CHAPITRE XXVIII
DES JUGEMENTS TÉMÉRAIRES
De voir ou connaître une chose, ce n'est pas en juger; car le jugement, au moins selon la phrase de l'Ecriture, présuppose quelque petite ou grande, vraie ou apparente difficulté quil faille vider; c'est pourquoi elle dit que « ceux qui ne croient point sont déjà jugés », parce qu'il n'y a point de doute en leur damnation.
Ce n'est donc pas mal fait de douter du prochain, non, car il nest pas défendu de douter, ains de juger; mais il n'est pourtant pas permis ni de douter, ni de soupçonner sinon ric-à-ric tout autant que les raisons ou arguments nous contraignent de douter; autrement les doutes et soupçons sont téméraires.
Si quelque oeil malin eût vu Jacob quand il baisa Rachel auprès du puits, où qu'il eût vu Rébecca accepter des bracelets et pendants d'oreille d'Eliézer, homme inconnu en ce pays-là, il eût sans doute mal pensé de ces deux exemplaires de chasteté, mais sans raison et fondement; car quand une action est de soi-même indifférente, c'est un soupçon téméraire d'en tirer une mauvaise conséquence, sinon que plusieurs circonstances donnent force à largument.
C'est aussi un jugement téméraire de tirer conséquence d'un acte pour blâmer la personne ; mais ceci, je le dirai tantôt plus clairement.
Enfin, ceux qui ont bien soin de leur conscience, ne sont guère sujets au jugement téméraire; car comme les abeilles, voyant le brouillard ou temps nubileux, se retirent en leurs ruches à ménager le miel, aussi les cogitations des bonnes âmes ne sortent pas sur des objets embrouillés ni parmi les actions nubileuses des prochains : ains, pour en éviter la rencontre, se ramassent dedans le coeur pour y ménager les bonnes résolutions de leur amendement propre. Cest le fait d'une âme inutile, de s'amuser à l'examen de la vie dautrui.
J'excepte ceux qui ont charge des autres, tant en la famille qu'en la république; car une bonne partie de leur conscience consiste à regarder et veiller sur celle des autres. Qu'ils fassent donc leur devoir avec amour; passé cela, qu'ils se tiennent en eux-mêmes pour ce regard.
CHAPITRE XXIX
DE LA MEDISANCE
Le jugement téméraire produit linquiétude, le mépris du prochain, l'orgueil et complaisance de soi-même et cent autres effets très pernicieux, entre lesquels la médisance tient des premiers rangs, comme la vraie peste des conversations.
O que n'ai je un des charbons du saint autel pour toucher les lèvres des hommes, afin que leur iniquité fût ôtée et leur péché nettoyé, à limitation du séraphin qui purifia la bouche dIsaïe! Qui ôterait la médisance du monde, en ôterait une grande partie des péchés et de l'iniquité.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde