QUATRIEME CONFÉRENCE : DU LIEU DE L'IMMORTALITÉ
OU DE L'ÉTAT DES CORPS GLORIEUX APRÈS LA RÉSURRECTION
Et dixit qui sedebat in throno : Ecce novo facio omnia.
Et Il dit, Celui qui étais assis sur le trône : Voilà que Je fais toutes choses nouvelles. (Apoc. XXI, 5.)
Il n'y aura plus que la domination d'un seul Dieu s'étendant à tous, il n'y aura plus qu'une seule gloire, la gloire de Dieu, devenue le partage de tous.
De même que la vie présente est soumise à des assujettissements variés, qu'elle demande pour se soutenir des tempéraments et des conditions d'air, de vêtement et de nourriture, ainsi, dit saint Grégoire de Nysse, dans le royaume du Christ, la vision divine suppléera à ces nécessités diverses.
Les élus puiseront en elle tout ce qu'il leur sera possible d'aimer et de désirer; elle sera leur vêtement, leur aliment, leur breuvage, et s'accommodera à toutes les exigences de leur vie renouvelée (Greg. Nyss, Lib. de anima et resurr).
Heureux celui qui peut oublier un instant les sollicitudes présentes, pour tourner ses espérances vers ce séjour fortuné, et s'élever par la pensée à ces hautes sphères de la contemplation et de l'amour.
Mais, ô mon Dieu, que ces idées sont loin de la pensée de la plupart des hommes, et quel est celui qui daignera donner une faible attention au peu que nous nous sommes efforcés de balbutier ?
Le grand nombre, aveuglé par ses passions, dévoré par la fièvre de la cupidité et de l'orgueil, est à mille lieues de s'occuper de son âme et de son avenir. Enfants des hommes, jusqu'à quand aurez-vous le cœur appesanti, et demanderez-vous votre nourriture au mensonge et au néant ?...
Quand cesserez-vous de vous retracer la mort comme un épouvantail, et de la regarder comme l'abîme des
ténèbres et de la destruction ? Essayons aujourd'hui de comprendre qu'elle n'est pas l'obstacle, mais le moyen ; elle est le passage et la pâque qui mène du royaume des ombres à celui de la réalité, de la vie mobile à la vie immuable et indéfectible.
Elle est la sœur amie dont la main écartera un jour les nuages et les vains fantômes, pour nous introduire dans
le Saint des saints de la certitude et de l'incomparable beauté.
Ah ! dans ce discours il nous a peut-être été permis de pressentir et d'entrevoir ce qui se passera dans le pays de la gloire.
Quant à nous en faire une idée exacte, nous ne le pouvons pas plus que celui qui, habitant depuis le sein de sa
mère une caverne souterraine, ne pourrait se représenter la lumière d'un beau jour.
En vous retraçant le royaume du Christ, nous n'avons pu vous parler qu'en énigmes et en figures ; mais ces énigmes et ces figures sont le portrait de choses grandes et véritables, l'irréfutable et éloquent commentaire de cette parole de l'Apôtre :
«L’œil de l'homme n'a pas vu, son oreille n'a point entendu, son cœur n'a pas pressenti ce que Dieu prépare à ceux qui L'ont aimé et servi sur cette terre» (l Cor., II, 9).
Ici la parole expire. Au-delà de ce que nous avons dit, la raison est impuissante à rien concevoir. L'homme ne peut que croire, espérer, aimer et se taire. «Et celui qui était assis sur le trône me dit : Écris car ces paroles sont sûres et véritables». Et dixit mihi : hœ verba fidelissima sunt et vera (Apoc., XXII, 6).
Source : livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde