Le Forum Catholique

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images/icones/heho.gif  ( 969901 )L'enfumage du nouveau préfet de la CDF par Johanis (2023-09-15 11:47:57) 

je pense qu'on peut dire que l'enfumage est une propriété du pontificat présent. Il s'agit de changer l'Eglise en des points importants de sa doctrine, tout en prétendant que tout ce qui est dit et fait est irréprochablement légitime. Cet enfumage s'appuie en particulier sur deux leviers : un charisme pétrinien qui s’étend et est absolutisé d'une façon qui n'est pas catholique, et le principe explicité par Saint-Vincent de Lérins de l'approfondissement de la doctrine, lui aussi déformé pour en faire un principe de changement de la doctrine. Car il ne faut pas confondre la doctrine (existant idéalement, et pauvrement accessible ici-bas), et la connaissance, la compréhension qu’on peut en avoir dans l’Eglise sur terre. L’entourloupe réside dans le fossé qu’on creuse entre la doctrine et sa compréhension historique. Le tout récent préfet révèle ici qu’il n’y a que le pape en vertu de son charisme « vivant et actif » qui transcende le « dépôt statique », qui peut déterminer la compréhension actuelle de la doctrine.

Mgr Tucho Fernandez qui s'est rendu célèbre en tant que « Docteur du baiser », mais surtout comme un inspirateur essentiel du pontificat et notamment d'Amoris Laetitia, a donné un bel exemple de cet enfumage dans sa quarantième interview (c'est lui qui a fait fait le décompte). Le journaliste, Edward Pentin, a su poser de bonnes questions.

Ainsi, il y déclare : « Quand nous parlons d’obéissance au Magistère, nous l’entendons dans au moins deux sens, qui sont inséparables et tout aussi importants l’un que l’autre.
L’un est le sens le plus statique, celui d’un ‘dépôt de la foi’ que nous devons garder et préserver indemne.
Mais d’autre part, il existe un charisme particulier pour cette sauvegarde, un charisme unique, que le Seigneur n’a donné qu’à Pierre et à ses successeurs.
Dans ce cas, il ne s’agit pas d’un dépôt, mais d’un don vivant et actif, qui est à l’œuvre dans la personne du Saint-Père. Je n’ai pas ce charisme, ni vous, ni le cardinal Burke. Aujourd’hui, seul le pape François le possède. … »

Il y a un « dépôt de la foi » que nous devons garder et préserver indemne, sauf que le pape a le charisme pour le rendre vivant ; vous devez croire, dit-il en somme, que derrière le changement qui ressort de ce que dit et fait le pape, demeure la doctrine indemne. Et c’est bien en effet l’herméneutique que fait le pape de son action : pas question de toucher à la doctrine, à la révélation telle qu’elle est dans le ciel, mais dans la vie et l’histoire on est sur un autre plan. Sur ce plan là l’Esprit Saint donne de comprendre la doctrine d’une façon nouvelle. Par rapport à ce que dit Mgr Fernandez, François donne une part de son Esprit aux synodes, qui il est vrai ne font que développer ses propres intentions.

Le secret révélé dans ce pontificat c’est donc une doctrine que l’on garde indemne, mais qui se prête à tous les changements dans sa traduction historique. Prétendre que le contenu historique de la foi et de la morale ne change pas c’est du rigorisme, un regard tourné vers l’arrière (« indiétrisme »), etc, la mort…. Et refuser le caractère « vivant et actif » de l’enseignement de François Sept se mètrent en dehors de l’Eglise.

Mgr Fernandez poursuit : «il est clair que même l’Église ne saisit pas encore toute la richesse de l’Évangile. … La doctrine ne change pas, l’Évangile sera toujours le même, la Révélation est déjà réglée. Mais il ne fait aucun doute que l’Église sera toujours minuscule au milieu d’une telle immensité de vérité et de beauté et qu’elle devra toujours continuer à grandir dans sa compréhension. » Il faut comprendre que l’Eglise que l’on disait « une, catholique, et apostolique se découvre aujourd’hui grâce au principe vivant et actif qui est dans le pape comme Eglise essentiellement synodale. Il faut comprendre aussi comme il le dit encore une fois dans cette interview, que le seul problème avec l’homosexualité active est le risque de confusion avec le mariage. Il suffit donc d’être clair sur une différence fondamentale entre les deux, et on pourra décider qu’il est légitime de bénir cette forme d’union dans l’amour. Car quoi qu’il en soit dit dans l’Ecriture, on comprend aujourd’hui et le pape a le charisme pour le déclarer qu'il ne saurait être question de péché mortel (pardon pour le mot), comme il lui appartient de pouvoir dire en vertu du même charisme unique, qu’en fait il n’y a pas de péché mortel.

Le pape est donc censé avoir ce charisme unique de transformation de la compréhension de la doctrine (il parle de transfiguration dans cette interview), qui a l’effet miraculeux de pouvoir donner une compréhension contradictoire de cette doctrine mais qui la garde indemne !

Mgr Fernandez dit aussi : « il ne s’agit pas d’un dépôt, mais d’un don vivant et actif, qui est à l’œuvre dans la personne du Saint-Père. Je n’ai pas ce charisme, ni vous, ni le cardinal Burke. Aujourd’hui, seul le pape François l’a. Maintenant, si vous me dites que certains évêques ont un don spécial de l’Esprit Saint pour juger la doctrine du Saint-Père, nous entrerons dans un cercle vicieux (où n’importe qui peut prétendre détenir la vraie doctrine) et ce sera l’hérésie et le schisme. » Et si vous dites que ça ne correspond pas à l’explicitation qu’a faite Vatican I, du charisme pétrinien, c’est qu’on n’avait pas encore compris que le pape actuel peut changer la compréhension de la doctrine par rapport à la compréhension que l’église soit par le précédent en avait. Une préoccupation du Vatican est actuellement de faire taire Mgr Strickland, courageux évêque qui défend la véritable doctrine de l’Eglise, mais qui est accusé de s'en exclure parce qu'il ne reconnaît pas le charisme actif et vivant de François, mais le charisme du pape, au service du dépôt de la foi, selon la véritable doctrine de l'église.

Jusqu’à présent les préfets de la CDF gardaient un sens catholique de la doctrine. Ce rempart est à présent complètement détruit par cette nomination, accompagnée d’une lettre de mission où il était dit notamment qu’il fallait que le préfet abandonne toute volonté de veiller à l’orthodoxie doctrinale. En effet il n’y a d’orthodoxie absoluque pour la doctrine dans le ciel, mais l’orthodoxie de la compréhension que l’on a sur terre, est le privilège exclusif du pape.

Quel enfumage au sommet !

On trouvera aussi des remarques intéressantes sur cette interview ici (https://www.benoit-et-moi.fr/2020/2023/09/15/une-critique-raisonnee-et-erudite-des-dernieres-declarations-du-prefet-tucho/).
images/icones/fleche2.gif  ( 969940 )Posons aux enfumeurs une question extrêmement simple. par Scrutator Sapientiæ (2023-09-16 14:38:54) 
[en réponse à 969901]

Bonjour Johanis,

Posons aux enfumeurs immanentistes, inclusivistes, oecuménistes et synodalistes une question extrêmement simple : puisque leur "catéchisme" n'est manifestement pas le Catéchisme de l'Eglise catholique de 1992, quel est donc leur catéchisme, ou leur référentiel fondamental, et en quoi ce référentiel fondamental est-il encore, sur tel ou tel point, à caractère globalement catholique, face à l'esprit du moment et du monde présents ?

Encore une fois, depuis avant Francois, mais évidemment pas depuis avant Jean XXIII, ne sommes-nous pas en présence d'un courant de pensée et d'action, qui relève officiellement du christianisme catholique, mais qui relève aussi, d'une manière effective, de plus en plus affichée et assumée, de l'humanisme panchristique, ce qui pose la question de savoir pour quelles raisons il est aussi important, pour tout ces enfumeurs, de continuer à recourir à une appellation qui désigne une institution : l'Eglise catholique ?

Qui ne voit
- que, pour tous ces clercs, la conception dominante de l'évolution des mentalités fait au moins autant autorité que la conception catholique de l'Evangile du Ressuscité,
et
- que le moment est venu, au contact de ce pontificat, d'interroger le pourquoi de la poursuite du recours à une appellation qui désigne une institution, "l'Eglise catholique", alors que l'on pourrait aussi bien parler d'une "Eglise panchristique", encore plus depuis 2012-2013 que depuis 1962-1963 ?

Bon après-midi.

Scrutator.
images/icones/heho.gif  ( 969951 )Pourquoi vouloir prendre le contrôle de l'Eglise ? par Johanis (2023-09-16 20:29:03) 
[en réponse à 969940]

Le Cardinal Müller a parlé à propos du synode d'une tentative de prise de contrôle hostile de l'Eglise, faisant référence à ce qui se passe dans le monde économique.
Lorsqu'on veut prendre le contrôle d'une entreprise et non pas en créer une, c'est qu'on veut profiter de ses forces et richesses déjà constituées.
Que seraient aux yeux du monde ces personnages s'ils agissaient non plus dans l'Eglise mais au sein d'une religion qu'ils créeraient, où s'ils se ralliaient à une autre confession déjà existante ?

Ils veulent prendre le contrôle de l'Eglise catholique parce que c'est l'institution religieuse la plus prestigieuse, qui leur permet d'avoir une gloire, un pouvoir hérité, qu'ils n'auraient nulle part ailleurs.

Cordialement
images/icones/fleche2.gif  ( 969962 )Pour rendre irréversible la mutation de l'Eglise catholique par Scrutator Sapientiæ (2023-09-17 09:38:12) 
[en réponse à 969951]

Bonjour Johanis,

Les périphéristes synodalistes veulent acquérir le contrôle de l'Eglise, ou renforcer leur contrôle sur l'Eglise, pour pouvoir rendre complètement et définitivement irréversible la mutation de l'Eglise que nous connaissons encore plus depuis mars 2013 que depuis octobre 1962.

Il y a aussi chez eux la volonté de défaire ad intra, au préjudice de la conception catholique de la morale chrétienne et des sacrements de l'Eglise, ce qui a déjà été défait ad extra, au moment et au moyen du Concile, à savoir la conception catholique des confessions chrétiennes non catholiques et celle des religions non chrétiennes.

Enfin, on ne peut pas exclure,

- d'une part, la recherche d'une vengeance, dans la mesure où Jean-Paul II et Benoît XVI ont fait perdre un tiers de siècle aux prédécesseurs des périphéristes synodalistes, en résistant, ou en tenant bon, de fin 1978 à début 2013, sur la morale et sur les sacrements,

- d'autre part, la recherche d'une soumission délibérée et déterminée au relativisme et au subjectivisme, dans la mesure où il n'est pas impossible de considérer que, de leur point de vue, le subjectivisme constitue le stade suprême du personnalisme, et le relativisme constitue le stade ultime de l'inclusivisme, que celui-ci soit inter-convictionnel ou interreligieux.

Bon dimanche.

Scrutator.
images/icones/4a.gif  ( 969965 )Et le pire est à venir... par Pétrarque (2023-09-17 12:31:05) 
[en réponse à 969962]

Nous vivons un temps où l'Eglise tangue comme jamais elle n'a tangué auparavant.

L'apostasie est là, jusqu'au plus haut niveau de la hiérarchie. Cela correspond à ce qui a été annoncé à La Salette, à Fatima, à Akita...

Le pire n'est pas ce que nous avons déjà vécu depuis Vatican II. Le pire est devant nous, et l'apostasie de la hiérarchie comme des fidèles n'a pas encore déployé toute son étendue.

Nous allons vers des temps où la désorientation, déjà très avancée, va connaître des sommets.

Veillons, prions, sacrifions-nous.
images/icones/fleche2.gif  ( 970018 )Nul n'adhère impunément à un ensemble de chimères par Scrutator Sapientiæ (2023-09-18 21:38:05) 
[en réponse à 969965]

Bonsoir Pétrarque,

Ce qui suit est vrai dans tous les domaines, y compris en politique et en religion : nul n'adhère impunément à un ensemble de chimères, a fortiori quand cette adhésion se veut bien intentionnée, et quand elle s'inscrit dans la durée et en profondeur.

Or, nous avons vécu l'an dernier, le 11 octobre 2022, le soixantième anniversaire de l'ouverture du Concile Vatican II, c'est-à-dire le soixantième anniversaire du lancement de l'adhésion de la très grande majorité des évêques à un ensemble de chimères, ou à un ensemble d'illusions, les illusions du Concile, et non, bien sûr, les "intuitions prophétiques" du Concile.

En d'autres termes, aujourd'hui, non seulement nous sommes en présence d'évêques qui n'ont jamais connu autre chose que cet ensemble de chimères, mais en outre nous sommes en présence d'évêques qui savent pertinemment que cet ensemble de chimères n'est pas particulièrement propice à la fécondité spirituelle en Jésus-Christ et à la fidélité doctrinale à Jésus-Christ, alors qu'ils n'osent pas ou ne veulent pas commencer à se déprendre, d'une manière affichée et assumée, de cet ensemble de chimères.

C'est à cause de cette situation qu'il existe aujourd'hui aussi peu de "forces de rappel" au sein de l'épiscopat, et c'est probablement à cause de cette réalité que ce qu'il est convenu d'appeler "la crise de l'Eglise" risque fort de durer aussi longtemps, en aval de mars 2013, qu'entre octobre 1962 et février 2013.

Tout de même, à un moment donné, la question de la pérennisation du financement des structures diocésaines et nationales constitutives de l'Eglise du Concile, devenue l'Eglise de François ou du Synode, devrait se poser avec une certaine acuité, et l'on est en droit de se demander si ce n'est pas la contrainte financière qui va permettre de siffler "la fin de la récré", la fin d'une récré qui n'a que trop duré, à tout le moins en Amérique et en Europe.

Bonne soirée.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 970068 )le facteur financier ou les deniers de Judas par Luc Perrin (2023-09-20 11:49:18) 
[en réponse à 970018]

En pleine crise McCarrick en 2018-2019, Church Militant avait publié une analyse des finances de l'USCCB, la Conférence épiscopale américaine.

Près de 40% des ressources provenaient - cela a dû fortement augmenter depuis janvier 2021 avec la connivence envers l'administration Biden et les budgets à déficit pharaonique adoptés depuis - de subventions publiques tant fédérales, des états, des villes/comtés.

40% d'argent ... public dans l'Église la plus riche du monde avec l'Église synodaliste allemande qui bénéficie aussi d'un impôt d'Église depuis la République de Weimar en 1919 donc d'argent public.

Les bonnes relations entre la présidence Biden, les "démocrates" (Nancy Pelosi etc.) et le Saint-Siège comme pour une majorité d'évêques américains s'expliquent aussi, de façon plus prosaïque, par l'argent public déversé.
Or cet argent public a connu une augmentation énorme pour les politiques de soutien/accompagnement de l'immigration massive que la présidence Biden a inauguré, éliminant toutes les barrières légales et pratiques mises sous la présidence Trump.
Les organismes catholiques (et autres chrétiens ou laïques) reçoivent une manne de l'État fédéral considérable. On estime à une fourchette de 7-8 à 15 millions d'immigrants illégaux qui sont entrés aux USA depuis 2021. Lampedusa puissance xxxxx.

Il n'y a pas donc pas que les Cartels et leurs passeurs, les employeurs américains qui soutiennent cette politique et leurs agents au Congrès mais aussi les "Charities" (ONG, associations à but charitable donc beaucoup sont chrétiennes/catholiques) qui bénéficient et vivent de ce flux qui augmente sans cesse.

En d'autres termes, les ressources perdues par les Églises qui n'ont plus de fidèles et dont les donateurs aisés se détournent sont largement compensées par l'argent public.
Si on compare avec les Évangiles, les deniers de Judas ne viennent plus de Caïphe mais d'Hérode et de Pilate.