CHAPITRE XIX
DE LA SAINTE COMMUNION
N'épargnez point de dire ce qui est requis pour bien faire entendre la qualité de votre offense, comme le sujet que vous avez eu de vous mettre en colère, ou de supporter quelqu'un en son vice. Par exemple, un homme lequel me déplaît, me dira quelque légère parole pour rire, je le prendrai en mauvaise part et me mettrai en colère; que si un autre qui meût été agréable en eût dit une plus âpre, je l'eusse prise en bonne part.
Je n'épargnerai donc point de dire : je me suis relâchée à dire des paroles de courroux contre une personne, ayant pris de lui en mauvaise part quelque chose qu'il ma dit, non point pour la qualité des paroles, mais parce que celui-là m'était désagréable.
Et s'il est encore besoin de particulariser les paroles pour vous bien déclarer, je pense qu'il serait bon de les dire ; car s'accusant ainsi naïvement, on ne découvre pas seulement les péchés qu'on a faits, mais aussi les mauvaises inclinations, coutumes, habitudes et autres racines du péché, au moyen de quoi le père spirituel prend une plus entière connaissance du coeur qu'il traite et des remèdes qui lui sont propres. Il faut néanmoins toujours tenir couvert le tiers qui aura coopéré à votre péché, tant qu'il sera possible.
Prenez garde à une quantité de péchés qui vivent et règnent bien souvent insensiblement dedans la conscience, afin que vous les confessiez et que vous puissiez vous en purger ; et à cet effet lisez attentivement les chapitres VI, XXVII, XXVIII, XXIX, XXXV et XXXVI de la troisième Partie et le chapitre VII de la quatrième Partie.
Ne changez pas aisément de confesseur, mais en ayant choisi un, continuez à lui rendre compte de votre conscience aux jours qui sont destinés pour cela, lui disant naïvement et franchement les péchés que vous aurez commis; et de temps en temps, comme serait de mois en mois ou de deux mois en deux mois, dites-lui encore l'état de vos inclinations, quoique par icelles vous n'ayez pas péché, comme si vous étiez tourmentée de la tristesse, du chagrin, ou si vous êtes portée à la joie, aux désirs d'acquérir des biens, et semblables inclinations.
CHAPITRE XX
DE LA FRÉQUENTE COMMUNION
On dit que Mithridate, roi du Pont, ayant inventé le mithridat renforça tellement son corps par icelui, que s'essayant par après de s'empoisonner pour éviter la servitude des Romains, jamais il ne lui fut possible.
Le Sauveur a institué ce sacrement très auguste de l'Eucharistie qui contient réellement sa chair et son sang, afin que qui la mange vive éternellement; c'est pourquoi, quiconque en use souvent avec dévotion affermit tellement la santé et la vie de son âme, qu'il est presque impossible qu'il soit empoisonné d'aucune sorte de mauvaise affection.
On ne peut être nourri de cette chair et vivre des affections de mort; si que, comme les hommes demeurant au paradis terrestre pouvaient ne mourir point selon le corps, par la force de ce fruit vital que Dieu y avait mis, ainsi peuvent-ils ne point mourir spirituellement, par la vertu de ce sacrement de vie.
Que si les fruits les plus tendres et sujets à corruption, comme sont les cerises, les abricots et les fraises, se conservent aisément toute lannée étant confits au sucre et au miel, ce n'est pas merveille si nos coeurs, quoique frêles et imbéciles, sont préservés de la corruption du péché lorsqu'ils sont sucrés et emmiellés de la chair et du sang incorruptibles du Fils de Dieu.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde