CHAPITRE XII
DE LA RETRAITE SPIRITUELLE
Retirez donc quelquefois votre esprit dedans votre coeur, où, séparée de tous les hommes, vous puissiez traiter coeur à coeur de votre âme avec son Dieu, pour dire avec David : « J'ai veillé et ai été semblable au pélican de la solitude; j'ai été fait comme le chat-huant ou le hibou dans les masures, comme le passereau solitaire au toit.
Lesquelles paroles, outre leur sens littéral (qui témoigne que ce grand roi prenait quelques heures pour se tenir solitaire en la contemplation des choses spirituelles), nous montrent en leur sens mystique trois excellentes retraites et comme trois hermitages, dans lesquels nous pouvons exercer notre solitude à l'imitation de notre Sauveur, lequel sur le mont de Calvaire fut comme le pélican de la solitude, qui de son sang ravive ses poussins morts; en sa Nativité dans une établerie déserte, il fut comme le hibou dedans la masure, plaignant et pleurant nos fautes et péchés; et au jour de son Ascension, il fut comme le passereau, se retirant et volant au ciel qui est comme le toit du monde ; et en tous ces trois lieux, nous pouvons faire nos retraites emmi le tracas des affaires.
Le bienheureux Elzéar, comte dArian en Provence, ayant été longuement absent de sa dévote et chaste Delfine, elle lui envoya un homme exprès pour savoir de sa santé, et il lui fit réponse : « Je me porte fort bien, ma chère femme; que si vous me voulez voir, cherchez-moi en la plaie du côté de notre doux Jésus, car c'est là où j'habite et où vous me trouverez; ailleurs, vous me chercherez pour néant ». C'était un chevalier chrétien, celui-là !
CHAPITRE XIII
DES ASPIRATIONS, ORAISONS JACULATOIRES ET BONNES PENSÉES
On se retire en Dieu parce qu'on aspire à lui, et on y aspire pour s'y retirer; si que l'aspiration en Dieu et la retraite spirituelle s'entretiennent l'une lautre, est toutes deux proviennent et naissent des bonnes pensées.
Aspirez donc bien souvent en Dieu, Philothée, par des courts mais ardents élancements de votre coeur: admirez sa beauté, invoquez son aide, jetez-vous en esprit au pied de la croix, adorez sa bonté, interrogez-le souvent de votre salut, donnez-lui mille fois le jour votre âme, fichez vos yeux intérieurs sur sa douceur, tendez-lui la main, comme un petit enfant à son père, afin qu'il vous conduise, mettez-lui sur votre poitrine comme un bouquet délicieux, plantez-le en votre âme comme un étendard, et faites mille sortes de divers mouvements de votre coeur pour vous donner de l'amour de Dieu, et vous exciter à une passionnée et tendre dilection de ce divin Epoux.
On fait ainsi les oraisons jaculatoires, que le grand saint Augustin conseille si soigneusement à la dévote dame Proba. Philothée, notre esprit s'adonnant à la hantise, privauté et familiarité de son Dieu, se parfumera tout de ses perfections ; et si, cet exercice nest point malaisé, car il se peut entrelacer en toutes nos affaires et occupations, sans aucunement les incommoder, d'autant que, soit en la retraite spirituelle, soit en ces élancements intérieurs, on ne fait que des petits et courts divertissements qui n'empêchent nullement, ains servent de beaucoup à la poursuite de ce que nous faisons.
Le pélerin qui prend un peu de vin pour réjouir son coeur et rafraîchir sa bouche, bien quil sarrête un peu pour cela, ne rompt pourtant pas son voyage, ains prend de la force pour le plus vitement et aisément parachever, ne s'arrêtant que pour mieux aller.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde