80e anniversaire de la Libération.
« Après la nuit. Ces chrétiens qui ont reconstruit la France et l’Europe », 334 pages. Octobre 2023, Calmann-Lévy (20,90 €).
https://www.ouest-france.fr/culture/livres/livre-ces-chretiens-qui-ont-reconstruit-la-france-et-leurope-b3f95da2-a23d-11ee-b16d-047192125733