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images/icones/carnet.gif  ( 969848 )Comment le synode de François exploite les erreurs de Lumen Gentium pour redéfinir l'Église par vistemboir2 (2023-09-14 10:54:55) 

Article de Robert Morrison paru le 11 septembre 2023 sur The Remnant sous le titre : How Francis’s Synod Exploits the Errors of Vatican II’s Lumen Gentium to Redefine the Church
(Traduit à l’aide de deepl.com exceptées les citations de textes reprises du site vatican.va )


L'Instrumentum Laboris du Synode sur la synodalité comprend une liste d'abréviations pour les seize documents cités dans son texte : deux de Jean-Paul II, deux du Secrétariat général du Synode, cinq de François et sept de Vatican II. Comme nous nous y attendons, cette liste n'inclut aucun document promulgué avant Vatican II.

La plupart des références de l’Instrumentum Laboris à Vatican II proviennent de la Constitution dogmatique sur l'Église, Lumen Gentium. L'un des documents du site web du Synode sur la synodalité - l'étude de 2018 de la Commission théologique internationale, La synodalité dans la vie et dans la mission de l'Église - nous explique pourquoi la "synodalité" dépend tant de Lumen Gentium :

"La Constitution dogmatique Lumen Gentium expose une vision de la nature et de la mission de l'Église en tant que communion, avec les présupposés théologiques d'une relance appropriée de la synodalité : la conception mystique et sacramentelle de l'Église ; sa nature de Peuple de Dieu en pèlerinage à travers l'histoire vers la patrie céleste, dans laquelle tous ses membres sont, en vertu du baptême, honorés de la même dignité d'enfants de Dieu et désignés pour la même mission ; la doctrine de la sacramentalité de l'épiscopat et de la collégialité en communion hiérarchique avec l'évêque de Rome." (Étude réalisée en 2017 et publiée le 2 mars 2018).


Bien que la Commission théologique internationale ait publié son étude deux ans avant que François n'annonce le Synode sur la synodalité, ce court passage sur l'importance de Lumen Gentium inclut certains des éléments les plus vitaux du Synode en cours, y compris la "conception sacramentelle de l'Église" et la nature de l'Église en tant que "Peuple de Dieu en pèlerinage". Pour évaluer comment le Synode sur la synodalité utilise ces concepts de Lumen Gentium, nous pouvons examiner trois éléments pour chacun d'eux : le langage actuel de Lumen Gentium, les objections des catholiques traditionnels à ce langage et la façon dont le Synode a utilisé ce langage dans ses documents officiels.

L'Église comme sacrement de l'union avec Dieu et de l'unité de toute l'humanité. Dans son premier paragraphe, Lumen Gentium fournit la description suivante de l'Église :

"L’Église étant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain, elle se propose de mettre dans une plus vive lumière, pour ses fidèles et pour le monde entier, en se rattachant à l’enseignement des précédents Conciles, sa propre nature et sa mission universelle" (Lumen Gentium, 1)


En outre, la Constitution pastorale du Concile sur l'Église dans le monde de ce temps, Gaudium et Spes, cite la déclaration ci-dessus de Lumen Gentium :

"L’Église reconnaît aussi tout ce qui est bon dans le dynamisme social d’aujourd’hui, en particulier le mouvement vers l’unité, les progrès d’une saine socialisation et de la solidarité au plan civique et économique. En effet, promouvoir l’unité s’harmonise avec la mission profonde de l’Église, puisqu’elle est « dans le Christ, comme le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu, et de l’unité de tout le genre humain" [Constitution dogmatique sur l'Église, chapitre I, n. 1]".


Dans son intervention du 9 septembre 1965 à Vatican II, Mgr Marcel Lefebvre a identifié le problème de cette déclaration contenue à la fois dans Lumen Gentium et dans Gaudium et Spes :

"Cette conception demande des explications : l'unité de l'Église n'est pas l'unité du genre humain". (Mgr Marcel Lefebvre, J'accuse le Concile, p. 60).


Mgr Lefebvre n'a peut-être pas prévu comment les novateurs allaient utiliser cette déclaration, mais il a reconnu qu'elle s'écartait de ce que l'Église avait toujours enseigné. L'édition de mars 2003 de Si Si No No (de la Fraternité Saint-Pie X) développe le problème :

"On attribue au Saint-Siège une nouvelle mission - réaliser l'unité du genre humain - qui ne correspond à rien de ce qui a été enseigné jusqu'à présent dans l'Église catholique (...). Mais il ne s'agit pas d'une unité au service du salut des âmes, unité qui est donc atteinte par la conversion au catholicisme. Cette unité semble plutôt résulter simplement de "l'union intime avec Dieu" de toute la race humaine en tant que telle. . . Mais la mission de l'Église est celle que lui a donnée Notre-Seigneur : "Allez donc, enseignez toutes les nations, baptisez-les..." (Mt. 28,19). Ainsi, la "mission intime" de l'Église est de convertir au Christ le plus grand nombre possible d'âmes avant la Parousie, sans se soucier de réaliser l'unité du genre humain, idéal chimérique et intrinsèquement antichrétien car il s'agit d'une forme de divinisation de l'homme, de son exaltation et de sa contemplation, idéal importé de la philosophie illuministe et pieusement professé par la franc-maçonnerie".


Si Mgr Lefebvre et la FSSPX avaient raison dans leur évaluation de la déclaration en question, nous nous attendrions à ce que les innovateurs d'aujourd'hui utilisent Lumen Gentium pour suggérer que la mission de l'Église n'est pas de convertir les âmes au catholicisme, mais plutôt de réaliser l'unité du genre humain. Et, en effet, c'est ce que nous lisons dans l'Instrumentum Laboris :

"Dans une Église qui se définit comme signe et instrument de l'union avec Dieu et de l'unité du genre humain (cf. LG 1), le discours sur la mission se concentre sur la lisibilité du signe et l'efficacité de l'instrument, sans lesquels toute proclamation se heurte à des problèmes de crédibilité. La mission n'est pas la promotion d'un produit religieux, mais la construction d'une communauté dans laquelle les relations témoignent de l'amour de Dieu et où la vie elle-même devient une proclamation". (Instrumentum Laboris, 52)


Cette caractérisation condescendante de la mission réelle que Notre Seigneur a donnée à l'Église - comme "la commercialisation d'un produit religieux" - correspond au point de vue de François sur le prosélytisme. Le Synode nous dit que la mission de l'Église n'est pas de convertir des âmes au catholicisme mais de construire une "communauté dans laquelle les relations sont une manifestation de l'amour de Dieu".

Il est évident que l'Église ne peut espérer unir toute l'humanité avec les enseignements difficiles de Notre Seigneur, c'est pourquoi l'Instrumentum Laboris assigne à "l'Esprit" la tâche de guider l'Église pour "trouver un consensus sur la façon de marcher ensemble ... et d'aider toute l'humanité à progresser vers une plus grande unité" :

"Dans une assemblée synodale, le Christ se rend présent et agit. Il transforme l’histoire et la vie quotidienne, envoie l’Esprit pour conduire l’Église à trouver un consensus sur la manière de marcher ensemble vers le Royaume et d’aider l’humanité à avancer vers l’unité. " (Instrumentum Laboris, 48).


Il est blasphématoire de suggérer que Notre Seigneur nous offre un chemin de "consensus" pour avancer vers l'unité. Après tout, il a clairement indiqué que la plupart des âmes rejetteraient ses durs enseignements et iraient en enfer :

"Entrez par la porte étroite ; car la porte large et la voie spacieuse conduisent à la perdition, et nombreux sont ceux qui y passent ; car elle est étroite la porte et resserrée la voie qui conduit à la vie, et il en est peu qui la trouvent ! (Mt 7,13-14).


Notre Seigneur le savait et pourtant il n'a pas modifié son enseignement pour aider plus d'âmes à l'accepter. Par conséquent, un "consensus" ne peut être atteint que par un processus de rejet de ce que Notre Seigneur a enseigné, ce qui est exactement ce que nous voyons dans le Synode.

Le Synode reconnaît que cette nouvelle voie s'écarte de ce que l'Église a toujours enseigné, c'est pourquoi il décrit la "synodalité" comme un "chemin privilégié de conversion" - peut-être comme Satan décrirait la voie large comme un "chemin privilégié" vers l'enfer :

"La synodalité est un chemin privilégié de conversion, en ce qu’elle reconstitue l’Église dans une dynamique d’unité qui guérit les blessures et réconcilie sa mémoire. En accueillant les différences en son sein, les divisions qui s’enveniment sont surmontées, ce qui lui permet ainsi d’incarner plus pleinement sa vocation d’être « dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (LG 1)". (Instrumentum Laboris, 28)


Ainsi, la synodalité opère comme un chemin de conversion qui "reconstitue l'Église" et "réconcilie sa mémoire". Tout ceci est une parodie du catholicisme absolument écoeurante, rendue possible par un passage de Lumen Gentium (cité dans Gaudium et Spes) contre lequel Mgr Lefebvre avait mis en garde dans l'une de ses interventions au Concile. Si seulement ils l'avaient écouté !

L'Église, Peuple de Dieu en pèlerinage. Le chapitre 2 de Lumen Gentium porte sur le "Peuple de Dieu", un concept insaisissable destiné à remplacer l'idée du Corps mystique du Christ, comme l'a déclaré Benoît XVI dans son dernier discours au clergé de Rome :

"[E]t dans la recherche d’une vision théologique complète de l’ecclésiologie, entre-temps, après les années 40, dans les années 50, quelques critiques du concept de Corps du Christ avaient déjà surgi : ‘mystique’ serait trop spirituel, trop exclusif ; on avait alors mis en jeu le concept de ‘Peuple de Dieu’. Et, justement, le Concile a accepté cet élément, qui est considéré chez les Pères comme l’expression de la continuité entre l’Ancien et le Nouveau Testament. " (NdT : Discours du 14 février 2014)


Comme nous le verrons, l'Instrumentum Laboris exploite le concept de Peuple de Dieu de deux manières : en insistant sur le fait qu'il inclut tous les baptisés et en se concentrant sur le passage suivant de Lumen Gentium, qui décrit la manière dont ce groupe peut discerner la volonté de Dieu :

"Le Peuple saint de Dieu participe aussi à la fonction prophétique du Christ ; il répand son vivant témoignage avant tout par une vie de foi et de charité, il offre à Dieu un sacrifice de louange, le fruit de lèvres qui célèbrent son Nom. La collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient du Saint, ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste moyennant le sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, « des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs », elle apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel. [C]e sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l’Esprit de vérité (…) . [Par lui], le Peuple de Dieu (…) s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes, il y pénètre plus profondément par un jugement droit et la met plus parfaitement en œuvre dans sa vie." (Lumen Gentium, 12)


Si l'on fait abstraction de la référence au "Peuple de Dieu", ce passage semble bien plus orthodoxe que beaucoup d'autres dans Lumen Gentium. Cependant, comme l'a soutenu le padre Alvaro Calderón dans Prometheus : The Religion of Man (Prométhée : la religion de l’homme), cet écart apparemment mineur par rapport à la tradition a des implications considérables :

"Et c'est là que la magie conciliaire a également joué son rôle, en exploitant la doctrine peu définie de l'infaillibilité du sensus fidei du peuple chrétien. C'est une vérité traditionnelle que 'le corps entier des fidèles... ne peut pas se tromper en matière de croyance' (Lumen Gentium, no. 12). Pour la théologie catholique, cette propriété est une conséquence de l'infaillibilité de la hiérarchie ; mais l'astuce de la nouvelle théologie a consisté à l'attribuer à l'inspiration directe du Saint-Esprit : "[L]e discernement en matière de foi est suscité et soutenu par l'Esprit de vérité [...]. Par lui, le peuple de Dieu s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes". (p. 194)


Cette question est si subtile que beaucoup des critiques les plus fervents et les plus studieux du Concile pourraient la négliger ; et pourtant nous pouvons voir toutes ses implications désastreuses dans le manuel du Synode sur la synodalité de septembre 2021, le Vademecum :

"Le Concile Vatican II souligne que « tous les êtres humains sont appelés au nouveau Peuple de Dieu » (LG, 13). Dieu est vraiment à l'œuvre dans tout le peuple qu'il a rassemblé. C'est pourquoi « le corps entier des fidèles, oint par le Saint, ne peut pas se tromper en matière de croyance. Ils manifestent cette propriété particulière par le discernement surnaturel de tout le peuple en matière de foi, lorsque, depuis les évêques jusqu'au dernier des fidèles laïcs, ils manifestent un accord universel en matière de foi et de morale » (LG, 12). Le Concile souligne en outre qu'un tel discernement est animé par l'Esprit Saint et procède par le dialogue entre tous les peuples, en lisant les signes des temps dans la fidélité aux enseignements de l'Église".(Vademecum, 2.1)



Ainsi, l'exploitation par le Synode de l'affirmation erronée de Lumen Gentium concernant l'inspiration directe du Saint-Esprit dans la formation du sensus fidei a conduit à l'affirmation que le Saint-Esprit guidera le "dialogue entre tous les peuples", de telle sorte que leurs opinions sur la foi seront infaillibles.

En outre, l'Instrumentum Laboris affirme que "tous les chrétiens" - et non pas seulement les catholiques - participent au "sensus fidei" :

"[D]ans l’unique baptême, tous les chrétiens participent au sensus fidei (sens surnaturel de la foi ; cf. LG 12), c'est pourquoi, dans une Église synodale, tous doivent être écoutés attentivement" (Instrumentum Laboris, B 1.4 a).


Comme nous le savons, la plupart des chrétiens rejettent au moins certaines vérités fondamentales de la foi catholique. Que croient "tous les chrétiens" au sujet du divorce ? Des questions LGBTQ ? De l'ordination des femmes ? Selon le Synode, quel que soit le consensus auquel ils parviendront, il sera guidé par le Saint-Esprit, comme nous pouvons le voir dans l'étude de 2018 de la Commission théologique internationale sur la synodalité citée plus haut :

"L'ensemble du peuple de Dieu est interpellé par sa vocation fondamentalement synodale. La circularité du sensus fidei dont sont dotés tous les fidèles, le discernement effectué aux différents niveaux sur lesquels fonctionne la synodalité et l'autorité de ceux qui exercent le ministère pastoral de l'unité et du gouvernement montrent la dynamique de la synodalité. Cette circularité promeut la dignité baptismale et la coresponsabilité de tous, valorise la présence dans le Peuple de Dieu des charismes dispensés par l'Esprit Saint, reconnaît le ministère spécifique des Pasteurs en communion collégiale et hiérarchique avec l'Évêque de Rome, et garantit que les processus et les événements synodaux se déroulent en conformité avec le depositum fidei et impliquent l'écoute de l'Esprit Saint, pour le renouvellement de la mission de l'Église".


Finalement, le Synode exploite les mêmes défauts qu’ont vus Mgr Lefebvre et d'autres dans Lumen Gentium pour créer une compréhension entièrement nouvelle de l'Église. En mettant tout cela ensemble, nous voyons que l'Église synodale a pour mission d'unir l'humanité par un processus d'écoute de tous les chrétiens - et peut-être de tous les peuples - et de déclarer que leurs croyances communes constituent le "sensus fidei" infaillible. De manière blasphématoire, le Synode affirmera ensuite que l'Esprit Saint a guidé et protégé le processus. Tout cela a été rendu possible par Lumen Gentium, quelle que soit la véhémence avec laquelle les défenseurs du Concile soutiennent le contraire.

À ce stade avancé, il semble que les catholiques fidèles (en particulier le clergé) doivent défendre la foi catholique pure que Dieu a confiée à son Église. L'approche "attentiste" qui consiste à se taire pour rester sous le radar est une offense à Dieu, conduit les âmes en enfer et envoie au monde le message que l'Église a fait défection. Que Dieu accorde aux bergers fidèles restants la grâce de lutter pour la foi catholique avec le courage viril des saints. Cœur Immaculé de Marie, priez pour nous !
images/icones/2a.gif  ( 969849 )Les erreurs de Lumen Gentium ??? par Meneau (2023-09-14 11:05:48) 
[en réponse à 969848]

C'est possible qu'un concile oecuménique légitime promulgue des erreurs dans une constitution dogmatique ?

Cordialement
Meneau
images/icones/fsspx.gif  ( 969853 )Une petite analyse par Jean-Paul PARFU (2023-09-14 13:23:01) 
[en réponse à 969849]

de "Lumen Gentium" ici
images/icones/fleche2.gif  ( 969860 )Les Mémoires du cardinal Suenens par AVV-VVK (2023-09-14 16:23:47) 
[en réponse à 969853]

Ce lien: ici
images/icones/carnet.gif  ( 969872 )Réfutation point par point de la critique de l'abbé Billecocq par Signo (2023-09-14 21:29:39) 
[en réponse à 969853]

La critique de l'abbé Billecocq de Lumen Gentium repose sur une lecture fallacieuse et déformante de la constitution conciliaire. C'est assez facile à démontrer.

Il est significatif que le peuple de Dieu (chapitre 2) soit traité avant la hiérarchie. C’est précisément dans le chapitre 2 qu’est abordée la question d’un sacerdoce commun aux fidèles et aux prêtres, avant de parler du sacerdoce ministériel propre aux prêtres. La maladresse de ce plan apporte une équivoque théologique : quelle est la relation entre ces « deux » sacerdoces ? Lequel est premier ? Pour certains Pères conciliaires, c’est le sacerdoce commun des fidèles, de sorte que l’Église n’est plus d’abord une hiérarchie, mais devient l’unité d’un peuple (orientée d’ailleurs vers l’unité du genre humain) : les laïcs consacrent le monde à Dieu est-il dit au numéro 34. Ce n’est pas en vain que les évêques ont même demandé la participation des laïcs jusqu’au sein même de la curie romaine.

Propos qui révèle l’ecclésiologie boiteuse de la FSSPX. Ainsi, pour l'abbé B., le Christ serait venu instaurer d'abord une «hiérarchie». Que tous les hommes soient sauvés est visiblement secondaire pour lui. Ce qui compte, c'est d'abord le pape, les cardinaux, les évêques, les prêtres et diacres. Bref, les clercs. Dans cette vision ultracléricale de l'Eglise, les fidèles sont à peine tolérés, ils constituent en quelque sorte un appendice très secondaire et accessoire de l'Eglise. Pour lui, le Christ est d'abord venu instaurer un clergé. Les "laics" ne comptent pas vraiment; au fond, on pourrait s'en passer. Pas besoin d'être sorti de Saint-Cyr pour s'apercevoir que cette ecclésiologie fausse est précisément ce à quoi réagit le progressisme synodal actuel. C'est ainsi que l'intégrisme engendre par réaction le progressisme, selon un mécanisme que L. Bouyer avait bien analysé dès 1968.

Dire que l'un des deux sacerdoces serait "premier" n'a évidemment strictement aucun sens. Que veut dire "premier"? Est-ce une évaluation chronologique? Ou bien une appréciation de valeur? Dans le premier cas, il est certain que le ministère apostolique apparaît en premier. Mais ce qui compte aux yeux de Dieu, la réalité la plus importante, c'est bien le sacerdoce baptismal, c'est à dire que les fidèles baptisés s'offrent au Père par le Fils dans l'Esprit, par le témoignage d'une vie sainte. Le sacerdoce ministériel n'existe que par rapport au sacerdoce baptismal dont il est le serviteur. D'ailleurs, rappelons nous que le sacerdoce baptismal est mentionné explicitement dans l'Ecriture (1 Pierre 2, 5-10) alors que le sacerdoce ministériel n'est mentionné qu'implicitement. Il est littéralement hallucinant que la FSSPX perde le sens de cette réalité théologique fondamentale.

Et oui, le Christ réalise bien, en son Corps mystique, l'unité du genre humain, puisqu'incorporés à Lui par le baptême nous sommes un, en communion les uns avec les autres et avec le Père (Jean 17, 22-23). Il n'est pas question ici de "Fratelli Tutti" et de son délire fraterno-universaliste, mais de réalités théologiques que personne ne saurait nier sans remettre en cause la foi catholique elle-même.

D’autre part, la vocation universelle à la sainteté est une réalité : le Bon Dieu appelle tous les hommes à la sainteté. Mais celle-ci n’est pas une affaire banale ou ordinaire. Elle nécessite l’héroïcité des vertus et particulièrement des vertus théologales. Or le texte gomme cette héroïcité. C’est tout l’aspect de sacrifice, de mortification et de vie intérieure qui s’effondre par là même. La sainteté devient quelque chose de commun. Conséquence : les canonisations seront de plus en plus nombreuses, sans pour autant proposer de véritables modèles…

Non seulement l'abbé B. fait dire au texte des choses qu'il ne dit pas, mais en plus il le falsifie sciemment en lui faisant dire l'inverse de ce qu'il dit. Voici par exemple un extrait de LG 14:


Tous les fils de l'Eglise doivent d'ailleurs se souvenir que la grandeur de leur condition doit être rapportée non à leurs mérites, mais à une grâce particulière du Christ; s'ils n'y correspondent pas par la pensée, la parole et l'action, ce n'est pas le salut qu'elle leur vaudra, mais un plus sévère jugement.



Par ailleurs je suis moi le premier à être assez critique sur certaines canonisations récentes, mais c'est tout de même aller un peu vite en besogne que de considérer que Mère Teresa, Maximilien Kolbe, ou les martyrs de la guerre d'Espagne «ne constituent pas de véritables modèles»...

Avec une constitution dite dogmatique, on est en droit d’attendre un vrai traité sur l’Église, à commencer par une définition claire et explicite, avec explication. Le chrétien qui connaît son catéchisme a alors la certitude qu’il retrouvera les termes familiers qu’il a appris : société de baptisés, hiérarchie, unité dans la foi…
La déception est bien cruelle lorsque la lecture du premier chapitre est achevée. C’est sur une note de flou, de vague que l’on reste. Dès le début, l’Église est définie comme sacrement [2]. Cette définition est toute nouvelle. Alors que le terme de sacrement est réservé aux réalités sensibles qui causent et produisent la grâce, avec ce texte, la terminologie change et crée la confusion.
Cette définition est reprise un peu plus loin et apporte une explicitation [3]. Pour faire simple, l’Église devient le signe (et la cause) de l’union à Dieu. Elle doit donc réaliser ici-bas comme signe, ce qu’elle veut produire comme cause. L’Église est donc essentiellement une union, un peuple, une assemblée qui vit en communion et se sauve dans la mesure où est réalisée sur terre cette communion ou unité [4].
L’Église est un royaume. Elle est un peuple messianique et rédempteur…


Curieux passage, dans lequel l'abbé B. reproche, finalement, au concile de ne pas répéter servilement la théologie telle qu'elle était formulée au XIXe siècle. Il oublie un peu vite que l'Eglise n'a cessé d'apporter des définitions et un vocabulaire théologique nouveaux pour exprimer toujours la même réalité. La Trinité, la transsubstantiation, le titre de Mère de Dieu, tous ces termes étaient des «nouveautés» au moment où ils ont été formulés pour la première fois. Et on me pardonnera de préférer, pour définir le mystère de l'Eglise, le terme de Peuple de Dieu, qui a au moins l'avantage d'être biblique (il apparaît de nombreuses fois dans le NT comme en 1 Pierre 2, 10), plutôt que celui, très typé XIXe, de «société» (que reprend d'ailleurs LG), ou encore pire, de «société parfaite», terme ambigu s'il en est, qui semble donner de l'Eglise une vision purement humaine et sociologique, qui plus est qui pourrait se passer de l'Etat, de l'armée, etc (ben oui, puisqu'elle est "parfaite"!). On retrouve, dans ces propos, toujours cette indéfendable méfiance pour le vocabulaire biblique, soupçonné de protestantisme, méfiance si typique du "catholicisme" post-tridentin... oubliant un peu vite le rôle central et fondamental que l'Eglise de l'époque patristique et médiévale avait toujours reconnu à l'Ecriture sainte. Oubliant aussi qu'être catholique signifie adhérer à la vérité dans sa plénitude révélée par le Christ, et non pas à vouloir se distinguer à tout prix du protestantisme!

Dans la cadre de cette définition, il est une autre expression qui mérite d’être mentionnée tant elle est ambiguë. Il est écrit : « … C’est là l’unique Église du Christ, une, sainte, catholique, apostolique… Cette Église, constituée et organisée en ce monde comme une société, existe dans l’Église du Christ… » [5]
Nul besoin d’être qualifié pour comprendre que « subsister dans » ne signifie pas la même chose qu’ « être » l’Église catholique. Si le concile avait dit que l’Église du Christ est l’Église catholique, nous n’aurions rien à dire : c’est vrai. Mais dire que l’Église du Christ subsiste dans l’Église catholique laisse entendre que l’Église catholique est plus large que l’Église du Christ. Cela laisse la place à d’autres entités au sein de l’Église catholique ; la porte est donc ouverte à l’œcuménisme… D’ailleurs, cette conclusion est vérifiée au n° 15 de cette constitution
[6].


Bien sûr que l'Eglise du Christ est plus large que les limites visibles de l'Eglise catholique. Et encore heureux. Les Eglises orthodoxes, malgré les quelques erreurs ecclésiologiques et les limitations théologiques qui sont les leurs, sont pleinement des Eglises, avec la succession apostolique et les sacrements valides. Dire que les fidèles de ces Eglises (dont l'écrasante majorité ne portent aucune responsabilité dans leur situation schismatique) sont exclus de l'Eglise catholique invisible, donc du salut (puisque extra Ecclesia nulla salus) relève d'une position à la fois intenable sur le plan du bon sens et contraire à ce que l'Eglise a toujours enseigné. Soit les sacrements des schismatiques et hérétiques sont valides, et donc ils sont, dans une certaine mesure (on parle de communion imparfaite), intégrés à l'Eglise catholique, soit ils ne le sont pas. Or l'Eglise a toujours reconnu la validité du baptême des hérétiques (même chez les protestants donc) et de tous les autres sacrements dans les Eglises schismatiques. Or le baptême validement conféré remet les péchés et incorpore celui qui le reçoit dans le Corps mystique. Les effets de cette incorporation peuvent être dégradés par l'hérésie, mais pas totalement. C'est là une vérité de foi que personne ne saurait nier.

Citant saint Pierre au numéro 9 (« vous êtes une race choisi, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis… » [7] ) le texte développe la définition de l’Église comme peuple pour attribuer aux fidèles un certain sacerdoce [8].
C’est une expression nouvelle, certes déjà amorcée par le pape Pie XII dans Mediator Dei. Mais là où le pape expliquait très clairement qu’il s’agit pour les fidèles d’un sens métaphorique et impropre, d’un titre purement honorifique, le texte du concile sème l’ambiguïté et la confusion en n’apportant plus ces distinctions claires. C’est une ouverture à la participation active des laïcs dans la liturgie, et à leur importance au sein de l’Église (cf. ensuite le chapitre 4 de cette constitution).


Là, je pense que la FSSPX est à la limite de l'hérésie. Je passe sur la contradiction qu'il y a d'un côté à dire qu'une expression qui se trouve à la fois dans l'Ecriture et chez Pie XII (probablement chez de nombreux Pères de l'Eglise aussi) est "nouvelle". Mais le pire n'est pas là. Non, en aucun cas, on ne peut réduire le sacerdoce baptismal à n'être qu'une «métaphore». Non, le sacrement du baptême n'est pas une métaphore. Non seulement le sacerdoce baptismal est un vrai sacerdoce, mais il est même LE sacerdoce par excellence de la nouvelle Alliance. Le sacrifice qu'accomplit le baptisé est un sacrifice réel (l'offrande de la totalité de son existence dans l'amour = sainteté, déification, theosis) et certainement pas métaphorique. Les baptisés sont de vrais prêtres, mais d'un sacerdoce distinct de celui de l'Ancienne alliance et différent par nature du sacerdoce ministériel. Mais ce n'est pas parce qu'il s'agit d'un autre type de sacerdoce que ce n'est qu'une «métaphore». Ce point est capital et est incompris à la fois par les progressistes et les intégristes.

L’erreur la plus dangereuse parce qu’elle touche à la constitution de l’Église mais aussi la plus difficile se trouve dans le troisième chapitre. On la nomme collégialité. Face à deux positions opposées (l’affirmation catholique d’une part de l’unicité du pouvoir suprême dans la personne du pape et l’affirmation hérétique d’autre part d’un pouvoir suprême qui appartient à l’assemblée des évêques dont le pape est le président) le concile apporte une nouvelle équivoque. Il affirme en effet que « l’ordre des évêques… est aussi, avec sa tête le Pontife Romain et jamais sans cette tête, le sujet du suprême et plein pouvoir dans l’Église » [10].
On se trouve ainsi avec une Église bicéphale : le pape d’un côté, le pape et les évêques de l’autre. De quoi paralyser l’autorité et introduire une forme de démocratie au sein de l’Église. Cette ambiguïté n’est hélas pas levée par la Nota explicativa prævia ajoutée par la suite. En effet, cette incise insérée par le pape empêche simplement d’introduire la collégialité comme seule détentrice du pouvoir, ce qui serait retomber dans l’hérésie de l’épiscopalisme. Mais elle n’affirme que le pape est l’unique détenteur du pouvoir suprême sur toute l’Église.


On peine à croire qu'un prêtre catholique ait pu écrire des énormités pareilles. L'ecclésiologie de l'abbé B. est à la limite de l'hérésie. Elle est purement et simplement la version retournée de l'hérésie épiscopaliste. L'épiscopalisme affirmait que toute l'autorité est dans les conciles. L'abbé B. lui affirme que toute l'autorité réside dans le pape seul. Il ne semble visiblement pas comprendre que la vérité n'est pas le contraire de l'erreur (le contraire de l'erreur... est juste une erreur contraire), mais tout autre chose. Si l'on mène son ecclésiologie gravement déséquilibrée au bout de sa logique, le Credo que nous chantons tous les dimanches n'a aucune valeur doctrinale, puisque Nicée n'était qu'un concile (qui plus est réuni en l'absence du pape) et que les conciles n'ont en eux-mêmes aucune autorité dans l'Eglise (ce qui est une affirmation tout simplement délirante et contraire à toute la Tradition ). Marie n'est pas «Mère de Dieu», puisque c'est un concile qui lui a attribué ce titre. Il oublie que le pouvoir de lier et de délier que le Christ a donné à Pierre individuellement (Matthieu 16, 19), il l'a aussi donné à l'ensemble des apôtres (Matthieu 18, 18). Il oublie que l'Eglise a toujours reconnu au collège épiscopal en général, et en particulier lorsqu'ils sont réunis en concile œcuménique, une autorité doctrinale et même dogmatique indéniable. Il oublie que c'est le concile Vatican I qui a proclamé le dogme de l'infaillibilité pontificale. Il oublie que Pie IX et Pie XII ont chacun pris soin, avant de proclamer les dogmes de l'Immaculée Conception et de l'Assomption, de consulter l'ensemble des évêques de l'Eglise universelle. Qu'on le veuille ou non, la collégialité telle que rappelée par Vatican II (qu'il ne faut pas confondre avec la dérive épiscopalo-bureaucratique qu'est le fonctionnement actuel des conférences épiscopales, qui n'en est que la caricature) est un des fondements constants de l’ecclésiologie catholique la plus stricte et la plus traditionnelle. La remettre en cause, c'est purement et simplement remettre en cause 20 siècles de Tradition unanime.

En synthèse, il apparaît évident que l'abbé B. est aveuglé par sa haine du Concile, et que cette attitude irrationnelle le pousse à donner une interprétation déformante de LG, à lui faire dire ce qu'il ne dit pas, et révèle par sa critique -et c'est sans doute là le plus inquiétant- des lacunes théologiques majeures et une ecclésiologie gravement déséquilibrée, qui n'est, en définitive, qu'une version durcie et raidie de ce qu'était devenue la théologie et l'ecclésiologie du XIXe siècle.
images/icones/carnet.gif  ( 969855 )Si ce concile exclut explicitement l'infaillibilité, oui par Candidus (2023-09-14 15:30:43) 
[en réponse à 969849]

Et c'est ce que Vatican II a fait :

“Certains se demandent quelle est l’autorité, la qualification théologique qu’a voulu donner à son enseignement un Concile qui a évité de promulguer des définitions dogmatiques solennelles engageant l’infaillibilité du magistère ecclésiastique. La réponse, nous la connaissons. Rappelons-nous la déclaration conciliaire du 6 mars 1964, répétée le 16 novembre 1964 : étant donné le caractère pastoral du Concile, il a évité de prononcer d’une manière extraordinaire des dogmes comportant la note d’infaillibilité, mais il a muni ses enseignements de l’autorité du Magistère ordinaire suprême”. Paul VI, audience du 12 janvier 1966.
images/icones/1n.gif  ( 969875 )Ce n'est pas parce que... par Signo (2023-09-14 21:57:52) 
[en réponse à 969855]

... le concile n'a pas voulu édicter de définition dogmatique, qu'il n'a aucune valeur doctrinale. Un concile peut très bien avoir une autorité doctrinale sans forcément proposer des dogmes nouveaux. D'ailleurs Dei Verbum et Lumen Gentium par exemple sont des textes exclusivement doctrinaux.

De fait, sur bien des points, Vatican II apporte des éclaircissements théologiques bienvenus par rapport aux formulations précédentes (notamment sur la Révélation, sur la nature de l'Eglise...).

En tout cas l'idée d'un concile exclusivement pastoral n'est qu'un mythe propagé dans les milieux tradis mais qu'une lecture des textes conciliaires les plus importantes (les fameuses constitutions dogmatiques) suffit à dissiper. D'ailleurs la plupart des conciles de l'histoire de l'Eglise ont été à la fois doctrinaux et pastoraux et Vatican II n'échappe pas à la règle.
images/icones/fleche2.gif  ( 969876 )Bien dit par AVV-VVK (2023-09-14 22:21:35) 
[en réponse à 969875]

Tout est dans le titre.
Re-bienvenu

images/icones/find.gif  ( 969879 )Oui concile pastoral ! par Jean-Paul PARFU (2023-09-14 22:45:00) 
[en réponse à 969875]

On accuse aujourd'hui les Traditionalistes de prétendre qu'il ne s'agit avec Vatican II que d'un concile pastoral pour pouvoir ne pas y obéir, mais à l'époque, ce sont les initiateurs de ce Concile qui insistaient sur son caractère purement pastoral.

Mais cette qualification résulte de discours de Jean XXIII et de Paul VI qui prévenaient l'opinion ou répondaient à des critiques selon lesquelles habituellement un Concile ne pouvait se réunir sans rappeler la doctrine ou définir des vérités.

1) Discours de Paul VI d'ouverture de la 2ème session du Concile :

Marchant sur la voie tracée par Jean XXIII, qui a appelé ses frères « à poursuivre l’étude doctrinale interrompue (depuis Vatican I) et le travail législatif suspendu », Paul VI rappelle, le 29 septembre 1963, l’autre objectif voulu par son prédécesseur :

« Tout en marquant de la sorte l’objectif le plus élevé du Concile, vous lui avez joint un autre but plus urgent et de nature actuellement plus bienfaisante, le but pastoral », avec la conviction que la doctrine catholique « ne doit pas être seulement vérité à explorer par la raison sous la lumière de la foi, mais parole génératrice de vie et d’action ».


2) Annexe à "Lumen Gentium", qualifiée avec "Dei Verbum" de constitution dogmatique. Paul VI a fait dire à Mgr Felici, secrétaire général du Concile, au cours de la 123e congrégation générale, le 16 novembre 1964, la déclaration suivante :

"On a demandé quelle devait être la qualification théologique de la doctrine exposée dans le schéma sur l’Église et soumise au vote. À cette question la commission doctrinale a donné la réponse suivante : « Comme il est évident de soi, un texte de Concile doit toujours être interprété suivant les règles générales que tous connaissent. À ce propos la commission doctrinale renvoie à sa déclaration du 6 mars 1964, dont nous transcrivons ici le texte.

«Compte tenu de l’usage des conciles et du but pastoral du Concile actuel, celui-ci ne définit comme devant être tenus par l’Église que les seuls points concernant la foi et les mœurs qu’il aura clairement déclarés tels. «Quant aux autres points proposés par le Concile, en tant qu’ils sont l’enseignement du magistère suprême de l’Église, tous et chacun des fidèles doivent les recevoir et les entendre selon l’esprit du Concile lui-même qui ressort soit de la matière traitée, soit de la manière dont il s’exprime, selon les normes de l’interprétation théologique."

Ils l'ont fait sciemment, de manière à contourner la doctrine.


Conclusion :

Le Concile s’est conformé au vœu de Jean XXIII : user de miséricorde plutôt que de sévérité. S’il a dénoncé des erreurs comme, par exemple, l’athéisme dont il a analysé les diverses formes, Gaudium et spes, n° 19-21., il n’a pas prononcé d’anathèmes, contrairement à l’usage de tous les Conciles précédents. En conséquence, certains lui ont reproché un manque de rigueur dans l’exposé de la doctrine.

Conformément aussi aux orientations de Paul VI, il a proposé un enseignement explicite et autorisé, mais pas avec ces formules solennelles qu’on nomme définitions dogmatiques.

Vatican II : 50 ans après. Relecture
Claude Bressolette
Dans Revue d'éthique et de théologie morale 2012/3 (n°270), pages 9 à 36
images/icones/1n.gif  ( 969882 )La distinction pastoral/doctrinal est artificielle par Signo (2023-09-14 22:58:47) 
[en réponse à 969879]

Dire que le Concile a un but général qui est pastoral ne signifie pas qu'il ne contient pas d'enseignements doctrinaux. De fait il en contient, comme cela a été démontré, et c'est difficilement contestable. Quand Dei Verbum précise la question des sources ou de la source de la Révélation, c'est une question doctrinale. Quand Lumen Gentium définit le mystère de l'Eglise, c'est une question doctrinale. De même quand LG tranche la question de la sacramentalité de l'épiscopat (thème dont tout le monde se fiche, alors qu'il s'agit d'un des enseignements majeurs du concile!).

Vatican II clarifie ou rééquilibre certaines questions doctrinales; en cela il appartient au magistère infaillible (sachant que l'infaillibilité ne se résume pas aux proclamations dogmatiques). C'est incontestable. Cela tombe bien, tous les enseignements doctrinaux de Vatican II sont conformes à la Tradition. Il n'y a donc pas de problème avec la doctrine de Vatican II sur les questions de l'Eglise, de la Révélation etc. Le problème est plutôt dans certaines ambiguités et dans un optimisme largement excessif (quoique tempéré par d'autres passages) vis à vis de la modernité. Mais ce ne sont pas là des raisons suffisantes pour refuser le concile dans son ensemble. Tous les conciles comportent des éléments doctrinaux intangibles et permanents, et d'autres qui correspondent à un contexte historique bien précis et qui donc apparaissent périmés quelques décennies ou siècles plus tard.
images/icones/1d.gif  ( 969884 )Vos affirmations par Jean-Paul PARFU (2023-09-14 23:36:42) 
[en réponse à 969882]

concernant le caractère super doctrinal de Vatican II n'engagent que vous !
images/icones/fleche3.gif  ( 969885 )Justement non par Signo (2023-09-14 23:41:03) 
[en réponse à 969884]

Vatican II n'est pas "super doctrinal". Ce n'est pas du tout ce que j'ai dit.

J'ai dit que Vatican II comportait des éléments doctrinaux et des éléments pastoraux, comme la plupart des autres conciles de l'histoire de l'Eglise.
images/icones/carnet.gif  ( 969893 )Juste une question ! par baudelairec2000 (2023-09-15 10:30:15) 
[en réponse à 969885]

C'est quoi au juste le doctrinal par rapport au dogmatique ?
images/icones/carnet.gif  ( 969924 )Simple par Signo (2023-09-15 21:46:54) 
[en réponse à 969893]

La doctrine (du latin docere, enseigner) est un enseignement portant sur les vérités de foi ou de morale.

Un dogme est la formulation irréformable exprimant une vérité théologique à croire avec certitude.
images/icones/carnet.gif  ( 969925 )vous ne répondez pas à ma question ! par baudelairec2000 (2023-09-15 22:44:25) 
[en réponse à 969924]

J'enseigne le latin ...

Vous écrivez:

"La doctrine (du latin docere, enseigner) est un enseignement portant sur les vérités de foi ou de morale.

Un dogme est la formulation irréformable exprimant une vérité théologique à croire avec certitude"

Mais j'avais cru comprendre que le magistère infaillible portait sur des vérités de foi et de morale.

Certes, vous connaissez le latin, mais vous nous embrouillez un peu plus avec votre "certitude" (terme propre à la philosophie de la connaissance et à l'épistémologie); vous reconnaîtrez aisément avec votre aimable contradicteur que la certitude et l'infaillibilité ne sont pas synonymes.

Je pose la question autrement: qu'est-ce qui justifie (dans les textes pontificaux ou dans les interprétations autorisées) la différence entre doctrinal et dogmatique ?
images/icones/carnet.gif  ( 969936 )Je ne suis pas un spécialiste par Signo (2023-09-16 12:49:50) 
[en réponse à 969925]

Il me semble que le terme doctrine, ou son adjectif doctrinal, désigne une réalité plus large: c'est l'enseignement, au sens général.

L'Eglise jouit de l'infaillibilité (qui lui vient de l'assistance de l'Esprit Saint) lorsqu'elle dispense un enseignement portant sur la foi ou la morale.

Après à l'intérieur de cet enseignement, il y a sans doute des degrés divers d'infaillibilité. Encore une fois, je ne suis pas un spécialiste de ces questions. Il me semble qu'il est nécessaire, pour qu'il y ait infaillibilité, que le pape ou les évêques aient l'intention de définir et de proposer un enseignement comme définitif.

Tout ce qui est dogmatique est doctrinal, mais tout ce qui est doctrinal n'est pas forcément dogmatique.

Il me semble que le dogme porte uniquement sur les questions théologiques (par exemple, la divinité du Christ, ou l'Assomption) et jamais sur les questions morales.

Humanae vitae ou Ordinatio Sacerdotalis portent sur des questions de doctrine (la contraception, l'ordination sacerdotale exclusivement réservée aux hommes) avec intention de proposer un enseignement définitif et relèvent donc de l'infaillibilité, mais ce ne sont pas des dogmes au sens technique du terme, puisque ce sont des sujets qui ne sont pas exclusivement théologiques.

Bien qu'elles ne proclament aucun dogme nouveau, Dei Verbum et Lumen Gentium sont des constitutions dites dogmatiques, parcequ'elles traitent de sujets théologiques (la Révélation, le mystère de l'Eglise).

Voilà ce que je puis dire à ce sujet.
images/icones/bravo.gif  ( 969967 )Vous avez raison par Jérusalem (2023-09-17 14:38:10) 
[en réponse à 969882]

Cette fixation sur le caractère pastoral revendiqué de Vatican II est à mon sens l’une des grandes faiblesses de la réflexion (?) traditionaliste.

Comme si Trente n’avait pas été convoqué par Paul III avant tout pour des raisons pastorales.
Comme si toute définition d’un dogme, depuis celle de la divinité consubstantielle du Fils, n’avait jamais pas été provoquée justement par des raisons (et dans une optique) pastorales.

Que les promoteurs de ce concile œcuménique n’aient voulu, à l’époque, pour des raisons et, là aussi, dans une optique (à mon sens, foireuses), accentuer, voire ne présenter, que cet aspect pastoral, ne retire rien au fait que la réunion œcuménique de tous les évêques aura toujours plus d’autorité (et d’inspiration) que ma propre pensée, aussi excellente soit cette dernière.

Jérusalem
- Qui vous remercie d’exprimer mieux que ce que je n’ai essayé d’écrire ce que je crois.
images/icones/idee.gif  ( 970026 )je précise pour Jérusalem que non pour Trente par Luc Perrin (2023-09-19 09:59:40) 
[en réponse à 969967]

Paul III n'a pas "avant tout" - je vous cite - un objectif pastoral. Il a aussi un objectif pastoral et Trente comporte oui une part très importante de dispositions "pastorales", on disait "disciplinaires" à l'époque. En ce sens le concile de Trente parachève ce que le précédent concile oecuménique Latran V avait tenté sans succès.

MAIS entre la clôture de Latran V en 1517 et l'ouverture de Trente en 1545, il s'est tout de même passé un événement d'ampleur colossale, cher Jérusalem, que vous mettez sous le tapis un peu trop prestement : la Réformation ou Réforme protestante qui déchire la chrétienté occidentale et la met à feu et à sang.

Luther, Calvin, Zwingli et les autres, je suis sûr que ça vous revient.

Trente est d'abord la réponse aux questions doctrinales/dogmatiques posées par la Réforme protestante et aussi la suite de l'essai raté de réforme disciplinaire (pastorale) esquissé à Latran V.

Le Concile s'ouvre sur la question biblique en 1545-1546 en réponse évidente au Scriptura Sola de Luther et aux interrogations suscitées par la place de la Bible dans la vie de l'Église par le courant humaniste dès le XVe et les protestants.


La grande différence entre l'association doctrine/pastorale à Trente et à Vatican II tient à ceci qui adorne certains décrets comme celui-ci relatif à la réception des Livres saints et des traditions du 8 avril 1546 :

" Si quelqu'un ne reçoit pas ces livres pour sacrés et canoniques dans leur totalité, avec toutes leurs parties, tels qu'on a coutume de les lire dans l'Église catholique et qu'on les trouve dans la vieille édition de la Vulgate latine ; s'il méprise en connaissance de cause et de propos délibéré les traditions susdites : qu'il soit anathème. "

Il n'y a pas de condamnation explicite et de sanction canonique dans les textes de Vatican II comme il n'y a pas de proclamation d'aucun dogme nouveau. Tout ce qui est proprement d'ordre dogmatique dans Vatican II provient de la Tradition antérieure déjà énoncée comme partie de la Révélation.

Si comme l'écrit Signo, il y a une part d'artificiel dans la distinction trop tranchée entre "doctrinal" et "pastoral", c'est verser dans un excès inverse que de nier toute distinction entre les deux et plus encore d'ériger au rang de dogme proclamé des énoncés qui n'ont jamais reçu ce statut.
Pour prendre un exemple simple : le N.O.M. ne correspond pas à la constitution conciliaire et même s'il lui était fidèle pourrait être révisé sans dommage puisqu'il relève de thèses pastorales qui ont échoué du moins en Occident et Amérique latine de façon patente. La néo-liturgie est une création purement pastorale ratée mais on le voit dans T.C. et une allocution du cardinal Roche que l'on fait passer pour l'alpha et l'omega de la Tradition liturgique romaine en l'absolutisant de manière abusive.

Le NOM c'est, si vous voulez, Trente prescrivant un synode diocésain ... tous les ans, une prescription pastorale qui ne fut pratiquement appliquée nulle part. Saint François de Sales en tenait un tous les deux ans ce qui était exceptionnel.
Une grande partie de Latran V est restée lettre morte.

ps. Paul III avait lancé aussi une invitation aux Églises orientales séparées ... un peu comme Jean XXIII mais pour s'unir à Rome visiblement pas pour observer.
images/icones/heho.gif  ( 970030 )Éclaircissements théologiques bienvenus ? Je dirais plutôt enfumage ! par jl dAndré (2023-09-19 15:28:51) 
[en réponse à 969875]

Prenons un seul exemple, le "subsistit in".
Vous reconnaissez vous-même, un peu plus loin dans ce même fil que ledit "subsistit in" a besoin pour être catholique de l'interprétation donnée par "Dominus Iesus".
Or la définition traditionnelle "l'Église de Jésus-Christ est l'Église catholique" n'a jamais eu besoin d'aucun commentaire ou interprétation pour être aussitôt comprise dans son sens catholique.
On est donc passé d'une définition claire et précise à une formulation beaucoup plus vague, susceptible d'être interprétée de façon hétérodoxe et qui a besoin de "Dominus Iesus" pour être comprise dans son sens catholique.
Bien loin d'être un "éclaircissement théologique bienvenu par rapport aux formulations précédentes", c'est un obscurcissement, un enfumage volontaire dont il n'y a pas lieu d'être fier.
images/icones/carnet.gif  ( 970036 )Par éclaircissements théologiques bienvenus... par Signo (2023-09-19 19:57:15) 
[en réponse à 970030]

...je ne pensais pas tellement au subsistit in, dont j'admets qu'il soit contestable d'un certain point de vue, mais plutôt sur deux autres questions:

- d'abord, la question des sources de la Révélation. Affirmer, comme on le disait avant Vatican II, qu'il y a "deux sources" de la Révélation me paraît fortement contestable et même faux si on prend cette expression dans son sens littéral. Elle donne en effet l'impression que le Christ aurait accompli la Révélation en deux fois.
Or de toute évidence cela ne correspond pas à la manière dont la Révélation s'est effectuée. Il n'y a qu'une unique source de la Révélation: c'est le Christ lui-même, le Verbe incarné, la Parole du Père. C'est la Parole que Dieu adresse à l'homme.
Et ce n'est qu'à partir de cette source unique que naît ces deux réalités que sont la Tradition et l'Ecriture (dans cet ordre là pour ce qui est du Nouveau Testament).

De fait le Christ n'a laissé aucun écrit, il ne nous a pas directement donné les Ecritures du NT. D'ailleurs l'Eglise primitive ne distinguait pas clairement Nouveau Testament et Tradition. Il a enseigné, prêché (tout cela exclusivement oralement), a souffert la passion, est mort et est ressuscité, puis est monté aux Cieux avant d'envoyer l'Esprit d'auprès du Père. La réalisation de ce mystère a enclenché un formidable mouvement spirituel qui dure encore jusqu'aujourd'hui. C'est le mystère de l'Eglise, le nouvel Israël, mystère de salut et de Rédemption. Or ce mouvement a une source unique: l'irruption de la Parole de Dieu dans l'histoire humaine.

On voit donc que la formulation de Dei Verbum est nettement plus claire et plus juste que la précédente.

- ensuite, la question de la définition de l'Eglise. Définir l'Eglise comme une communion, et non pas comme une entité juridique, permet d'avoir de l'Eglise une approche plus théologique, et en même temps plus proche des sources bibliques et patristiques. Elle est aussi plus claire, et non pas floue comme certains le disent: appartiennent à l'Eglise ceux qui communient dans la même foi et qui sont unis dans la charité surnaturelle.
De même l'expression peuple de Dieu est plus juste que celle, très artificielle et en réalité récente et moderne, de société, car plus proche du langage biblique et patristique: l'Eglise est bien le nouvel Israël, le peuple eschatologique en marche vers la Patrie céleste, un peuple gouverné par ses pasteurs et dont la vie est animée de l'intérieur par l'Esprit de vérité.
Alors oui, je sais que chez les "tradis" (quelle étiquette artificielle!) beaucoup n'aiment pas la Bible et le langage biblique; ce langage n'en est pas moins l'aliment principal de la tradition catholique depuis toujours. J'ai par ailleurs montré à quel point l'expression "société parfaite", en plus de sembler réduire l'Eglise à une réalité purement humaine et sociologique, était une expression ambiguë, et même fausse si on la prend au sens littéral.

Sur la question du subsistit in, il me semble que la question est complexe. Qu'est-ce que l'Eglise catholique? On peut donner les trois critères classiques: la profession de la foi, la pratique des sacrements, l'obéissance aux pasteurs légitimes. Ces critères restent valables... mais vous voyez bien que cette définition s'applique avec plus de difficulté à la situation actuelle.

Le terme Eglise catholique n'a en effet plus exactement le même sens qu'il avait à l'époque patristique (par exemple du temps de S. Ignace d'Antioche, qui emploie pour la première fois l'expression au début du IIe siècle). A l'époque des Pères, on entend par Eglise catholique la communion dans l'amour surnaturel de tous les croyants confessant la plénitude de la vérité chrétienne. Aujourd'hui (et depuis la "Renaissance") l'adjectif "catholique" ne désigne plus qu'une étiquette confessionnelle artificielle et vide de sens, derrière laquelle on peut mettre tout et n'importe quoi: par exemple, une université peut aujourd'hui être qualifiée de "catholique" tout en enseignant des idées gravement hétérodoxes et en sanctionnant un professeur pour avoir dénoncé l'avortement; Un groupe de fidèles qui rejette ouvertement des éléments importants de la foi ou de l'ecclésiologie catholiques peut se présenter néanmoins comme "catholique". L'adjectif n'est devenu qu'une pure étiquette vide de contenu et de sens. A contrario, les Eglises orthodoxes ne seront pas considérés comme catholiques, bien qu'elles vivent une tradition spirituelle et liturgique bien plus proches de l'authentique tradition catholique que ce que pratique le CCBF! Bref, dans la situation actuelle, l'expression Eglise catholique semble s'être vidée d'une grande partie de son sens. On est passé d'une logique confessante à une logique confessionnelle. Dès lors, il apparaît difficile, sinon impossible, d'affirmer que le mystère de l'Eglise du Christ épouse parfaitement les contours juridiques de l'institution officielle actuelle. D'où l’ambiguïté de la formule (ambiguïté que je ne nie pas), mais qui exprime la prise de conscience de la complexité de la situation actuelle.
images/icones/c_nul.gif  ( 970073 )La polémique du subsistit in ! par jl dAndré (2023-09-20 15:27:48) 
[en réponse à 970036]

Certes, vous avez parfaitement raison, la notion d'Église catholique est devenue insuffisamment précise et beaucoup se disent catholiques qui enseignent des idées gravement hétérodoxes et/ou rejettent ouvertement des éléments importants de la foi ou de l'ecclésiologie catholiques.
Mais justement, raison de plus !
Si la proposition "L'Eglise du Christ est l'Église Catholique" est insuffisamment claire et précise, il fallait la remplacer par une proposition plus claire et plus précise, par exemple "L'Église du Christ est une, sainte, catholique et apostolique" ce qui correspond à ses 4 notes bien connues. On pourrait même ajouter, comme surcroit de précision qu'elle est romaine et bâtie sur Pierre et ses successeurs.
Mais on a fait tout le contraire, on l'a remplacée par une formulation encore plus vague : "l'Église du Christ subsiste dans l'Église catholique" laissant ainsi insinuer qu'elle pourrait aussi subsister dans une autre église non catholique, ce qui serait une hérésie. Certes, cette hérésie n'est pas formelle et le "subsistit in" peut aussi se comprendre de façon catholique comme le montre "Dominus Iesus", mais il est déjà assez grave qu'une interprétation hétérodoxe soit aussi possible.
images/icones/carnet.gif  ( 969857 )Une analyse détaillée d'avant Vatican II... par vistemboir2 (2023-09-14 15:57:04) 
[en réponse à 969849]

Voir ICI
images/icones/nounours.gif  ( 969859 )Le bon lien... par Sacerdos simplex (2023-09-14 16:08:29) 
[en réponse à 969857]

http://www.liberius.net/articles/Conditions_et_fondements_de_l_infaillibilite_des_Conciles_oecumeniques.pdf


images/icones/vatican.gif  ( 969858 )Une seul souci: définir par baudelairec2000 (2023-09-14 16:04:22) 
[en réponse à 969849]



Pour répondre de manière satisfaisante à votre question, il me semble indispensable de préciser ce qu'est une constitution dogmatique.

Je me contenterai de me référer à la définition habituelle telle qu'on la trouve sur le site du diocèse de Paris:

"Le terme « Constitution » désigne un acte solennel du magistère. L’adjectif « dogmatique » indique que son objet est les vérités de la foi. Pour Lumen gentium, il s’agit des vérités de la foi concernant le mystère de l’Eglise. Le document présente la communauté chrétienne du point de vue de son origine divine (elle est née du dessein de Dieu qui envoya son Fils et son Esprit dans le monde pour le sauver), de sa vie en ce monde (la relation entre les baptisés et leurs pasteurs), de sa « loi » qui est la charité, et de sa destinée (la vie éternelle)."

L'expression, selon les mêmes auteurs, concernerait surtout Lumen gentium. Or le Concile Vatican II en a produit 3:

Sacrosanctum Concilium sur la Sainte Liturgie

Lumen gentium sur l'Eglise

Dei Verbum sur la Révélation divine.

Une constitution dogmatique peut-elle comporter des erreurs? Pour répondre, introduisons une comparaison avec Vatican I. Deuxième constitution dogmatique de Vatican I, Pastor Aeternus, document qui devait traiter de l'Eglise, en raison des événements politiques qui secouaient Rome, se limita à la papauté. On connaît tous sur ce forum le passage comportant la définition magistérielle de l'infaillibilité pontificale (introduite par les verbes "enseignons" et "définissons")de Pastor Aeternus (chapitre 4):

"C'est pourquoi, nous attachant fidèlement à la tradition reçue dès l'origine de la foi chrétienne, pour la gloire de Dieu notre Sauveur, pour l'exaltation de la religion catholique et le salut des peuples chrétiens, avec l'approbation du saint concile, nous enseignons et définissons comme un dogme révélé de Dieu: le Pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra, c'est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu'une doctrine sur la foi ou les mœurs doit être tenue par toute l'Église, jouit, par l'assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église, lorsqu'elle définit la doctrine sur la foi et les mœurs. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l'Église.

Si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition, qu'il soit anathème. »

On remarquera l'emploi répété du verbe définir dans la contenu lui-même de l'énoncé et du terme "définition" dans la formule finale.

On l'aura compris, l'énoncé dogmatique ainsi exposé est infaillible. D'où il est possible d'affirmer que les propos des chapitres précédents, même s'ils ne comportent pas d'erreur, ne sont pas pour autant infaillibles. J'en veux pour preuve le début de la formulation de la primauté de Rome: "nous enseignons et déclarons" (et non "nous enseignons et définissons").

« Nous enseignons et déclarons que l'Église romaine possède sur toutes les autres, par disposition du Seigneur, une primauté de pouvoir ordinaire, et que ce pouvoir de juridiction du Pontife romain, vraiment épiscopal, est immédiat."

Lumen gentium peut-il comporter des erreurs?

C'est possible, si l'on se contente de citer le premier paragraphe du document:

" Le Christ est la lumière des peuples ; réuni dans l’Esprit Saint, le saint Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes les créatures la bonne nouvelle de l’Évangile répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église (cf. Mc 16, 15). L’Église étant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain, elle se propose de mettre dans une plus vive lumière, pour ses fidèles et pour le monde entier, en se rattachant à l’enseignement des précédents Conciles, sa propre nature et sa mission universelle. À ce devoir qui est celui de l’Église, les conditions présentes ajoutent une nouvelle urgence : il faut que tous les hommes, désormais plus étroitement unis entre eux par les liens sociaux, techniques, culturels, réalisent également leur pleine unité dans le Christ."

Des mentions comme "l'unité de tout le genre humain", "pour le monde entier" ou bien encore "tous les hommes", paraissent, au minimum, hasardeuses, surtout lorsqu'elles sont renforcées par une formulation hyperbolique, langage délirant qui trouve sa conclusion et atteint son paroxysme dans l'exhortation finale du paragraphe:

"il faut que tous les hommes, désormais plus étroitement unis entre eux par les liens sociaux, techniques, culturels, réalisent également leur pleine unité dans le Christ."

Les rédacteurs du texte mettent ainsi sur le même plan une hypothétique unité culturelle du genre humain avec une prétendue unité de ces mêmes hommes dans le Christ. On pourrait affirmer encore que le "Corps mystique du Christ" est supposé dépendre de la réalisation de l'unité sociale, technique et culturelle des hommes, indépendamment d'une quelconque condition de baptisés, comme si, en quelque sorte, une réalité spirituelle était subordonnée à la réalisation de conditions matérielles ...


Quant à votre qualificatif "légitime" concernant un concile oecuménique, j'ai du mal à comprendre. Faut-il rappeler à quel point ce concile s'est présenté avant tout comme "pastoral"?
images/icones/find.gif  ( 969863 )Sur certaines erreurs de Lumen Gentium par Jean-Paul PARFU (2023-09-14 17:12:51) 
[en réponse à 969849]

Je crois que le monde traditionnel se fixe trop sur le problème de la collégialité qui introduirait la démocratie dans l'Eglise. Tout le monde a compris que les synodes n'étaient en réalité qu'un instrument dont les papes modernistes et surtout François se servent pour imposer leur volonté en faisant croire que les propositions viennent de "la base".

Ce qui pose problème avec "Lumen Gentium" :

1) - c'est l'affirmation du "subsistit in"

qui a rendu nécessaire "la déclaration "DOMINUS IESUS" sur l'unicité et l'universalité salvifique de Jésus-Christ et de l'Eglise" du 6 août 2000 de la Congrégation pour la doctrine de la foi ;

2) - c'est l'affirmation selon laquelle le but de l'Eglise serait "l'unité du genre humain", alors que son but est le salut des âmes. Le but de l'Eglise ne serait plus surnaturel, ou exclusivement surnaturel, mais aussi naturel ;

3) - c'est l'affirmation qu'il y aurait un sacerdoce baptismal appelé aussi « sacerdoce commun des fidèles » ou « sacerdoce royal » fondé sur la dignité commune à tous les baptisés, et qui serait à l'origine de l’unité ou de la communion dans l’exercice des charismes et ministères, pour une édification effective et authentique de l’Église ;

4) - c'est l'affirmation selon laquelle l'Eglise serait un sacrement, alors qu’être sacrement ne se dit en vérité que des sept canaux de la grâce. Eux seuls, et non l’Église, sont à la fois signifiants et instruments de grâce !

Enfin, Le fait qu'un concile soit réuni par le pape ne signifie pas mécaniquement l'infaillibilité, surtout si les affirmations ne sont pas conformes au Magistère ordinaire universel.

Paul VI lui-même, seul ou via Mgr Félici, secrétaire du Concile, a même tenu à expliquer que les constitutions du Concile dites "dogmatiques" ne définissaient aucun dogme, eu égard au caractère pastoral du Concile.

Quant à l'infaillibilité extraordinaire de l'Eglise via le pape seul ("Pastor aeternus", 18 juillet 1870), chacun sait qu'elle n'existe que si :

.le Pontife romain,

.parle ex cathedra,

.définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique,

.qu'une doctrine sur la foi ou les mœurs

.doit être tenue par toute l'Église.

Or, depuis "Pastor aeternus", seule la proclamation du dogme de l'Assomption de la Vierge par le pape Pie XII, le 1er novembre 1950, correspond à cette définition !
images/icones/carnet.gif  ( 969866 )[réponse] par Xaverus (2023-09-14 20:21:55) 
[en réponse à 969863]

Permettez-moi deux points de précision, sur vos points 2 et 4, qui commentent la phrase : Cum autem Ecclesia sit in Christo veluti sacramentum seu signum et instrumentum intimae cum Deo unionis totiusque generis humani unitatis
1) point 4 : de manière rigoureuse, Lumen Gentium ne dit pas que l'Eglise est un sacrement. Elle dit qu'elle est en quelque sortetun sacrement, au titre de son rôle de signe et d'instrument. Il y a donc une nuance : on parle ici par analogie (comme pour toutes les réalités divines)
2) point 2 : il ne faut pas dissocier l'union intime avec Dieu de l'unité des hommes. De ce point de vue, la phrase reprend la prière sacerdotale de Jésus-Christ : que tous soient un comme toi et moi sommes un. Si l'Eglise est le corps du Christ, et que ce Corps n'est pas écartelé voire divisé, il y a bien une unité de tous ces membres. Cela veut dire que toute personne sauvée fait partie de l'Eglise, et probablement qu'il faut déduire que toute personne qui n'est pas sauvée n'a même plus un visage humain
images/icones/1v.gif  ( 969890 )Précisions tendancieuses ! Xaverus par baudelairec2000 (2023-09-15 10:06:32) 
[en réponse à 969866]

Vous avez le mérite de citer le texte en latin.

Je suis bien d'accord avec vous pour affirmer que le texte utilise une comparaison (veluti), qu'il ne dit pas que l'Eglise "est" un sacrement ou un signe.

En revanche, il me semble que vous faites erreur dans la compréhension de la dernière partie de la citation:

"instrumentum intimae cum Deo unionis totiusque generis humani unitatis"

Vous aurez remarqué que "unio"et "unitas" ne sont pas synonymes. Pourtant vous affirmez qu'il ne faut pas dissocier l'union intime avec Dieu d'avec l'unité des hommes, et là vous sollicitez le texte ("totiusque generis humani unitatis" dans le texte concilaire).

Rappelons que l'union à Dieu est une réalité bien différente de l'unité du genre humain, que la première s'obtient par le moteur tout-puissant de la grâce divine dans l'âme du baptisé qui est ainsi un autre Christ. Saint Paul n'écrit-il pas: "Ce n'est plus moi qui vit, c'est le Christ qui vit en moi" ? Vous pouvez faire appel à la prière sacerdotale du Christ (Evangile de Jean, chapitre XVII). Le hic de votre interprétation, c'est que le Christ prie son Père pour ses disciples et, au-delà, pour tous les chrétiens qui voudront être ses disciples:

« Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé »

Le Christ lui-même utilise une comparaison:

« Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu'ils soient un en nous."

L'unité dont il est question ici n'est pas celle de tout le genre humain, mais celle des chrétiens qui se conforment aux enseignements divins; il s'agit l'unité des membres d'un même corps. Nous sommes bien loin des chimères mondialistes et universalistes annoncées dans cet amalgame (union à Dieu / unité du genre humain).

Gaudium et Spes, cette constitution pastorale, aujourd'hui dépassée, pour ne pas dire caduque, avait raison de se référer à ce passage de Lumen Gentium pour fonder ses théories délirantes.
images/icones/find.gif  ( 969896 )D'accord avec vous baudelairec2000 par Jean-Paul PARFU (2023-09-15 10:53:43) 
[en réponse à 969890]

L'unité du genre humain ne peut être un but poursuivi par l'Eglise, laquelle, sinon et alors, ferait de la politique. L'Eglise n'est pas non plus une ONG et n'a pas pour mission d'établir le Ciel sur la Terre.

Par contre, l'activité missionnaire de l'Eglise peut avoir des conséquences, mais des conséquences "accidentelles" en quelque sorte, sur la paix et sur une forme d'homogénéisation du monde et des sociétés.

Par ailleurs, l'unité du genre humain à défaut d'être un but, peut être une réalité comme la mondialisation est une réalité, alors que le mondialisme est une idéologie.

Ce qu'il faut bien voir enfin, c'est que "la grande famille humaine", comme l'appelait Pie XII a, de par son origine même, vocation à une certaine unité. Mais, vous l'avez compris, il y a unité et unité.

Dans l'ordre surnaturel, l'unité du genre humain est présupposée, et immédiate par le baptême et il n'y a plus effectivement "ni juif ni Grec", mais également "ni homme ni femme", "ni maître ni esclave", car ce qui compte, c'est l'appartenance au Corps mystique du Christ en vue du Ciel ;

Dans l'ordre naturel au contraire, il y a toujours "des juifs et des Grecs", "des hommes et des femmes", "des chefs et des subordonnés". Dans cet ordre, l'unité du genre humain est un but vers lequel l'humanité tend de manière médiate. Dans l'ordre naturel, on va, en effet, du particulier à l'universel, par des médiations que sont la famille, les clans (écossais), les "Gens" (romaines) , les tribus (d'Israël), les nations, les grandes aires civilisationnelles et finalement le monde. Si vous détruisez ces médiations, vous détruisez l'homme !

Le problème, c'est que l'on veut faire le Ciel sur la Terre. Ce faisant, on nie, on "dénature" le véritable ordre surnaturel et on détruit l'ordre naturel !
images/icones/1a.gif  ( 969906 )Pour aller plus loin, mon cher Parfu par baudelairec2000 (2023-09-15 15:31:39) 
[en réponse à 969896]



Au plan politique (je vous laisse l'expression "ordre naturel") vous évoquez différents plans de société. Il est évident que l'unité d'un pays est en voie de réalisation lorsque tous les citoyens, sous la conduite de leurs gouvernants, concourent à la même fin, au même bien: cette cause finale porte le nom de bien commun Le bien commun consiste, comme l'affirment saint Augustin et saint Thomas, dans la paix: "tranquillité de l'ordre".

Mais cette fin commune ne pourrait exister sans l'exercice d'une vertu fondamentale : la justice, vertu qui oriente sans cesse l'homme vers les autres en l'obligeant à leur rendre ce qui leur est dû. Autant de relations, autant d'occasions d'échanger et de se montrer juste. Le décalogue rappelle explicitement les domaines dans lesquels on peut se montrer juste : envers Dieu (trois premiers commandements), envers ses parents ou ses supérieurs (4e commandement), envers ses semblables (5e au 10e commandement). La vertu de justice se subdivise, il n'est pas inutile de le rappeler, en

- justice particulière (justice commutative qui règle les échanges entre des semblables et justice distributive qui consiste à rétribuer des hommes à qui le pouvoir a attribué des charges, des « honores »).

- justice légale ou générale, vertu qui, par le biais des lois, régule nos actions en vue du bien commun ; c'est la même vertu qui oriente les actes des différentes vertus en vue du bien commun.
C'est aux dirigeants en effet de faire en sorte que leurs concitoyens deviennent vertueux et, inversement, de les dissuader de tomber dans le vice.

L'unité d'un peuple n'est rien d'autre qu'un réseau de multiples relations où les individus s'efforcent d'être à leur place, un ensemble de relations ordonnées et harmonieuses dont les protagonistes s'efforcent d'être justes.

Je ne vous l'apprendrai certainement pas: le bien commun n'est pas la fin ultime de l'homme. Il est subordonné à la fin surnaturelle ultime: Dieu. Nous, chrétiens, savons qu'il n'y a pas une multiplicité de voies pour atteindre notre fin surnaturelle ; elle passe par le baptême, la réception des sacrements, la conformité à la volonté divine, au sein d'une grande famille, la Sainte Eglise.

Quant à une unité commune pour le genre humain, la grande famille des nations ou à la grande famille des hommes, chère à Pie XI ou Pie XII, il ne faut pas rêver: les empires, songeons à l'empire romain, carolingien ou au Saint-Empire germanique, sont terriblement fragiles parce qu'ils rassemblent des entités différentes sur le plan culturel ou politique (Francs, Gallo-Romains, Burgondes, Aquitains, Bavarois … pour se limiter au seul empire Franc) ou parce qu'ils sont soumis en permanence à des forces dissociatrices pour ne pas dire destructrices (l'empire soviétique ou les empires coloniaux). Même avec un dénominateur commun, le christianisme, il s'avère difficile de construire une chrétienté (ensemble de nations chrétiennes) ou de maintenir la stabilité d'un ensemble qu'on tient pour définitivement établi ; en cause des facteurs déstabilisateurs ou centrifuges, facteurs humains notamment. Et Dieu sait combien Louis le Pieux qui succéda à son père Charlemagne mit tout en œuvre pour mettre en ordre le royaume des Francs (un empire en réalité) que Dieu lui avait confié (Ordonnance des années 825-832). L'Empire carolingien doit ainsi son affaiblissement et sa disparition à un facteur externe, les raids normands, et à une faiblesse interne, les rivalités entre les propres descendants de Charlemagne et les ambitions territoriales de certains grands du royaume franc, surtout dans le royaume de Francie occidentale, celui de Charles de Chauve (840-877). Celui-ci devait d'ailleurs trouver sa perte après avoir été sacré empereur par le pape.

Les papes, depuis Léon XIII, ont fait preuve d'un irénisme certain et ont couru après de multiples chimères en pensant que le christianisme pouvait s'accommoder de sociétés qui, par leurs structures profondes, lui étaient hostiles. Comment peut-on penser sérieusement, du côté chrétien, à collaborer avec un pouvoir révolutionnaire qui vous a spolié à maintes reprises et persécuté durant les années 1790 dans votre chair et encore plus insidieusement de nos jours? L'Eglise, au cours du XXe siècle, perd de vue que la société surnaturelle ne peut pas reposer matériellement sur n'importe quel type de société ou régime. Croire ainsi que la globalisation ou la mondialisation des échanges contribuera à l'unité du genre humain, c'est renoncer à l'oeuvre évangélisatrice de l'Eglise et au travail discret mais efficace de la grâce dont les hommes d'Eglise, au premier rang desquels viennent les pasteurs, sont les dispensateurs.
images/icones/carnet.gif  ( 969929 )[réponse] par Xaverus (2023-09-16 08:03:38) 
[en réponse à 969890]

Cher ami,

merci de votre réponse !

1) Il est évident que l'union et l'unité ne sont pas exactement la même chose. Il me semble que l'union est plus forte que l'unité, en ce qu'elle engage la totalité de notre être (et pas seulement un accord). Cela est vrai de l'union avec Dieu (avec le verset que vous citez). Cela est également vrai du mariage. Une telle union n'abolit pas les différences entre Dieu et les hommes, entre le mari et la femme.

2) L'unité n'est pas une union de ce type. Elle est davantage du côté de l'unité familiale (au sens où l'on parle d'une famille unie) ou de l'unité politique (au sens où l'on parle d'un pays uni). Une telle unité n'abolit pas les différences, voire les divergences. Il ne s'agit pas d'uniformité, mais d'accord.

3) Un tel accord se vit dans l'ordre naturel (unité de la famille, unité de la société), mais il se vit aussi dans l'ordre surnaturel. C'est là qu'intervient la prière de Jésus-Christ en Jn 17 : celle-ci concerne les disciples, vous avez raison de le souligner, ou plus exactement, tous ceux que le Père a donné au Fils (Jn 17, 1). Je ne vois pas comment on peut imaginer que le Père n'ait pas donné toute l'humanité au Fils, étant sauve la liberté de chacun de l'accepter ou non, et d'en tirer les conséquences. Chez saint Jean, le monde (kosmos, mundum) désigne la réalité qui refuse la Révélation : par définition, le monde est quelque chose de fluide. Quitte le monde celui qui accepte la Révélation ; rejoint le monde celui qui apostasie.
Dans cette unité, il importe de revenir au texte : "ut sint unum sicut nos" Sicut traduit kathôs : ce n'est pas une comparaison, mais un exemple, un modèle. Le modèle de l'unité de l'Eglise, c'est l'unité du Père et du Fils. Dans l'ordre naturel, un tel modèle est irréalisable (ce qui rend tout pélagianisme faux) ; en revanche, la configuration au Christ le rend réalisable dans l'ordre surnaturel (lequel est déjà à l'oeuvre aujourd'hui).

4) Nous avons donc une situation guère facile à articuler. D'un côté, une unité surnaturelle, en acte pour tous les chrétiens, en puissance pour tous ceux qui, peut-être, deviendront chrétiens un jour. De l'autre, des sociétés, des pays, des cultures, qui, parfois, n'arrivent pas à vivre cette unité. Je suis chrétien et français. Comme chrétien, je dois accepter la communion avec tous les chrétiens et imaginer qu'une communion soit possible avec toute l'humanité lorsque celle-ci aura accepté le Christ. Comme Français, je dois accepter tant la beauté et la spécificité de mon pays, que celles des autres pays. Cela n'est pas toujours facile à vivre, pas plus qu'il n'est aisé de vivre n'importe laquelle des réalités spirituelles.
Tout cela pour dire que l'unité du genre humain n'est pas d'abord une réalité politique de type onusienne, mais une réalité mystique, déjà présente et en attente d'accomplissement.
images/icones/rose.gif  ( 969941 )fil "surréaliste" à bien des égards par Luc Perrin (2023-09-16 15:16:44) 
[en réponse à 969929]

Certains ont dû se faire injecter du poison vax avant l'heure ou en ont pris trois doses ...

Signo a rétabli les principaux points ainsi que Xaverus.

Me Parfu fait lui-même la défense de LG (l'article initial mélange LG et GS qui n'ont pas du tout le même thème ce qui me paraît de mauvaise méthode pour une analyse surtout pour un simple renvoi). Tout est affaire d'interprétation. Un juriste devrait le savoir ...
Un texte excellent peut devenir une horreur suivant l'interprétation qu'on en fait : cela s'observe chaque jour aux USA avec des décisions de justice (sic) délirantes, des lectures folles du 14e Amendement pour lui faire dire ce qu'il ne dit explicitement pas.

Les dérives néo-catholiques californiennes que nous subissons sont pour l'essentiel cela : tordre les textes pour qu'ils disent autre chose que ce qu'ils disent, alors qu'on a la mens du législateur avec les Acta qui reprennent les discours et les minutes des débats.

La critique traditionaliste "traditionnelle", si je puis dire, porte sur la tentation de transformer la collégialité en système démocratique ou du moins à façade démocratique car les Synodes diocésains (depuis 1983) ou ceux du pape François spécialement le nouveau synode qui synodalise en rond n'ont rigoureusement rien de "démocratique" pas même de représentatif. Disons qu'ils s'apparentent à la Chambre des Pairs sous la Restauration et la Monarchie de Juillet ou à la Chambre des Lords britannique.

Tous les autres points soulevés sont des vapeurs : en ouvrant la fenêtre, on aère assez vite.

Quant au débat union/unité au bas du fil, je précise juste que Pie XI - pas vraiment moderniste à moins que l'abbé cité y voit un dangereux hérétique ? - a fait préparer une encyclique dont le sujet était Humani generi unitas en 1938-1939. Il est mort avant qu'elle ne soit promulguée mais le texte était avancé et a été publié par Jean XXIII, les Pères de Vatican II le connaissaient donc.

Pie XII dans son encyclique inaugurale a repris quelques passages du projet de Pie XI. Voici quelques paragraphes qui montrent une compréhension chrétienne catholique du genre humain qui n'a rien de maçonnique ou déviante, on n'est pas du tout chez Bill Gates, Tony Blair et le MASTU.

" Et pour rendre plus intime cette amitié entre Dieu et l'humanité, ce même médiateur divin et universel de salut et de paix, dans le silence sacré du Cénacle, avant de consommer le sacrifice suprême, laissa tomber de ses lèvres divines la parole qui se répercute bien haut à travers les siècles, suscitant des héroïsmes de charité au milieu d'un monde vide d'amour et déchiré par la haine : Ceci est mon commandement: que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés (Io, XV, 12.)

Ce sont là des vérités surnaturelles, qui établissent des bases profondes et de puissants liens d'union, renforcés par l'amour de Dieu et du Divin Rédempteur, de qui tous reçoivent le salut " pour l'édification du corps du Christ, jusqu'à ce que nous parvenions tous ensemble à l'unité de la foi, à la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'homme parfait, selon la mesure de la pleine grandeur du Christ " (cf. Eph., IV, 12, 13).

A la lumière de cette unité en droit et en fait de l'humanité entière, les individus ne nous apparaissent pas sans liaison entre eux, comme des grains de sable, mais bien au contraire unis par des relations organiques, harmonieuses et mutuelles - variées selon la variété des temps, - et résultant de leur destination et de leur impulsion, naturelle et surnaturelle.

Et les nations en se développant et en se différenciant selon les diverses conditions de vie et de culture, ne sont pas destinées à mettre en pièces l'unité du genre humain, mais à l'enrichir et à l'embellir par la communication de leurs qualités particulières et par l'échange réciproque des biens, qui ne peut être possible et en même temps efficace que quand un amour mutuel et une charité vivement sentie unissent tous les enfants d'un même Père et toutes les âmes rachetées par un même sang divin.

L'Eglise du Christ, fidèle dépositaire de la divine sagesse éducatrice, ne peut penser ni ne pense à attaquer ou à mésestimer les caractéristiques particulières que chaque peuple, avec une piété jalouse et une compréhensible fierté, conserve et considère comme un précieux patrimoine. Son but est l'unité surnaturelle dans l'amour universel senti et pratiqué, et non l'uniformité exclusivement extérieure, superficielle et par là débilitante."
Summi pontificatus, 20 octobre 1939.

Rappelons aussi, pour que des gens de bonne foi ne s'égarent pas dans des chemins sans issue, que les textes principalement critiqués et à juste titre souvent sont, outre le vif débat sur la collégialité, plusieurs points de Gaudium et spes, Nostra aetate et Dignitatis humanae. Il y eut des débats sur certains articles de Dei Verbum mais les plus controversés ont été abandonnés dans la version finale.
Le tout de ces critiques se ramenant à ... 5% du corpus conciliaire comme l'avait dit Mgr Fellay, alors Supérieur général de la FSSPX en 2000.

Très souvent, la hiérarchie qui se pare de Vatican II est loin des 95% d'acceptation de Vatican II ...



images/icones/carnet.gif  ( 969923 )Non, il n'y a pas d'erreurs dans Lumen Gentium par Signo (2023-09-15 21:44:38) 
[en réponse à 969863]

Concernant le point 1), Dominus Iesus comme vous le rappelez très justement donne l'interprétation catholique du subsistit in. Donc il n'y a aucun problème avec ce passage de LG.

Concernant le point 2) ici vous commettez une confusion entre les enseignements de Lumen Gentium et les délires fraterno-mondialistes de François.

Dans Lumen Gentium, l'unité du genre humain n'est pas un projet politique mondialiste auquel l'Eglise devrait oeuvrer; le terme désigne une réalité théologique, la finalité de la Révélation, c'est à dire l'union de toute l'humanité, réunie dans l'Eglise par le baptême, et ainsi UNE en elle-même (union de tous les hommes) et réconciliée avec le Père (union de toute l'humanité et de la Création entière avec Dieu, c'est à dire la déification de l'Homme).

Ainsi le paragraphe 1 de LG énonce:

L’Église étant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain, elle se propose de mettre dans une plus vive lumière, pour ses fidèles et pour le monde entier, en se rattachant à l’enseignement des précédents Conciles, sa propre nature et sa mission universelle.



Texte qui doit être lu à la lumière du paragraphe qui suit:

Le Père éternel par la disposition absolument libre et mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté a créé l’univers ; il a voulu élever les hommes à la participation de la vie divine ; devenus pécheurs en Adam, il ne les a pas abandonnés, leur apportant sans cesse les secours salutaires, en considération du Christ rédempteur, « qui est l’image du Dieu invisible, premier-né de toute la création » (Col 1, 15). Tous ceux qu’il a choisis, le Père, avant tous les siècles, les « a distingués et prédestinés à reproduire l’image de son Fils qui devient ainsi l’aîné d’une multitude de frères » (Rm 8, 29). Et tous ceux qui croient au Christ, il a voulu les convoquer dans la sainte Église qui, annoncée en figure dès l’origine du monde, merveilleusement préparée dans l’histoire du peuple d’Israël et de l’ancienne Alliance [1], établie enfin dans ces temps qui sont les derniers, s’est manifestée grâce à l’effusion de l’Esprit Saint et, au terme des siècles, se consommera dans la gloire. Alors, comme on peut le lire dans les saints Pères, tous les justes depuis Adam, « depuis Abel le juste jusqu’au dernier élu [2] » se trouveront rassemblés auprès du Père dans l’Église universelle.



Il suffit donc de lire le texte tel qu'il est pour s'apercevoir du gouffre abyssal qu'il y a entre Lumen Gentium, dont la finalité est exclusivement théologique, et un quelconque projet mondialiste purement temporel.

Concernant le point 3), ce n'est pas "le sacerdoce baptismal qui est fondé sur la dignité commune à tous les baptisés", c'est l'inverse: c'est le sacerdoce commun à tous les baptisés qui fonde leur dignité. J'insiste sur le fait que le sacerdoce baptismal est peut-être l'une des réalités théologiques les plus importantes de la Révélation. Encore faut-il bien comprendre dans quel sens: il ne s'agit pas d'une confusion entre sacerdoce ministériel (extérieur) et sacerdoce baptismal (intérieur). Saint Léon le Grand, cité dans le CEC n°786 avait, dès le Ve siècle, admirablement définit le sacrdoce baptismal:

De tous les régénérés dans le Christ le signe de la Croix fait des rois, l’onction du Saint-Esprit les consacre comme prêtres, afin que, mis à part le service particulier de notre ministère, tous les chrétiens spirituels et usant de leur raison se reconnaissent membres de cette race royale et participants de la fonction sacerdotale. Qu’y a-t-il, en effet, d’aussi royal pour une âme que de gouverner son corps dans la soumission à Dieu ? Et qu’y a-t-il d’aussi sacerdotal que de vouer au Seigneur une conscience pure et d’offrir sur l’autel de son cœur les victimes sans taches de la piété ? (S. Léon le Grand, serm. 4, 1 : PL 54, 149).



De même dans Mediator Dei, Pie XII enseignait:


Par le bain du baptême, en effet, les chrétiens deviennent à titre commun membres dans le corps du Christ-prêtre, et par le « caractère » qui est en quelque sorte gravé en leur âme, ils sont délégués au culte divin : ils ont donc part, selon leur condition, au sacerdoce du Christ lui-même.



Le sacerdoce baptismal n'est donc ni une «métaphore», encore moins une appellation purement honorifique (!). C'est un vrai sacerdoce, qui offre un vrai sacrifice, sacrifice qui, pour être spirituel, n'en est pas moins réel, avec une vraie victime (le baptisé lui-même), sur un véritable autel (celui du coeur). C'est une oblation véritable qui abouti à la sainteté, c'est à dire la déification.

Concernant le point 4), vous avez une vision bien étroite des choses. LG ne définit pas formellement un 8e sacrement, qui serait l'Eglise. Il s'agit d'une comparaison:

L’Église étant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain...



Il faut également rappeler que par exemple dans la théologie de l'Eglise d'Orient, qui n'est pas moins vraie (quoique plus floue, mais l'Orient a une autre approche de la théologie, moins rationnelle ou rationaliste) que la théologie latine, c'est toute l'Eglise et tout se qui se fait dans l'Eglise qui est considéré comme ayant une nature et une valeur sacramentelle. C'est pourquoi les Eglises d'Orient ne distinguent pas aussi nettement que la tradition latine 7 sacrements. Bref, il ne faut pas voir des problèmes là où il n'y en a pas. Cette proposition de LG n'a rien d'hérétique et ne peut être qualifiée d'erreur.

Et si, un concile convoqué par le Pape et/ou en accord et communion avec lui est détenteur d'une autorité doctrinale incontestable. En l'occurrence, les actes du Concile Vatican II ont été promulgués par le pape, ils font donc incontestablement partie du magistère. Les constitutions dogmatiques promulguées sont parfaitement orthodoxes. Les déclarations sont en revanche d'une autorité doctrinale moindre voir nulle. Or c'est dans l'une d'elles, Dignitatis Humanae, que l'on trouve la question de la liberté religieuse. Qui de toute façon peut et donc doit être interprétée dans un sens orthodoxe. Il y a donc dans le Conciles des textes ayant une valeur doctrinale très diverse. Une simple "déclaration" n'a pas la valeur d'une constitution dogmatique.
images/icones/carnet.gif  ( 969957 )Très clairement exposé par Roger (2023-09-17 08:01:00) 
[en réponse à 969923]

Merci Signo
images/icones/nounours.gif  ( 969970 )Eclaircissements orientés par Jean-Paul PARFU (2023-09-17 16:44:41) 
[en réponse à 969957]

1) "Dominus Iesus" en l'An 2000, a été nécessaire à cause des ambiguïtés et même des erreurs de "Lumen Gentium". "Dominus Iesus" ne vient pas faire comprendre "Lumen Gentium". "Dominus Iesus" vient corriger "Lumen Gentium", suite à la confusion créée par ce texte ;

2) L'affirmation selon laquelle le but de l'Eglise serait "l'unité du genre humain", peut être interprétée de différentes façons. Mais il se trouve que nous voyons aujourd'hui comment le pape actuel comprend cette expression. C'est un fait que l'Eglise est devenue une ONG bien-pensante dont l'horizon ultime est la Terre-mère !

3) L'affirmation selon laquelle il y aurait "un sacerdoce commun des fidèles" est très proche des affirmations du Protestantisme.

Si tout le monde est prêtre, plus personne en effet n'est prêtre ; en tout cas il n'y a alors plus de prêtres et de sacerdoce au sens où l'entend l'Eglise catholique ; il n'y a donc plus de saint sacrifice de la messe, mais il y a au mieux "l'assemblée qui fait Eglise" autour du mémorial de l'eucharistie qui devient un symbole, du pain que l'on partage.

Dès lors, il n'y a plus, non plus, d'Eglise hiérarchique visible avec le pape à sa tête et des ministres ordonnés, mais une simple Eglise spirituelle dans le coeur des fidèles.

4) L'affirmation selon laquelle l'Eglise serait un sacrement est une régression si elle provient de l'Orient chrétien imprécis sur la définition des sacrements.
images/icones/carnet.gif  ( 970020 )Réponse par Signo (2023-09-18 22:19:58) 
[en réponse à 969970]

1) Dominus Iesus n'a pas été rendu nécessaire "par les erreurs de Lumen Gentium" (soi-disantes erreurs que personne n'est capable de démontrer, citations du texte à l'appui, alors que j'ai démontré avec précision, en m'appuyant sur le texte réel et non sur des extrapolations imaginaires, la parfaite orthodoxie du texte), mais par les idées hétérodoxes et le relativisme général qui se répandait dans l'Eglise suite au Concile (mais pour des raisons bien distinctes du Concile lui-même).

Benoit XVI dénonçait vivement le relativisme qui régnait dans l'Eglise et adhérait totalement à Vatican II, ce qui est parfaitement cohérent quand on prend en compte le Concile réel et non un concile imaginaire. Je mets au défi quiconque de me démontrer le contraire.

2) Non, l'affirmation sur "l'unité du genre humain" ne peut pas être interprétée de plusieurs façons. Il n'y a qu'une interprétation valable, celle que donne le Concile lui-même, que je vous remets sous les yeux pour que le débat soit définitivement clos sur ce point:

Le Père éternel par la disposition absolument libre et mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté a créé l’univers ; il a voulu élever les hommes à la participation de la vie divine ; devenus pécheurs en Adam, il ne les a pas abandonnés, leur apportant sans cesse les secours salutaires, en considération du Christ rédempteur, « qui est l’image du Dieu invisible, premier-né de toute la création » (Col 1, 15). Tous ceux qu’il a choisis, le Père, avant tous les siècles, les « a distingués et prédestinés à reproduire l’image de son Fils qui devient ainsi l’aîné d’une multitude de frères » (Rm 8, 29). Et tous ceux qui croient au Christ, il a voulu les convoquer dans la sainte Église qui, annoncée en figure dès l’origine du monde, merveilleusement préparée dans l’histoire du peuple d’Israël et de l’ancienne Alliance [1], établie enfin dans ces temps qui sont les derniers, s’est manifestée grâce à l’effusion de l’Esprit Saint et, au terme des siècles, se consommera dans la gloire. Alors, comme on peut le lire dans les saints Pères, tous les justes depuis Adam, « depuis Abel le juste jusqu’au dernier élu [2] » se trouveront rassemblés auprès du Père dans l’Église universelle.



Voilà ce que dit le Concile: il s'agit d'une perspective purement théologique. Tout autre interprétation ne saurait être attribuée à Vatican II. Il serait peut-être temps, une fois pour toutes, que les uns et les autres cessent de faire référence à un "Vatican II" imaginaire, comme si les Pères conciliaires n'avaient laissé aucun écrit et que l'on pouvait tout leur attribuer, y compris le contraire de ce qu'ils ont enseigné réellement.

3) Vos affirmations ne tiennent aucun compte des éléments factuels que j'ai rappelé concernant le sacerdoce baptismal dans la Tradition catholique; elles ne tiennent compte ni des affirmations explicites de la Sainte Ecriture, ni des écrits non moins explicites des saints Pères (notamment S. Léon le Grand, qui est sans doute protestant à vos yeux), ni des enseignements de Pie XII. Partant de là, je ne peux plus rien pour vous.

Par ailleurs vous osez écrire, sans rire, "qu'il n'y a plus, non plus, d'Eglise hiérarchique visible avec le pape à sa tête et des ministres ordonnés", bien que le chapitre III de Lumen Gentium contienne pas loin de 12 paragraphes extrêmement détaillés précisant la doctrine catholique relative à la hiérarchie ministérielle.

Toutes ces contradictions, ces extrapolations imaginaires sur un "Vatican II" qui n'existe nulle part ailleurs que dans votre imagination (et dans celle de vos confrères progressistes qui eux non plus ne se privent pas d'attribuer à Vatican II des idées parfois diamétralement contraires à ce qu'enseigne réellement le Concile) m'amènent à la conclusion suivante.

L'intégrisme est, tout comme son frère jumeau le progressisme, une idéologie (c'est à dire un système artificiel d'idées purement humaines qui fonctionne en vase clos et qui ne tient absolument pas compte des faits) dont l'axe essentiel, la caractéristique fondamentale, est, non pas l'adhésion à la plénitude de la vérité révélée par le Christ, mais l'opposition au Protestantisme. Pour l'intégriste, le Christ n'est pas venu apporter à l'homme la divine; il est venu fonder une religion essentiellement antiprotestante. Dès lors, c'est une opposition pathologique au protestantisme, et non l'adhésion à la vérité totale, qui est le critère ultime. Cette vision l'amène à passer sous le boisseau des pans entiers et essentiels de la vérité révélée: les protestants valorisent la Sainte Ecriture? Il faut donc absolument reléguer les textes bibliques au second plan, ou les cantonner à un rôle purement décoratif. Les protestants parlent du sacerdoce commun des fidèles? Il faut donc reléguer cette notion théologique essentiel aux oubliettes, voire la nier totalement; peu importe, en définitive, qu'elle soit vraie ou pas; on a vu que la vérité n'intéresse pas l'intégriste (pas plus que le progressiste d'ailleurs). Ce qu'il faut, c'est s'opposer à n'importe quel prix au protestantisme...

Vous êtes libre, si vous le désirez, d'adhérer à la RAP (religion antiprotestante, autre nom du «catholicisme», mot apparu au XVIIe siècle, à bien distinguer de l'Eglise catholique et apostolique, qui est tout autre chose), qui n'est que le reflet fidèle, mais inversé, de la RPR (Religion Prétendue Réformée). Je respecte les choix de chacun. En ce qui me concerne, j'ai toujours préféré adhérer, autant qu'il est humainement possible, à la vérité dans sa plénitude, telle qu'elle est révélée par le Christ, et telle qu'elle s'exprime dans l'Ecriture et la Tradition immémoriale de l'Eglise.
images/icones/carnet.gif  ( 970041 )Hmmmm par Meneau (2023-09-19 21:13:33) 
[en réponse à 970020]

Vous semblez croire qu'on ne lit pas les pères conciliaires dans la Tradition. D'abord, Mgr Lefebvre était l'un des pères conciliaires, que vous le vouliez ou non. Mais on peut citer d'autres personnes, pères ou periti, à commencer par J.Ratzinger.

Définition de l'Eglise comme peuple de Dieu plutôt que comme corps mystique du Christ

Nous nous demandâmes si l'image du Corps mystique ne constituait pas un point de départ par trop restreint pour la définition des formes multiples d'appartenance à l'Église, désormais présentes dans les méandres compliqués de l'histoire de l'humanité. L'image du Corps n'offre qu'une seule forme de représentation de l'appartenance, celle de "membre". Ou l'on est membre ou on ne l'est pas, il n'y a pas de moyen terme. Mais, pouvait-on se demander, le point de départ de cette image ne serait-il pas précisément un peu trop étroit puisqu'il existe à l'évidence des degrés intermédiaires dans la réalité ? On trouva alors le concept de "peuple de Dieu", qui, de ce point de vue, est beaucoup plus ample et souple. La constitution Lumen Gentium l'a précisément fait sien dans cette acception quand elle décrit le rapport des chrétiens non catholiques avec l'Église catholique par le concept de "connexion" (coniunctio) et celui des non-chrétiens par la notion d'"ordination" (ordinatio) ; dans les deux cas, on s'appuie sur l'idée de peuple de Dieu (nn.15 et 16).

J.Ratzinger : Église, oecuménisme et politique, Fayard 1987

Remplacement de la note d'unité (de Foi, de sacrements et de hiérarchie) par la "croyance"

L'unité universelle fondée sur l'événement de la création et de la rédemption ne peut pas ne pas laisser une trace dans la vie réelle des hommes, même de ceux qui appartiennent à des religions différentes. C'est pourquoi le Concile a invité l'Église à respecter les semences du Verbe présentes dans ces religions (Ad gentes, 11) et il affirme que tous ceux qui n'ont pas encore reçu l'Évangile sont "ordonnés" à l'unité suprême de l'unique peuple de Dieu, à laquelle appartiennent déjà par la grâce de Dieu et par le don de la foi et du baptême tous les chrétiens avec qui les catholiques "qui conservent l'unité de la communion sous le Successeur de Pierre" savent qu'ils "sont unis pour de multiples raisons" (cf.Lumen gentium, 15).

Jean-Paul II aux cardinaux, 22/12/1986

Remplacement de la note d'apostolicité par la note "conciliaire". Pas de citation ici, mais vous en trouverez pléthore : ce qui est important, c'est maintenant l'adhésion à l'église conciliaire (cf Mgr Bellini à Mgr Lefebvre)

Remplacement de la note de sainteté par "l'humanisme"

L'humanisme laïque et profane enfin est apparu dans sa terrible stature et a, en un certain sens, défié le Concile.
La religion du dieu qui s'est fait homme s'est rencontrée avec la religion (car c'en est une) de l'homme qui se fait Dieu.
Qu'est-il arrivé? Un choc, une lutte, un anathème ? Cela pouvait arriver ; mais cela n'a pas eu lieu. La vieille histoire du Samaritain a été le modèle de la spiritualité du Concile. Une sympathie sans bornes l'a envahi tout entier. La découverte des besoins humains (et ils sont d'autant plus grands que le fils de la terre se fait plus grand) a absorbé l'attention de notre Synode.
Reconnaissez-lui au moins ce mérite, vous humanistes modernes, qui renoncez à la transcendance des choses suprêmes, et sachez reconnaître notre nouvel humanisme : nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l'homme

Paul VI, Discourd de clôture du Concile

Il n'y a peut-être pas d'erreur (au sens hérésie) dans Lumen Gentium, mais des portes ouvertes aux hérésies du fait des imprécisions (entre autres celle qui a nécessité Dominus Jesus) et autre définitions floues. Voir par exemple le glissement opéré entre Lumen Gentium "les musulmans professent avoir la foi d'Abraham" vers le CEC citant prétendument LG : "les musulmans professent la foi d'Abraham"

Quant à la collégialité épiscopale à laquelle vous faites référence par ailleurs, force est de constater que même les papes (pourtant interpètes autorisés de LG non ?) l'entendent dans un sens douteux.

Cordialement
Meneau














images/icones/1e.gif  ( 970042 )huhu par Lycobates (2023-09-19 21:29:24) 
[en réponse à 970041]


les papes (pourtant interpètes autorisés ...)



Vous avez raison sur le fond, comme souvent, cher Meneau, mais ces Messieurs (vous leur faites beaucoup d'honneur en leur donnant du pape) auraient dû lire le De arte honeste petandi in Concilio Oecumenico, préservé en manuscrit dans l'Enfer de la bibliothèque de Saint-Victor.
Cela nous aurait épargné pas mal de mauvaises odeurs dans le Bar Jona et ailleurs.
Ne croyez-vous pas ?
images/icones/carnet.gif  ( 970044 )Faites-vous allusion par AVV-VVK (2023-09-19 21:47:51) 
[en réponse à 970042]

à ceci ?
images/icones/fleche2.gif  ( 970047 )Eléments de réponse par Signo (2023-09-19 22:19:02) 
[en réponse à 970041]

1. Concernant votre premier point, vous affirmez que Vatican II a remplacé la définition de l'Eglise comme "Corps mystique" par celle de "peuple de Dieu". Or, cela est faux, et d'ailleurs ce n'est pas ce que dit Ratzinger. Ratzinger ne dit pas qu'il faut éliminer l'une pour adopter l'autre, il dit que l'expression Corps ne peut pas suffire pour définir le mystère profond de l'Eglise (et de fait, quel mot humain serait suffisant pour dire tout de la profondeur des mystères chrétiens?), et que donc il faut ajouter l'expression de peuple de Dieu (les deux expressions sont bibliques donc légitimes). Et de fait, il suffit de relire le paragraphe 7 du premier chapitre de Lumen Gentium pour s'apercevoir que le Concile utilise abondamment l'expression Corps mystique et que cette formulation est loin d'avoir été abandonnée, bien au contraire!

2. Concernant votre deuxième point, votre titre est trompeur: en aucun cas Jean-Paul II ne "remplace" l'unité catholique par la croyance. Tout ce qui est dit par le pape dans cet extrait est strictement orthodoxe et traditionnel: l'expression "semences du Verbe" à propos des païens est patristique (S. Justin Martyr, IIe siècle); Quand à la phrase sur les chrétiens non-catholiques, elle ne fait que tirer les conclusions du fait que l'Eglise a toujours admis la pleine validité du sacrement du baptême même chez les hérétiques. Par ailleurs je ne peux que vous inviter à relire le paragraphe 837 du Catéchisme de S. Jean-Paul II qui enseigne:

Sont incorporés pleinement à la société qu’est l’Église ceux qui, ayant l’Esprit du Christ, acceptent intégralement son organisation et tous les moyens de salut institués en elle, et qui, en outre, grâce aux liens constitués par la profession de foi, les sacrements, le gouvernement ecclésiastique et la communion, sont unis, dans l’ensemble visible de l’Église, avec le Christ qui la dirige par le Souverain Pontife et les évêques. L’incorporation à l’Église, cependant, n’assure pas le salut pour celui qui, faute de persévérer dans la charité, reste bien ‘de corps’ au sein de l’Église, mais non ‘de cœur’ "(LG 14).



Je ne comprends pas votre 3e point et j'aimerais bien que vous m'indiquiez le paragraphe de Vatican II ou du CEC en vigueur (car c'est de cela qu'il s'agit ici, et non de telle ou telle déclaration délirante du pape ou d'un prélat quelconque) qui remplace l'apostolicité de l'Eglise par "la note conciliaire".

Concernant votre 4e point:
Primo, le sujet du débat ici est Vatican II et en particulier Lumen Gentium, je n'ai pas pour objectif de commenter toutes les déclarations pontificales depuis 60 ans;

Secundo, cette déclaration de Paul VI, qui peut à la première lecture sembler plus qu’ambiguë (personnellement je ne la cautionne pas), ne doit pas être sortie de son contexte et surinterprétée. Elle doit être replacée dans le contexte de l'époque dans laquelle l'Eglise a tenté un rapprochement avec le monde contemporain et ses préoccupations. Paul VI ne dit pas ici qu'il entend que l'Eglise change de religion et adopte le "culte de l'homme" au sens où l'entend le monde (il suffit de relire son magnifique Credo du Peuple de Dieu pour s'apercevoir que Paul VI, malgré bien des faiblesses, des contradictions et des ambiguïtés, a confessé la foi catholique dans toute sa pureté et son intégrité).
Ce que Paul VI a voulu faire à travers cette déclaration, c'est interpeller le monde moderne positivement, en lui indiquant qu'il ne trouvera l'accomplissement de ses aspirations que dans la doctrine chrétienne («La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant», comme le disait déjà S. Irénée de Lyon au IIe siècle). Il emploie pour cela la même méthode positive que celle employée par S. Paul à l'Aréopage, à propos du Dieu inconnu (Actes 17, 22-23). Avec le même résultat plus que mitigé...
Phrase naïve et ambiguë certes, mais sincère, et en tout cas qui ne saurait être sortie de son contexte pour prêter à Paul VI une intention de changer la foi, intention qui n'a jamais été la sienne.

Je précise que mon intention ici est de chercher la vérité et non de défendre à tout prix tout ce qui se dit et se fait dans l'Eglise depuis 60 ans (j'aurais même tendance à condamner dans son ensemble presque tout ce qui se fait et se dit dans l'Eglise depuis 60 ans, à l'exception du CEC). Si Vatican II était hérétique ou même simplement hétérodoxe (et cela dans l'absolu n'aurait pas été impossible), je n'aurai eu aucune hésitation à l'admettre. Mais je suis bien obligé de constater, à la lecture des textes, que ce n'est pas le cas. Dès lors, Vatican II étant un Concile oecuménique pleinement approuvé par le pape, il n'y a aucune raison de ne pas en recevoir les enseignements essentiels.
images/icones/bravo.gif  ( 970063 )Merci Meneau par Jean-Paul PARFU (2023-09-20 10:27:39) 
[en réponse à 970041]

Pour ce post !
images/icones/fleche3.gif  ( 970023 )J'ai oublié le point 4) par Signo (2023-09-18 22:48:20) 
[en réponse à 969970]

L'affirmation selon laquelle l'Eglise serait un sacrement est une régression si elle provient de l'Orient chrétien imprécis sur la définition des sacrements, écrivez-vous.

Intéressant de voir le mépris sous-jacent pour les Eglises orientales et le complexe de supériorité typiquement latin. Pour vous, le rationalisme théologique desséché du catholicisme occidental semble être un lumineux progrès par rapport aux respect oriental pour le mystère...

Il me semblait pourtant que la situation actuelle de l'Eglise latine, totalement vermoulue et corrompue jusqu'à la moelle par le moderno-progressisme rampant, en état de décadence morale, spirituelle et liturgique totale, était de nature à vous faire réfléchir et à adopter, vis-à-vis de nos frères des Eglises orientales, une attitude davantage marquée par l'humilité. Je vois qu'il n'en est rien.

C'est bien dommage, à l'heure ou le témoignage lumineux de ces Eglises à la tradition théologique si différente, et en même temps si proche, pourrait nous être d'une aide précieuse dans la lutte contre les délires du néo-catholicisme pseudo-synodal...