CHAPITRE III
DE LA PATIENCE
Ès contradictions qui vous arriveront en l'exercice de la dévotion (car cela ne manquera pas), ressouvenez-vous de la parole de Notre-Seigneur:
« La femme tandis qu'elle enfante a de grandes angoisses, mais voyant son enfant né elle les oublie, d'autant qu'un homme lui est né au monde »; car vous avez conçu en votre âme le plus digne enfant du monde, qui est Jésus-Christ avant qu'il soit produit et enfanté du tout, il ne se peut que vous ne vous ressentiez du travail; mais ayez bon courage, car, ces douleurs passées, la joie éternelle vous demeurera d'avoir enfanté un tel homme au monde. Or il sera entièrement formé en votre coeur et en vos oeuvres par imitation de sa vie.
Quand vous serez malade, offrez toutes vos douleurs, peines et langueurs au service de Notre Seigneur, et le suppliez de les joindre aux tourments qu'il a reçus pour vous.
Obéissez au médecin, prenez les médecines, viandes et autres remèdes pour l'amour de Dieu, vous ressouvenant du fiel qu'il prit pour l'amour de nous. Désirez de guérir pour lui rendre service; ne refusez point de languir pour lui obéir, et disposez-vous à mourir, si ainsi il lui plaît, pour le louer et jouir de lui.
Ressouvenez-vous que les abeilles au temps qu'elles font le miel, vivent et mangent d'une munition fort amère, et qu'ainsi nous ne pouvons jamais faire des actes de plus grande douceur et patience, ni mieux composer le miel des excellentes vertus, que tandis que nous mangeons le pain damertume et vivons parmi les angoisses.
Et comme le miel qui est fait des fleurs de thym, herbe petite et amère, est le meilleur de tous, ainsi la vertu qui s'exerce en l'amertume des plus viles, basses et abjectes tribulations est la plus excellente de toutes.
Voyez souvent de vos yeux intérieurs Jésus-Christ crucifié, nu, blasphémé, calomnié, abandonné et enfin accablé de toutes sortes d'ennuis, de tristesse et de travaux, et considérez que toutes vos souffrances, ni en qualité ni en quantité, ne sont aucunement comparables aux siennes, et que jamais vous ne souffrirez rien pour lui, au prix de ce qu'il a souffert pour vous.
Considérez les peines que les martyrs souffrirent jadis et celles que tant de personnes endurent, plus grièves, sans aucune proportion, que celles esquelles vous êtes, et dites: « Hélas mes travaux sont des consolations et mes peines des roses, en comparaison de ceux qui sans secours, sans assistance, sans allègement, vivent en une mort continuelle, accablés dafflictions infiniment plus grandes. »
CHAPITRE IV
DE L'HUMILITÉ POUR L'EXTÉRIEUR
« Empruntez, dit Elisée à une pauvre veuve, et prenez force vaisseaux vides et versez l'huile en iceux. » Pour recevoir la grâce de Dieu en nos coeurs, il les faut avoir vides de notre propre gloire. La crécerelle criant et regardant les oiseaux de proie, les épouvante par une propriété et vertu secrète; c'est pourquoi les colombes laiment sur tous les autres oiseaux, et vivent en assurance auprès dicelle: ainsi l'humilité repousse Satan, et conserve en nous les grâces et dons du Saint-Esprit, et pour cela tous les saints, mais particulièrement le Roi des saints et sa Mère, ont toujours honoré et chéri cette digne vertu plus qu'aucune autre entre toutes les morales.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde