La troisième parole du Christ en croix rapportée par l’Evangile est celle qu’il adresse au bon larron : « En vérité je te le dis, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis. » Saint Luc seul rapporte cette parole qui ne fut entendue ou retenue que par la Sainte Vierge. Saint Jean dit simplement : « ... ils le crucifièrent et avec lui deux autres, un de chaque côté et Jésus au milieu. » Il n’a pas fait tellement attention à eux ; la Sainte Vierge au contraire était au pied de la Croix, dans tout l’éclat de la charité parfaite ; elle rayonnait d’amour, elle exultait dans l’union à Dieu, et les mérites de son Fils la faisaient ainsi coopérer au rachat des membres du Christ. Elle vit quelle chance insigne, quel bonheur, quelle grâce étaient offerts à ces malheureux de subir le même supplice en même temps que son Fils. Elle les vit souffrir, crier sous les coups de marteau qui enfonçaient les clous. Et il est probable qu’elle fit comme à Cana où elle dit simplement : « ils n’ont plus de vin » ; il lui suffisait de penser : ils ne savent pas, ils ne comprennent pas et son Fils en tint compte.
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Seul Saint Luc qui eut le désir, ou l’avantage, ou la possibilité de rencontrer la Sainte Vierge avant d’écrire son évangile raconte ainsi les faits : « Or l’un des malfaiteurs qui étaient en croix l’insultait, disant : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même et nous aussi. » Mais l’autre prenant la parole pour le faire taire, dit : « Tu n’as donc pas même la crainte de Dieu, toi qui endures le même supplice ? Et pour nous c’est justice, car nos actions nous ont mérité le châtiment que nous recevons ; mais lui n’a rien fait de mal. » Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans l’éclat de ton règne. » Et il lui dit : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis ! »
Quelle grâce ! Pour un brigand : le Paradis ! pour un après-midi de souffrances méritées et sans purgatoire ou si peu ! Voilà le privilégié du ciel ! Nous autres, espèce inférieure et inconsistante de Pharisiens, nous serions presque indignés ; nous sommes si oublieux de la toute puissance de la miséricorde divine, sur laquelle seule nous pouvons fonder notre salut !
Puissance de la grâce et puissance du repentir. Cet homme qui insultait Jésus peu de temps auparavant se trouve gagné par la contrition. Elle est parfaite. Le principe en est le regret d’avoir offensé Dieu ; il accepte le dur châtiment qui lui est imposé. « C’est justice » dit-il. Il a reçu le don de la foi et l’espérance est née aussitôt en ce Jésus qu’il voit pourtant cloué près de lui sur une croix semblable à celle dont il meurt.