CHAPITRE XIII
DES ASPIRATIONS, ORAISONS JACULATOIRES ET BONNES PENSÉES
Plusieurs ont ramassé beaucoup d'aspirations vocales, qui vraiment sont fort utiles; mais par mon avis, vous ne vous astreindrez point à aucune sorte de paroles, ains prononcerez ou de coeur ou de bouche celles que l'amour vous suggérera sur le champ, car il vous en fournira tant que vous voudrez.
Il est vrai qu'il y a certains mots qui ont une force particulière pour contenter le coeur en cet endroit, comme sont les élancements semés si dru dedans les psaumes de David, les invocations diverses du nom de Jésus, et les traits d'amour qui sont imprimés au Cantique des Cantiques. Les chansons spirituelles servent encore à même intention, pourvu qu'elles soient chantées avec attention.
Enfin, comme ceux qui sont amoureux d'un amour humain et naturel ont presque toujours leurs pensées tournées du côté de la chose aimée, leur coeur plein d'affection envers elle, leur bouche remplie de ses louanges, et qu'en son absence ils ne perdent point d'occasion de témoigner leurs passions par lettres, et ne trouvent point d'arbre sur l'écorce duquel ils n'écrivent le nom de ce qu'ils aiment; ainsi ceux qui aiment Dieu ne peuvent cesser de penser en lui, respirer pour lui, aspirer à lui et parler de lui, et voudraient, s'il était possible, graver sur la poitrine de toutes les personnes du monde le saint et sacré nom de Jésus.
A quoi même toutes choses les invitent, et n'y a créature qui ne leur annonce la louange de leur bien-aimé; et, comme dit saint Augustin après saint Antoine, tout ce qui est au monde leur parle d'un langage muet mais fort intelligible en faveur de leur amour; toutes choses les provoquent à des bonnes pensées, desquelles par après naissent force saillies et aspirations en Dieu. Et voici quelques exemples:
Saint Georges, évêque de Nazianze, ainsi que lui-même racontait à son peuple, se promenant sur le rivage de la mer, considérait comme les ondes savançant sur la grève laissaient des coquilles et petits cornets, tiges dherbes, petites huîtres et semblables brouilleries que la mer rejetait, et par manière de dire crachait dessus le bord ; puis, revenant par des autres vagues, elle reprenait et engloutissait derechef une partie de cela, tandis que les rochers des environs demeuraient fermes et immobiles, quoique les eaux vinssent rudement battre contre iceux.
Or sur cela, il fit cette belle pensée: que les faibles, comme coquilles, cornets et tiges dherbes, se laissent emporter tantôt à l'affliction, tantôt à la consolation, à la merci des ondes et vagues de la fortune, mais que les grands courages demeurent fermes et immobiles à toutes sortes dorages ; et de cette pensée, il fit naître ces élancements de David:
« O Seigneur, sauvez-moi, car les eaux ont pénétré jusques à mon âme! O Seigneur, délivrez-moi du profond des eaux! Je suis porté au profond de la mer et la tempête ma submergé. Car alors il était en affliction pour la malheureuse usurpation que Maximus avait entreprise sur son évêché.
Saint Fulgence, évêque de Ruspe, se trouvant en une assemblée générale de la noblesse romaine que Théodoric, roi des Goths, haranguait, et voyant la splendeur de tant de seigneurs qui étaient en rang chacun selon sa qualité:
« O Dieu, dit-il, combien doit être belle la Jérusalem céleste, puisqu'ici-bas on voit si pompeuse Rome la terrestre! Et si en ce monde tant de splendeur est concédée aux amateurs de la vanité, quelle gloire doit être réservée en l'autre monde aux contemplateurs de la vérité! »
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde