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Bourdieu et la réforme liturgique ? par Roger (2023-05-18 07:16:26)
Il semblerait que Pierre Bourdieu ait écrit un article évoquant la réforme liturgique.
Il s'agirait de "le langage autorisé : : les conditions sociales de l’efficacité du discours rituel » publié en 1975.
Je ne parviens pas à le trouver sur le net dans une version gratuite.
Qui pourrait m'aider ? Ou même simplement me confirmer que l'auteur aborde bien la réforme de Paul VI ? Et éventuellement résumer son analyse en deux mots?
Merci d'avance

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Un commentaire par Roger (2023-05-18 08:06:58)
[en réponse à 964582]
Bourdieu illustre son article au moyen de doléances formulées par des laïcs que la nouvelle disparité liturgique désoriente [8]. En abandonnant les formes traditionnelles de célébrer au gré d’innovations personnelles, les officiants affaiblissent l’objectivité de l’institution ecclésiale, et donc, la vérité religieuse et les biens de salut qu’elle est censée transmettre. Et le sociologue d’écrire :
« l’observance rigoureuse du code de la liturgie uniforme qui régit les gestes et les paroles sacramentels constitue à la fois la manifestation et la contrepartie du contrat de délégation qui fait du prêtre le détenteur du “monopole de la manipulation des biens de salut” ; au contraire, l’abdication de tous les attributs symboliques du magistère, la soutane, le latin, les lieux et les objets consacrés, manifeste la rupture du contrat de délégation ancien qui unissait le prêtre aux fidèles par l’intermédiaire de l’Église » [9].
Loin de favoriser l’investissement escompté des laïcs dans la célébration, la valorisation de l’expérimentation liturgique souhaitée par le Concile n’a contribué qu’à vider la célébration, et, par conséquent, la représentation que le corps ecclésial se fait de lui-même, du reste d’objectivité que la sécularisation n’avait pas encore entamé. Car ce que la liturgie fournit, ce sont des catégories pour penser le rapport à Dieu, à l’Église, au monde et à soi [10]. Dépourvue des repères liturgiques traditionnels, soumise à des changements incessants peu, voire pas expliqués, où les rôles du prêtre et du laïc viennent se brouiller, la masse des fidèles ne s’est pas retrouvée dans les changements proposés, ceux-ci ne lui offrant que peu d’élément structurants – entendons des catégories mentales – pour faire collectivement sens de son expérience religieuse. Le sens s’est au contraire dilué, atomisé et privatisé selon une logique (marchande) de bricolage religieux, d’où le désintérêt à l’égard de l’institution ecclésiale et la défection de la structure paroissiale.
Source
Les communautés nouvelles : une réception de Vatican II | Cairn.info
https://www.cairn.info/revue-lumen-vitae-2007-4-page-419.htm#no7

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Merci beaucoup par Roger (2023-05-18 13:10:52)
[en réponse à 964584]
Je vais regarder cela avec intérêt car Bourdieu ne peut être accusé de vivre dans la nostalgie de l Église de Pie XII !

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Bourdieu au secours de la Tradition ? par Roger (2023-05-20 11:52:19)
[en réponse à 964582]
Merci cher Oblique de votre contribution.
N'étant pas un expert du style abscons de Bourdieu, je vous propose une analyse peut être simpliste.
La phrase clef serait celle-ci
" tous les rituels sociaux dont la magie réside non dans les discours et les contenus de conscience qui les accompagnent (dans le cas particulier les croyances et les représentations religieuses) mais dans le système des relations sociales qui sont constitutives du rituel lui-même, quile rendent possible et socialement efficient (entre autres choses dans les représentations et les croyances qu'il implique)"
En gros cela voudrait dire que la liturgie s inscrit dans une perspective sociale avec des relations inégales entre émetteurs (le clergé) et des récepteurs (les fidèles ) - relations qui passent par l'emploi d'un langage et de gestes du clergé reconnus comme légitimes par les fidèles.
De ce point de vue la réforme a détruit les formes qui donnaient au clergé sa légitimité- sans parvenir à les remplacer. Et l'absence de formes rigides débouchent sur l'absence de légitimité et d'autorité du clergé aux yeux des fidèles.