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images/icones/carnet.gif  ( 970783 )"Blaise Pascal : l’improbable pari" par Cristo (2023-10-18 11:36:22) 

point de vue intéressant, me semble-t-il.
Le choix de l'icône est un clin d'oeil à un pari tapé.



Blaise Pascal : l’improbable pari
Posté le 4 octobre 2023 par Laurent Vercoustre

Blaise Pascal (1623-1662)
C’est l’année Pascal. Ainsi en a décidé le Ministère de la culture à l’occasion du quatre centième anniversaire de sa naissance. Clermont-Ferrand, sa ville natale, multiplie les commémorations et notre médiatique mathématicien, Cédric Villani, grand admirateur de Pascal, a été chargé au mois de janvier dernier de la conférence inaugurale sur ce grand homme.[1]

J’ai choisi de parler du pari, car, assez souvent, il reste le seul passage qu’on retient de la pensée de Pascal. L’idée est donc d’aller à sa rencontre à partir du pari. Que nous dit Pascal ? Si Dieu existe et si nous obéissons à ses commandements tout au long de notre vie terrestre, nous irons au paradis où nous vivrons une béatitude éternelle, les libertins et tous ceux qui auront préféré les divertissements à une vie pieuse connaitront l’enfer à perpétuité. Si je joue et si je perds ( Dieu n’existe pas) ce que j’ai perdu est modeste à l’égard de ce que j’aurais pu gagner. Autrement dit , si nous faisons le pari que Dieu existe, le gain est de l’ordre de l’infini et cette possibilité d’infini fait passer pour dérisoire ce que nous risquons de perdre ici-bas. Le pari déclencha un flot de critiques. Un obscure religieux, du nom de Duvillard se déclarait horrifié. Voici ce qu’en dit Voltaire : « cet article me paraît un peu indécent et puéril. Cette idée de jeu, de pertes et de gains ne convient pas à la gravité du sujet » [2].

Que représente ce pari dans l’œuvre de Pascal ? Il est à vrai dire radicalement contraire à l’esprit des Pensées. Expliquons-nous. Pascal est un personnage inclassable, « un effrayant génie » pour Chateaubriand. Chez Pascal coexistent deux personnes le scientifique et le mystique. Le scientifique est à mettre au rang des plus grands savants de l’histoire. Rappelons brièvement ses travaux sur le vide. Pascal aime relever les défis, attiré par la controverses, il veut prouver l’existence du vide et tordre le coup à un adage datant d’Aristote qui prétend que « la nature a horreur du vide ». L’épisode du Puy de Dôme , le 15 novembre 1647, représente la consécration de ses recherches. Blaise Pascal avait confié à Florin Périer, son beau-frère, le soin de mesurer la pression atmosphérique au sommet du Puy de Dôme , et là miracle, le niveau de la colonne de mercure descendit de neuf centimètres laissant derrière lui… le vide !

Pascal vit alors une intense période mondaine. Il fréquente les milieux libertins. Parmi eux, un de ses grands amis, le chevalier de Méré, interpelle Pascal au sujet des jeux de hasard. La question est à peu près celle-ci : comment répartir équitablement les mises de chaque joueur quand le jeu est interrompu et que les gains entre les joueurs sont inégalement répartis. En résolvant le problème, Pascal découvre une forme de rationalité jusque là méconnue, les statistiques. C’est donc à Pascal que revient le mérite d’avoir semé les germes de la science statistique qu’il appelait géométrie du hasard. Tout à fait conscient de l’importance de sa découverte qui allait occuper une place majeur dans le domaine scientifiques, il adresse une dédicace à l’académie parisienne de médecine.

Voilà pour le scientifique, avant de le quitter n’oublions pas qu’il fut aussi un mathématicien d’une incroyable précocité, à 11 ans il aurait démontré la 32e proposition d’Euclide et à 16 ans il publie un essai sur les coniques. Il y a aussi sa contribution au calcul infinitésimal qui est indiscutable.

Venons-en au mystique. Au mois d’octobre 1654, retournement complet du personnage. Il dit alors éprouver « un grand mépris pour les affaires du monde et un dégoût presque insupportable de toutes les personnes qui en sont » Pascal va alors vivre sa fameuse nuit de feu. Dans la soirée du lundi 23 novembre 1654, de dix heures et demi à minuit et demi environ il éprouve un moment d’extase extraordinaire, moment qu’il consigne dans un texte qu’on nomme le mémorial. Le texte est une succession d’exclamations « certitude », « paix » « joie, joie, joie, pleurs de joie », le manuscrit s’achève sur cette décision : « Renonciation totale et douce. Soumission totale à Jésus-Christ et à mon directeur. » Il coud soigneusement ce document dans son manteau et le transfère toujours quand il change de vêtement ; un serviteur le découvrira par hasard après sa mort.

Que nous dit ce Pascal mystique. Il faut bien comprendre que les Pensées sont d’abord une apologie de la religion chrétienne et que le but qu’elles poursuivent est de conduire l’homme à ce Dieu chrétien. En temps qu’apologiste le premier geste de Pascal est de saper toute confiance que l’homme peut avoir en ses propres forces. « Qu’est-ce que l’homme dans la nature un néant à l’égard de l’infini un tout à l’égard du néant un milieu entre rien et tout ». Cette apologie de la religion chrétienne proscrit toute démonstration rationnelle de l’existence de Dieu, celle de Descartes irrite profondément Pascal. L’accès à Dieu est une affaire de cœur, c’est ce qui fait la profonde originalité de Pascal, lui qui a été si loin sur les chemins de la raison dans le domaine scientifique, ne lui concède aucun pouvoir dans la quête de Dieu. C’est tout le sens de la célèbrissime maxime : « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Voilà pourquoi ce pari qui met en équation la foi en Dieu est en définitive très surprenant chez Pascal car discordant avec toute son oeuvre.

Certains, vont même jusqu’à penser, qu’à travers ce pari, Pascal se moque en réalité de son propre raisonnement. Il dit aux libertins de son temps qui sont de petits rationalistes, puisque vous êtes incapables d’ouvrir votre cœur je vais prendre un raisonnement que vous pouvez comprendre. Au cœur de ce pari qu’on prend souvent au premier degré, il y aurait de l’ironie, et même de la moquerie à l’égard de ceux qui ne pourraient comprendre que ce raisonnement-là.

J’allais oublier de vous faire connaître une des pensées de Pascal vers laquelle va ma préférence : «.Les hommes sont si nécessairement fous, que ce serait être fou, par un autre tour de folie, de n’être pas fou.»



[1] Cette conférence est visible sur youtube, l’approche de Pascal par Villani est pleine d’intérêt.

[2] Voltaire 25e lettre philosophique.

2 Commentaires
RÉPONDRE

11 octobre 2023
BULTÉ
Finalement, Pascal, sur la folie, était pertinent. Merci pour cette citation.
Et Dieu, dans tout cela, aurait dit Chancel( qui ne l’a dit qu’une fois en réalité).

RÉPONDRE

11 octobre 2023
LAURENT VERCOUSTRE
Merci Gérard, je suis heureux que Pascal ait quand même réussi à te plaire, grâce à cette citation sur la folie que j’aime beaucoup ( je m’en suis servi dans mon bouquin Augustin..), et que je n’avais pas mise sur le texte que je t’ai envoyé comme d’habitude avant publication.

https://blog.laurentvercoustre.lequotidiendumedecin.fr/2023/10/04/pascal-limprobrable-pari/?xtor=EPR-2-%5BNL_entre_confreres%5D-%5B20231018%5D&utm_content=20231018&utm_campaign=NL_entreconfreres&utm_medium=newsletter&utm_source=qdm&newsToken=1de207ca-b898-4a22-8ab7-dbd31e6d9eab
images/icones/carnet.gif  ( 970845 )"La divinité chrétienne" selon Gilberte Périer, soeur de Pascal par le torrentiel (2023-10-21 04:53:30) 
[en réponse à 970783]

Voici comment Gilberte Périer résume la pensée de son frère Blaise Pascal
(j'ai conservé la graphie en Français du Grand siècle bien que j'aie ménagé des paragraphes pour l'intelligibilité du raisonnement. Attention, extrait superbe, morceau d'anthologie, un texte maître-à-vivre, :

"La Divinité des chrétiens ne consiste pas seulement en un Dieu simplement auteur des veritez geometriques et de l’ordre des elements ; c’est la part des payens. Elle ne consiste pas en un Dieu qui exerce sa providence sur la vie et sur les biens des hommes, pour donner une heureuse suitte d’années ; c’est la part des Juifs. Mais le Dieu d’Abraham et de Jacob, le Dieu des chrestiens est un Dieu d’amour et de consolation : c’est un Dieu qui remplit l’ame et le cœur de ceux qui le possedent. C’est un Dieu qui leur fait sentir interieurement leur misere, et sa misericorde infinie ; qui s’unit au fond de leur ame ; qui les remplit d’humilité, de foy, de confiance et d’amour ; qui les rend incapables d’autre fin que de luy mesme. Le Dieu des chrestiens est un Dieu qui fait sentir à l’ame qu’il est son unique bien ; que tout son repos est en luy, qu’elle n’aura de joye qu’à l’aymer ; et qui luy fait en mesme temps abhorrer les obstacles qui la retiennent, et l’empeschent de l’aimer de toutes ses forces. L’amour-propre et la concupiscence qui l’arrestent luy sont insupportables, et Dieu lui fait sentir qu’elle a ce fond d’amour propre et que luy seul l’en peut guerir.


Voilà ce que c’est que connoistre Dieu en chrestiens. Mais pour le connoistre en cette maniere, il faut connoistre en mesme temps sa misere et son indignité et le besoin qu’on a d’un Mediateur pour s’approcher de Dieu et pour s’unir à luy. Il ne faut point separer ces connoissances, parce qu’estant separées, elles sont non seulement inutiles, mais nuisibles.

La connoissance de Dieu sans celle de notre misere fait l’orgueil. Celle de notre misere sans celle de Jesus Christ fait nostre desespoir ; mais la connoissance de Jesus Christ nous exempte de l’orgueil et du desespoir ; parce que nous y trouvons Dieu, seul consolateur de notre misere, et la voye unique de la reparer.

Nous pouvons connoistre Dieu sans connoistre notre misere, ou notre misere sans connoistre Dieu ; ou mesme Dieu et notre misere, sans connoistre le moyen de nous delivrer des miseres qui nous accablent. Mais nous ne ouvons connoistre Jesus Christ, sans connoistre tout ensemble et Dieu et notre misere ; parce qu’il n’est pas simplement Dieu, mais un Dieu reparateur de nos miseres."

https://fr.wikisource.org/wiki/Vie_de_Monsieur_Pascal/Vie#cite_note-4

images/icones/carnet.gif  ( 970846 )Quelles raisons a eu François de rendre hommage à Blaise Pascal? par le torrentiel (2023-10-21 04:56:46) 
[en réponse à 970783]

Le pape jésuite, adepte de la spiritualité du "Pacte des catacombes" (cf. après-midi des Pères et des mères synodaux), converge avec le pamphlétaire janséniste passé maître dans la résolution et dans la contemplation des mystères, pour dénoncer le semi-pélagianisme, qui croit que l'homme est capable de rien par ses seules forces.

L'option préférentielle du chef d'une "Eglise pauvre pour les pauvres" qui la détourne en l'appauvrissant de la "mondanité spirituelle" tout en feignant de parler comme les grands de ce monde, rencontre le génie scientifique transpercé par Dieu, qui a converti ses spéculations en faisant du "Connais-toi toi-même" un chemin d'humilité et un milieu entre la connaissance de l'univers et la connaissance de sa misère; en ne se percevant plus soi-même comme une expansion réfléchie de l'univers; et, dans cette humiliation de se voir assigner une limite infligée par l'Infini, dans cette "plaie", dans cette brèche "ouverte" par la connaissance de sa misère qui est le propre de l'homme, là où l'amour-propre est le sale de l'homme restant seul et livré à lui-même, grain de blé qui ne veut pas mourir (au lieu d'apprendre à passer... à autre chose qu'à son "moi haïssable"), en rencontrant Jésus-Christ dans cette plaie, comme le réparateur de nos misères, Dieu médiateur et consolateur, indispensable complément métaphysique (pour l'entendement humain, s'entend!) au Dieu créateur.