"Humani Generis a été publiée en 1950. L'année 1965 marque la clôture du Concile Vatican II, qui remet en cause les points fondamentaux réaffirmés par le Pape Pacelli. Jamais une encyclique dogmatique n'avait été aussi rapidement et aussi complètement désavouée par les hommes mêmes qui en avaient fait l'objet. Comment est-il possible que la nouvelle théologie, censurée si solennellement et si définitivement par Pie XII, en parfait accord avec Pascendi de saint Pie X, soit devenue la théologie officielle de Vatican II et de l'Église postconciliaire ?
"Les messages de la Sainte Vierge à la petite Lucie de Fatima m'inquiètent. Cette persistance de Marie sur les dangers qui menacent l'Église est une mise en garde divine contre le suicide de l'altération de la foi, dans sa liturgie, sa théologie et son âme... J'entends autour de moi des novateurs qui veulent démanteler la chapelle sacrée, détruire la flamme universelle de l'Église, rejeter ses ornements et lui donner le remords de son passé historique."
"Aussi, après avoir mûrement pesé et considéré la chose devant Dieu, pour ne pas manquer à Notre devoir sacré, Nous enjoignons aux Evêques et aux Supérieurs de familles religieuses, leur en faisant une très grave obligation de conscience, de veiller avec le plus grand soin à ce que ces opinions ne soient pas exposées dans les écoles, dans les réunions, dans n'importe quels écrits, et qu'elles ne soient pas enseignées on quelque manière que ce soit aux clercs et aux fidèles. Que ceux qui sont professeurs d'instituts ecclésiastiques sachent qu'ils ne peuvent exercer on toute tranquillité de conscience la charge d'enseigner qui leur est confiée, s'ils n'acceptent pas religieusement les normes doctrinales que Nous avons édictées"
."L'Église s'est toujours opposée à ces erreurs. Elle les a souvent condamnées avec la plus grande sévérité. Aujourd'hui, cependant, l'épouse du Christ préfère utiliser le remède de la miséricorde plutôt que celui de la sévérité. Elle considère qu'elle répond aux besoins du temps présent par la démonstration de la validité de son enseignement plutôt que par des condamnations. Non pas, certes, qu'il manque d'enseignements fallacieux, d'opinions et de concepts dangereux dont il faut se prémunir et qu'il faut dissiper."
"Les ingénieurs de Vatican II étaient Karl Rahner, Edward Schillebeeckx, Hans Küng, Henri de Lubac et Yves Congar. Ces cinq hommes étaient soupçonnés de modernisme sous Pie XII".
"Une galaxie d'érudits catholiques et d'experts en théologie, rarement réunie en une seule fois, s'est rassemblée ici pour le Concile Vatican II. Ces hommes représentent toutes les nuances d'opinion. Contrairement aux opinions exprimées par les sceptiques, ils sont loin d'être des "bénis-oui-oui" ou des "estampilleurs"... Les hommes cités servent soit en tant qu'"experts" officiels du concile ainsi nommé par le pape, soit à d'autres postes conciliaires, soit en tant que conseillers personnels d'évêques individuels. Parmi les théologiens les plus connus au niveau international figurent les pères Yves Congar, O.P., de Strasbourg ; Jean Danielou, S.J., de Paris ; Henri de Lubac, S.J., de Lyon, France ; Karl Rahner, S.J., et Josef Jungmann, S.J., d'Innsbruck, Autriche ; Mgr. Romano Guardini et Michael Schmaus de Munich ; les pères Karl Adam et Hans Kung de Tuebingen, Allemagne ; Otto Karrer de Lucerne, Suisse ; et Reginald M. Garrigou-Lagrange, O.P., de l'Angelicum, Rome".
"En ce qui concerne la théologie, le propos de certains est d'affaiblir le plus possible la signification des dogmes et de libérer le dogme de la formulation en usage dans l'Église depuis si longtemps et des notions philosophiques en vigueur chez les Docteurs catholiques, pour faire retour, dans l'exposition de la doctrine catholique, à la façon de s'exprimer de la Sainte Écriture et des Pères. Ils nourrissent l'espoir que le dogme, ainsi débarrassé de ses éléments qu'ils nous disent extrinsèques à la révélation, pourra être comparé, avec fruit, aux opinions dogmatiques de ceux qui sont séparés de l'unité de l’Église : on parviendrait alors à assimiler au dogme catholique tout ce qui plaît aux dissidents. Bien plus, lorsque la doctrine catholique aura été réduite à un pareil état, la voie sera ouverte, pensent-ils, pour donner satisfaction aux besoins du jour […] ce n’est pas seulement pécher par imprudence grave, mais c'est faire du dogme lui-même quelque chose comme un roseau agité par le vent."
"L'esprit chrétien, catholique et apostolique du monde entier attend un pas en avant vers une percée doctrinale et une formation des consciences en conformité fidèle et parfaite avec la doctrine authentique qui, cependant, doit être étudiée et exposée à travers les méthodes de la recherche et les formes littéraires de la pensée moderne. La substance de l'antique doctrine du dépôt de la foi est une chose, la manière de la présenter en est une autre. Et c'est cette dernière qu'il faut prendre en grande considération, avec patience s'il le faut, tout étant mesuré dans les formes et les proportions d'un magistère dont le caractère pastoral est prédominant".
"La voici [La proposition] : chaque commission proposerait deux documents, l’un plus dogmatique, à l’usage des théologiens ; l’autre, plus pastoral, à l’usage des autres gens, soit catholiques, soit non-catholiques, soit infidèles."
"L'ambiguïté de ce Concile apparut dès les premières séances. [Ma proposition] serait l’occasion de mieux déterminer le caractère pastoral du Concile. Elle fut l’objet de violentes oppositions : « Le Concile n’est pas un Concile dogmatique, mais pastoral ; nous ne voulons pas définir de nouveaux dogmes, mais exposer la vérité pastoralement. ". Les libéraux et les progressistes aiment vivre dans un climat d'ambiguïté. Clarifier la finalité du Concile les agaçait souverainement."
"La conclusion est inéluctable, surtout à la lumière de la tourmente généralisée que l'Église a connue depuis le Concile Vatican II. Cet événement destructeur pour l'Église catholique et pour toute la civilisation chrétienne n'a pas été dirigé ni conduit par le Saint-Esprit".
"Il m'était impossible de penser qu'un concile ou un pape puisse se tromper. Implicitement, je considérais chaque parole du Concile et du pape comme infaillible, ou du moins sans erreur… C'était pour moi une sorte d'"infaillibilisation" inconsciente et totale du Concile - inconsciemment, pas au niveau théorique - et de toutes les déclarations des papes. J'étais mal à l'aise lorsqu'il y avait des critiques, et je n'aimais pas suivre ou étudier les critiques parce que j'avais peur d'aller dans une direction qui serait infidèle à l'Église et à ma dévotion au pape. Instinctivement, j'ai refoulé tout argument raisonnable qui aurait pu, ne serait-ce qu'un tant soit peu, être une critique des textes du Concile. Aujourd'hui, je me rends compte que j'ai "éteint" ma raison. Or, une telle attitude n'est pas saine et contredit la tradition de l'Église, telle que nous l'observons chez les Pères, les Docteurs et les grands théologiens de l'Église depuis deux mille ans".
4 décembre 1968 : LA PRESENTATION DE LA DOCTRINE AU MONDE MODERNE NE DOIT NI ALTERER SON INTEGRITE NI FAUSSER LA RIGUEUR DES TERMES
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Chers Fils et Filles,
Quand Nous vous parlons, quand le devoir de Notre ministère Nous oblige à exprimer ce que Nous croyons vrai et nécessaire au salut (« malheur à moi si je n'annonce pas l'Evangile » ! dit S. Paul : 1Co 9,16), quand un témoignage intérieur Nous donne la certitude merveilleuse de notre foi (cf. Rm 8,16), une grande frayeur spirituelle Nous envahit, que seuls le devoir et l'amour de Notre tâche Nous font surmonter; c'est de ne pas savoir parler, de ne pas savoir dire ce que Nous voudrions et ce que Nous devrions ; les cris du prophète Jérémie Nous viennent toujours à l'esprit : « Ah ! Ah ! Seigneur Dieu, moi non plus je ne sais pas parler » (Jr 1,6) et cela non seulement à cause de Notre incapacité, mais encore pour deux autres raisons : d'abord à cause de la grandeur, de la profondeur, de l'ineffabilité de ce que Nous devrions dire ; et ensuite en raison du doute de savoir si celui qui Nous écoute peut comprendre ce que Nous disons.
Nécessité d'une présentation compréhensive du Message
Cette dernière difficulté, celle de se faire comprendre, devient à notre époque, pour ceux qui ont la mission d'annoncer la doctrine de la foi, toujours plus grande, toujours plus ardue, toujours plus problématique. Comment traduire en paroles compréhensibles les vérités religieuses ? Comment conserver au dogme chrétien son intangible orthodoxie et le revêtir d'un langage accessible aux hommes de ce temps ? Comment maintenir jalousement l'authenticité du message du salut, et en même temps comment faire pour qu'il soit accueilli par la mentalité moderne ? Vous savez comment cette difficulté pédagogique crée aujourd'hui des problèmes formidables au magistère de l'Eglise et comment il incite certains enseignants de religion et de nombreux journalistes (dont l'art est de rendre tout compréhensible, même facile et frappant) à faire un effort pour exprimer clairement, heureusement, la vérité religieuse de manière que tous puissent l'accueillir et d'une certaine manière la comprendre. Cet effort est louable, il est méritoire; il détermine et caractérise l'annonce du message révélé, c'est-à-dire la proclamation, l'enseignement, l'apologétique, la réflexion théologique. Si le contact entre Dieu et l'homme arrive normalement par la parole, et non seulement par les faits, les signes, les charismes (cf. 1Co 2,5), il faut que la parole soit en quelque manière compréhensible, qu'elle conserve sa profondeur transcendante, mais qu'à travers l'analogie des termes qui l'expriment, elle puisse être acceptée, comprise, réduite au niveau de celui qui l'écoute (rappelons-nous la sentence scolastique : quidquid recipitur per modum recipientis recipitur ; c'est-à-dire : ce qu'on reçoit, l'est selon la capacité du receveur). Et c'est ainsi que se justifie la pédagogie de la progressivité, de l'emploi des exemples, du langage parlé, comme aussi de l'éloquence, de la représentation figurée, appliquée à la communication, à la transmission, à la diffusion de la parole révélée.
Ecueils de l'adaptation du Message
Cet effort d'adaptation de la Parole révélée à la compréhension des auditeurs, c'est-à-dire des disciples de Dieu (cf. Jn 6,45), est exposé au danger d'aller au-delà de l'intention qui la rend louable, et au delà de la mesure qui la rend fidèle au message divin; c'est-à-dire au danger d'ambiguïté, de réticence, ou d'altération de l'intégrité d'un tel message ; quand il n'est pas parfois induit à la tentation de choisir dans le trésor des vérités révélées celles qui plaisent, délaissant les autres, ou encore à la tentation de conformer ces vérités à des conceptions arbitraires et particulières qui ne sont plus conformes au sens authentique de ces vérités elles-mêmes. Danger et tentation qui sont communes à tous, parce que tous, au contact de la Parole de Dieu, cherchent à l'adapter à leur propre mentalité, à leur propre culture, cherchent à la soumettre à cet examen libre qui enlève à la Parole même de Dieu sa signification unique et son autorité objective, et finit par priver la communauté des croyants de l'adhésion à une vérité identique, à une même foi : la « una fides » (Ep 4,5) se désintègre, et avec elle cette même communauté qui s'appelle l'Eglise unique et vraie. Il suffirait de cette observation pour être convaincu de la bonté du dessein divin qui veut protéger la parole révélée, contenue dans l'Ecriture et la Tradition apostolique, en la faisant passer par un canal, nous voulons dire un magistère visible, permanent et autorisé, pour la garder, l'interpréter, l'enseigner.
Adapter et traduire, mais sans déformer
Vous comprenez combien est grave et délicate la question de notre langage religieux (cf. Denz. Sch. DS 1500, 782 ; DS 2831, 1658 ; DS 3020, 1800 ; DS 3881, 2309 ; Jean XXIII A.A.S. 1962, 790, 792) : d'une part, il doit demeurer rigoureusement conforme à la pensée divine et à cette Parole, qui nous en a donné la nouvelle originelle. D'autre part, il doit se faire écouter et comprendre, dans la mesure du possible, de ceux à qui il est adressé. Il n'y a pas à s'étonner de ce que l'enseignement religieux apparaisse difficile, par sa nature, à cause de son contenu et de l'expression authentique qui le communique. Et il ne faut pas moins s'étonner de ce que cet effort d'adaptation dont nous avons parlé, ou encore d'aggiornamento — comme on dit aujourd'hui — puisse parfois ne réussir qu'à moitié, aussi bien par rapport à la doctrine à exposer que par rapport aux auditeurs qui devraient l'accepter. Et il ne faut pas s'étonner de ce que les formes d'étude et d'exposition théologique soient multiples : l'une peut être engagée dans la considération d'un aspect donné de la doctrine, l'autre s'adresse plutôt à un aspect authentique mais différent ; cette multiplicité même de formes est souhaitable ; elle indique la richesse de notre patrimoine doctrinal, elle indique la fécondité inépuisable des explorations exégétiques, spéculatives, historiques, littéraires, morales, bibliques, liturgiques, mystiques, etc., dont il peut être l'objet ; elle indique aussi la relative liberté d'étude et d'exposition qui permet aux savants, aux maîtres, aux artistes et aussi aux simples fidèles de puiser à la source d'eau vive de la doctrine de la foi à la mesure de notre soif.
Mais une condition est nécessaire, nous l'avons déjà dit, l'absolu respect de l'intégrité du message révélé. Sur ce point, l'Eglise catholique — vous le savez — est jalouse, est sévère, est exigeante, est catégorique. Les formules mêmes dans lesquelles la doctrine a été définie après réflexion et avec autorité ne peuvent pas être abandonnées ; à cet égard, le magistère de l'Eglise, même au prix de devoir supporter les conséquences négatives d'une présentation impopulaire de sa doctrine, ne transige pas ; il ne peut faire autrement. Jésus lui-même, du reste, a expérimenté la difficulté de son enseignement ; beaucoup de ses auditeurs ne l'ont pas compris (cf. Mt 13,13) ; à ses disciples même qui, comme tous les assistants, trouvaient dur son discours et en étaient scandalisés (Jn 6,60-62), quand il leur annonça le mystère eucharistique, Jésus n'hésita pas à formuler une demande bien douloureuse : « Voulez-vous vous aussi vous en aller ? » (ib. Jn 6,68).
C'est un problème toujours angoissant. Aujourd'hui la fonction du magistère ecclésiastique est devenue difficile et est contestée. Mais le magistère ne peut faire rien moins que son devoir et doit donner son témoignage fidèle à n'importe quel prix, quand c'est nécessaire en matière de foi et de loi divine, mais cependant il étudie d'abord et encourage ce qui peut rendre plus acceptable aux hommes de notre temps son enseignement doctrinal et pastoral.
Vous, très chers Fils, qui vous rendez certainement compte de l'épreuve à laquelle est exposée actuellement la mission d'enseignement de l'Eglise, vous voudrez la partager et la soutenir, par votre fidélité, l'appui aux études théologiques et pédagogiques sérieuses, la promotion de l'enseignement religieux authentique, la profession de votre foi chrétienne dans la prière liturgique et la vie morale, et encore par une certaine compréhension indulgente vis-à-vis de ce qui se dit ou s'écrit dans l'Eglise, souvent de façon peu satisfaisante. Nous vous faisons confiance en cela, et Nous vous en remercions avec Notre Bénédiction Apostolique.