Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=968560
images/icones/carnet.gif  ( 968560 )Une "Messe luthérienne" traditionnelle par AVV-VVK (2023-08-08 20:01:23) 

Ce qui prouve la valeur de l' orientation de l' autel. Qu' en pensent les liturgistes (e.a. ) ?
Ici

images/icones/carnet.gif  ( 968564 )Des avancées possibles vers le catholicisme ... de luthériens non bugniniens par Abbé Claude Barthe (2023-08-08 21:03:02) 
[en réponse à 968560]

Il existe en effet un luthéranisme Haute Eglise, qui a non seulement conservé l'autel face au Seigneur, mais qui cultive aussi le chant grégorien. Vois : Henri Courivaud, "Le chant grégorien est-il oecuménique? Discussion à l’Ab baye de Moissac, septembre 2003", in Catholica, n°82, hiver 2003-04 :
"Nous publions ici l'enregistrement d’une discussion qui s’est tenue à l’abbaye de Moissac en septembre dernier, sous la conduite d’Henri Courivaud et de Claude Barthe. Y participaient Bernhard Groebler, directeur du Liturgischer Singkreis Jena, Gottfried Schumann, Torsten Woitkowitz, Rheinard Mueller, membres de ce groupe, d’une part, et d’autre part, Marcel Pérès, directeur de l’ensemble Organum. Nous avions déjà évoqué, dans « Des luthériens au secours de la liturgie » (Henri Courivaud, Catholica n. 70, hiver 2000-01, pp. 44-47), l’existence et les activités du Liturgischer Singkreis Jena (Cercle liturgique d’Iéna), en Thuringe. Il nous semble, important de s’intéresser à un certain nombre de courants qui traversent aujourd’hui le protestantisme. Ainsi avons-nous publié des textes et entretiens de Catherine Pickstock, chercheur à l’Emmanuel Collège de Cambridge, dont les travaux philosophiques constituent une remise en cause de l’esprit qui a présidé à la réforme liturgique de Vatican II d’autant plus significative qu’elle est elle-même anglicane. Au sein du luthéranisme, un autre mouvement qui n’est pas sans rappeler le Mouvement d’Oxford au siècle dernier dans l’anglicanisme, et qui a des analogies avec le Mouvement liturgique catholique, s’est amplifié dans les années trente en s’appuyant sur les travaux de Solesmes en redécouvrant la liturgie latine et le chant grégorien. Le Liturgischer Singkreis Jena s’inscrit aujourd’hui dans cette mouvance, dans un contexte protestant analogue à celui du catholicisme postconciliaire.
[...]
BERNHARD GROEBLER – A la fin du XIXe siècle, se rencontrèrent – et ce fut le début d’une sorte de réaction – Friedrich Spitta et Julius Smend tous deux théologiens de Strasbourg, bénéficiant d’un appui théologique important de la part de Friedrich Schleiermacher, théologien important à cette époque. Ce sont les débuts du mouvement liturgique qui préconise que le service du dimanche (« Gottesdienst ») redevienne à nouveau solennel et élaboré (« kunstwerk »), en faisant disparaître les influences des Lumières, de telle sorte que l’office du dimanche soit une « œuvre » liturgique globale, en conviant tous les arts dans la liturgie. La présence du salut se trouve dans la liturgie. Le mouvement liturgique réfléchit également sur la relation à établir entre le peuple réuni et l’Eglise dans toutes les étapes importantes de la vie – le baptême, les funérailles…– et voulait qu’il y ait sur ce point une insistance liturgique.
Après la Première Guerre mondiale, une nouvelle vague du mouvement liturgique se dessina avec des signes précurseurs quelque peu modifiés. En Allemagne, cette vague est essentiellement liée à trois associations dont l’effet se prolonge encore de nos jours : le mouvement de la Haute Eglise, le mouvement de Berneuchen et le travail hymnologique d’Alpirsbach. Elles ont en commun la récupération de la Messe complète et des Heures, pour lesquelles elles se sont appuyées partiellement sur les recherches de Solesmes. Elles ont, pour l’essentiel, approuvé la structure des livres liturgiques actuels de l’Eglise Evangélique allemande. Au XXe siècle, parallèlement à ce mouvement liturgique esquissé, sont apparus une série d’ordres évangéliques selon la Règle bénédictine avec, en partie, un nombre important d’adhérents. Bien entendu, ces ordres célèbrent la liturgie complète de l’Eglise, toutefois en langue allemande."

images/icones/bravo.gif  ( 968569 )Merci par Luc de Montalte (2023-08-08 21:48:39) 
[en réponse à 968564]

Très intéressant !

Y a-t-il des vélléités de retour au catholicisme de ces luthériens conservateurs face à la décrépitude de leur Église ? Le seul exemple de protestant converti au XXe (hors anglicans) qui me vient est celui de Julien Green mais je ne pense pas qu'il rentre dans ce cadre.
images/icones/iphone.jpg  ( 968603 )L’abbé par Vincent F (2023-08-09 10:42:01) 
[en réponse à 968569]

Viot peut-être.
images/icones/carnet.gif  ( 968638 )en effet la question du traditionalisme liturgique catholique doit aussi se lire dans les Églises chrétiennes en général par Luc Perrin (2023-08-10 13:04:02) 
[en réponse à 968564]

Pour les luthériens, il y a des groupes "tradis" au plan liturgique en Suède aussi où la protestantisation a été très lente au cours du XVIe siècle quasiment tout le siècle. Aux États-Unis bien sûr.
La "messe" - n'étant pas un sacrifice propitiatoire c'est bien une Sainte Cène protestante au plan doctrinal [que le Saint-Père me pardonne d'user d'un mot qu'il maudit] - de Luther de 1525 est très proche du futur missel de saint Pie V et des usages liturgiques catholiques. On ajoute l'utraquisme et la langue dite "vernaculaire" (l'allemand de Luther est une langue savante en fait que personne ne parle au XVIe) mais la structure est la même que la messe, la vraie catholique.

Luther avait indiqué dans un écrit qu'il n'était pas hostile par principe au latin, toutes les langues lui semblaient bonnes pour la louange de Dieu, et au grégorien : il encourageait toutefois la création en langue allemande de nouvelles pièces musicales. Sans rien exclure. Luther était en cela, en cela seulement, un plus fin liturge que le cardinal Roche et son école d'uniformisation planétaire.

Mais le phénomène déborde amplement le luthéranisme : il y a un courant fort au sein de l'anglicanisme, c'est connu.
La "mens" traditionnelle s'insinue partout dans quasiment toutes les Églises chrétiennes y compris sur là où on ne s'y attend pas : le port de la robe pastorale noire, chez les réformés français pourtant très sécularisés, est source de conflit. J'avais pu constater lors d'un colloque qu'au sein des adventistes du 7e jour, il y avait aussi un clivage : certains s'agenouillent lors de l'office, très dépouillé pourtant, en signe de pénitence, d'autres restent debout.
Une étude rapide montrera des phénomènes similaires dans le judaïsme, l'islam, le bouddhisme ...

Le traditionalisme liturgique appartient, à mon sens, à l'anthropologie : le rapport de l'homme au sacré ou d'un côté, la vision totalement désacralisée de l'Occident, de l'autre l'approche traditionnelle dans chaque Église et religion.

ps. avant l'abbé Viot, le Père Louis Bouyer or était passé du calvinisme ordinaire de sa famille à la Haute Église d'abord anglicane, influence maternelle, puis ... luthérienne à Strasbourg où il avait fait une partie de ses études en Faculté de théologie protestante. Il avait une paroisse de prédilection : Saint-Pierre le Jeune protestant qui est la paroisse luthérienne Haute Église de la ville.
Pour les Anglicans, ceux qui ont retrouvé la pleine communion dans les Ordinariats catho-anglicans créés par Benoît XVI (3 dans le monde) sont un exemple vivant.
images/icones/bible.gif  ( 968793 )Je ne me dirai pas liturgiste mais c'est une passion par Jerailu (2023-08-15 11:26:06) 
[en réponse à 968560]

cela ne me choque pas, comme les autres intervenants l'ont remarqués certains luthériens, anglicans et évangéliques recherchent un culte traditionnel soit parce qu'ils réalisent dans leur recherche de la Vérité que l'Église primitive avait ce même genre de pratiques -et dans ce cas je crois qu'il y'a un terreau de conversion même si sa sainteté ne facilite pas le travail- soit par esthétisme.

On me rétorquera que dans l'Église ces deux groupes existent et même le troisième groupe et c'est vrai mais à la différence des protestants, en principe et donc c'est l'option par défaut, même la plus horrible des messes au mauvais goût infâme est un Sacrifice et pas n'importe lequel. Ainsi j'espère que nos esthètes préféreront assister à la messe des JMJ et ses scandaleux bols ikea ou du «père Matthieu» qu'à la plus belle des grand'messes de Berlin ! De plus même nos «low church» doivent avoir une vie liturgique, c'est un besoin ancré dans le catholicisme à un tel point que même les modernistes ne peuvent pas s'en passer. Ils peuvent déformer les textes comme cela se fait -illicitement- souvent dans l'Ordinaire du NOM mais ils ne peuvent pas se passer de la liturgie. Un luthérien,un évangélique ou un anglican si.

In Christo,
Jerailu.